CHATEAU DE CHADIEU
AUTHEZAT (Puy-de-Dôme)



C'est en novembre 1995 que monsieur et madame MANIEN ont acquis le château de Chadieu, alors complètement à l'abandon, avec un hectare de terrain sur les 46 qui composaient initialement le domaine ; 45 hectares sont restés propriété du syndicat intercommunal de Chadieu. Organisés en SCI familiale avec leurs enfants, ils oeuvrent à sa restauration, aidés parfois par des amis ou de la famille, animés par la "satisfaction de ce que l'on fait, de ce que l'on découvre".


HISTORIQUE
armoiries des parents de Marie-Victoire d’ARBELLE, mariée en 1856 avec Raoul de BILIOTTI Depuis 1253, date du premier texte écrit concernant Chadieu parvenu jusqu'à nous, la terre de Chadieu changea souvent de propriétaire. Au 13ème siècle, elle appartient à la famille de BUSSIERES et fait partie de la seigneurie du même nom. Parmi ses descendants, figure en 1577, Amblard de CHADIEU, lieutenant des gardes de Catherine de Médicis et dont l'épouse fut première dame d'honneur de cette dernière. Puis, la "métairie de Chadieu" est vendue, en 1627, aux BEAUFORT-CANILLAC, seigneurs de Monton, les Martres-de-Veyre et Chaslus-les-Bussières (il semble qu'il s'agisse d'une partie seulement du domaine, qui avait été aliénée à une date qui n'a pas été retrouvée, et qui est rachetée par l'ancien propriétaire). Ensuite, en 1689, Chadieu échoit, ainsi que tous les biens des BEAUFORT, par le mariage de l'unique héritière de cette lignée, aux de TANA, d'origine italienne.


façades Nord et OuestLa famille de TANE restera propriétaire de Chadieu jusqu'en 1788. On doit à Antoine de TANE l'édification d'une grande partie du château actuel après son mariage en 1738 avec Louise de MONTMORIN ST-HEREM.

La famille de TANE possédait déjà le château de la Chaux Montgros, mais leur préférence semblait se porter sur Chadieu. Ils démantelèrent en effet la toiture du premier pour réaliser les boiseries du second. En 1788, à la suite du décès du marquis de TANE -dont le fils était mort quelques annés plus tôt dans un naufrage- l'héritière est contrainte de vendre le domaine pour éteindre les dettes de son père.

Il est racheté par Joseph de la ROCHELAMBERT qui, ayant émigré dès 1791, le revend, le 27 novembre de cette même année, à Antoine SAUZAY, ancien banquier, qui l'acquiert dans un but de spéculation.


Le 21 décembre 1793, il réalise un bénéfice appréciable en le revendant à WALLIER, citoyen suisse. Le même jour, celui-ci subroge, à ses lieu et place, Etienne Jean-Louis NATHEY, négociant suisse. En fait, le véritable acheteur est le baron de BATZ qui, proscrit et recherché par la police, ne peut évidemment pas réaliser cette acquisition lui-même.

échauguettes côté Ouest En 1836, la veuve du baron de BATZ revend le domaine au baron Alfred ANDRÉ d'ARBELLE, époux de Marie Dorothée Amélie de CHABROL, dont la fille, Marie-Victoire, épouse en 1856 le marquis de BILIOTTI. En 1948, la dernière descendante de celui-ci, Iseult de BILIOTTI, sans héritiers directs, lègue en mourant ses biens à Marie DUMAS, sa dame de compagnie, et au mari de celle-ci, Jean THEODAT.

Armoiries des parents de Marie-Victoire d’ARBELLE : blason des barons ANDRÉ d'ARBELLE : «de gueules au lévrier passant d’argent, colleté et bouclé d’or, au chef cousu de d’azur chargé à dextre d’un soleil et à senestre d’une croix, les deux d’or». Ce blason, surmonté d’une couronne de baron, correspond à l’écu de gauche (dextre). Quant à l’autre écu, il est de CHABROL : «écartelé aux 1 et 4 d’azur, au chevron d’or, accompagné de trois molettes d’éperon de même (traduites ici par des étoiles, qui est de Chabrol), aux 2 et 3 d’azur, au pal d’or chargé d’un lion grimpant de gueules, le pal accosté de six besants, trois à dextre, trois à senestre (qui est de Basmaison)».

Le 26 mai 1986, le château et le parc sont achetés par le Syndicat Mixte d'Action Foncière qui le rétrocède, le 17 décembre de la même année, au Syndicat de Chadieu regroupant les communes d'Authezat, des Martres-de-Veyre et du Cendre.


Propriétaires illustres
: certains propriétaires de Chadieu ou des membres de leur famille, connaissent une renommée nationale.
Ainsi, Armand de MONTMORIN, mari de Gabrielle de TANE, fut "ménin" (compagnon) du dauphin Louis, futur Louis XVI, puis Ministre des affaires étrangères de celui-ci de 1787 à 1791. Il périt, avec plusieurs membres de sa famille, au cours des massacres de septembre 1792.

Sa fille, Pauline, passa, dit-on, une partie de son enfance à Chadieu. Sous le nom de Pauline de BEAUMONT -elle avait épousé en 1786 François de BEAUMONT- elle est connue pour avoir été l'égérie de Chateaubriand et pour avoir prononcé dans ses bras les mots restés célèbres : "mon dernier rêve sera pour vous".

façade Sud
Enfin, le plus illustre des occupants de Chadieu, le plus mystérieux aussi, est le baron de BATZ. Ce royaliste convaincu essaya d'enlever Louis XVI sur le trajet qui le menait à l'échafaud ; il tenta aussi -et fut bien près de réussir- de faire évader Marie-Antoinette et sa famille de la prison du Temple. Il avait également corrompu plusieurs membres de la Convention.

Alain Decaux dit de lui qu'il était probablement le Français le plus recherché (par la police) de son temps. Et pourtant, on n'arriva jamais à l'arrêter : "si la police se présente chez lui, il n'y est pas. Et s'il y est, la police ne se présente pas (A. Decaux "les grandes aventures de l'Histoire"). Il dispose de fonds pratiquement inépuisables venant d'Angleterre ou d'un atelier de faux assignats fonctionnant dans la cave de sa maison parisienne, rue de Charonne, et semble avoir bénéficié de protections puissantes dans l'administration révolutionnaire elle-même.

Il réussit à se faire radier de la liste des émigrés en 1801 et, sous l'Empire, il vient s'installer à Chadieu où il meurt le 10 janvier 1822. On a dit qu'ayant commis un faux et sur le point d'être arrêté, il se serait suicidé et aurait été enterré au bord d'un chemin, dans le parc du château. Mais on prête beaucoup aux riches et, d'après A. Decaux : "le baron est mort dans son château de Chadieu... d'une attaque d'apoplexie, après plusieurs jours de maladie. Son corps fut inhumé au cimetière d'Authezat, en terre bénite - cette terre où l'on n'admet pas les suicidés". En 1854, le cercueil et la pierre tombale ont été transportés au cimetière actuel d'Authezat où ils se trouvent toujours.





ARCHITECTURE

tour de la chapelle et tour du bois
L'acte par lequel François de BEAUFORT-CANILLAC achète le domaine de Chadieu, en 1627, indique que celui-ci consiste "en basse-cour, maison pour le métayer, chezal de maison, granges et environ 87 septérées de terre (41 hectares)...". Il n'y est donc fait mention d'aucun château, ni de tours.

En 1666, les attendus d'un procès entre le seigneur d'Authezat et le fils de l'acheteur, confirment que c'est bien François de BEAUFORT qui fit construire le château, vers 1630, sur l'emplacement de l'ancienne métairie couverte de paille.

L'acte de vente de 1788 décrit ainsi le château : "le château de Chadieu, entre cour et jardin, est composé de trois corps de logis et bâtiments se joignant renfermant plusieurs appartements... (y) sont adossés deux pavillons dont un servant de chapelle... écuries, granges, remises...".

Cette description est tout à fait conforme à la sépia dessinée en 1813 par Isabey, peintre officiel de l'Empire, et représentant "le château de Chadieu, terre de M. le baron de BATZ, en Auvergne", ainsi qu'au tracé des bâtiments sur le plan cadastral de 1819.






cuisinesL'évolution architecturale du château a été étroitement dictée par ses propriétaires successifs. L'époque féodale est encore présente à travers le donjon carré (14ème) abritant la chapelle, l'ancien mur d'enceinte de la forteresse reliant ce donjon à la Tour dite du "Bois" ou bien dans les cuisines voûtées du sous-sol ornées d'immenses cheminées.

Au 18ème siècle, le Marquis de TANE fait réaliser un nouveau batiment constitué d'un corps central et de deux ailes latérales. Une porte Louix XV admirablement sculptée orne la façade d'entrée.

Les dernières transformations sont dues au Baron ANDRÉ d'ARBELLE qui, vers le milieu du 19ème siècle, modifia quelque peu l'aspect des bâtiments : il fit surélever les toits qu'il agrémenta de lucarnes dans le goût Renaissance, ajouta des échauguettes à l'aile Ouest et fit abattre les anciennes écuries qui étaient tout près de cette aile.


restauration de la porte de la chapelle
La façade d'arrivée du corps central est alors ornée des armoiries encore visibles des ANDRÉ d'ARBELLE-CHABROL TOURNOEL. Au Nord-Est du château, il fit construire les écuries actuelles auxquelles fut adossée une serre.

C'est aussi à cette époque que fut édifié le très beau chai au-dessus de la maison du gardien. La terre de chadieu était avant tout un domaine agricole et comprenait en particulier une grande proportion de vignes.

Le vignoble auvergnat connut un grand essor au 19ème siècle, les surfaces plantées en vigne dépassant la moitié des terres cultivables. Cette quasi monoculture explique l'importance du bâtiment.

Le château n'a pas subi de transformations depuis l'époque du baron ANDRÉ d'ARBELLE, sinon les dégradations que le temps et le manque d'entretien lui ont infligées.

Chadieu est un château très homogène, à la silhouette bien proportionnée, doté d'éléments architecturaux de valeur bien que composites, et qui porte surtout en lui des souvenirs historiques remarquables.








RESTAURATION

salon bleusalon bleu
Chadieu est un grand malade qui réclame des soins d'urgence. Depuis plus de 50 ans, négligences et désintérêt, projets avortés, ont entraîné le bâtiment vers un état d'abandon manifeste.

Lorsqu'en 1995 Mr et Mme MANIEN, commerçants clermontois à la recherche d'un château, prennent en pitié ce patrimoine à la dérive, le résultat est apocalyptique.

Au fil du temps, l'édifice a été vidé, pillé devrait-on dire, de tout son mobilier, des toiles et objets d'art.

Plus ou moins squatté, le château exhibe ses plaies à vif ; ce ne sont que plafonds et poutres endommagés, toitures effondrées, corniches effritées.

La végétation a investi les lieux, le lierre ceinture les lucarnes ; on retrouvera même des arbustes ayant pris racine dans le donjon et la chapelle.



Un spectacle de désolation qui ne fait en rien reculer les nouveaux propriétaires animés d'une foi sincère dans la sauvegarde de ces murs. Il faut procéder par ordre.

Avant de restaurer toitures, lucarnes et charpentes, il faut reprendre et conforter les murs. Toutes les gouttières sur la corniche étant en zinc, celui-ci est percé et l'eau rentre directement dans le mur. La corniche, le mur et les têtes de poutres sont donc en train de pourrir.

Dans l'aile Est, il n'y a plus de plancher. La toiture est à refaire sur la partie centrale et sur l'aile Est mais il est nécessaire de modifier la pente avant de poser de nouvelles tuiles et d'installer de nouvelles gouttières après la réfection des corniches.


chapelle   vitraux de la chapelle   autel de la chapelle


Cette oeuvre de restauration est en partie réalisée sur la façade principale d'arrivée ainsi que sur l'aile Ouest où le salon bleu, la chambre du Baron ou bien encore la bibliothèque ont retrouvé leur fonction et leur décor d'origine et qui sert d'habitation aux propriétaires. Le salon bleu a été restauré en 2004 en respectant la couleur d'origine. Le parquet, en sapin, est à bâtons rompus.

La chapelle a également été restaurée et sa voûte bleue étoilée resplendit à nouveau. Les vitraux qui ont toujours été protégés sont en bon état. L'occulus qui se trouve au-dessus de la chapelle vient du château de la Chaux Montgros car à l'époque de la Révolution, les châteaux de Sallède, la chaux Montgros et Chadieu appartenaient au même propriétaire.





OUVERTURE AU PUBLIC

occulus provenant du château de la Chaux Montgros

Le château n'est pas ouvert à la visite.
Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.

Sources : Christian Izalguier.

  le château au temps de sa splendeur



Plan de situation :