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Le
château de Chaméane, bâtisse située dans le parc naturel du Livradois-Forez
et construite du 14ème au 16ème siècle, abrita dans ses murs de
puissants seigneurs féodaux, puis des familles d'aristocrates terriens
et devint la résidence d'été d'une grande famille de la noblesse
citadine. Par ventes et héritages successifs, il devint la propriété
d'un Duc italien jusqu'en 1952.
Epargné par la guerre de 1914-1918, il ne put, hélas, résister à
celle de 1939-1945 : le 30 juillet 1944 au matin, les colonnes allemandes
convergent par toutes les routes vers Chaméane où un réseau de résistants
s'est installé au château. Après une journée de combats, l'armée
allemande dynamite le donjon
qui s'effondre entièrement dans les douves. Le château brûla durant
trois jours complets, le feu étant entretenu et attisé involontairement
par l'imposant contenu de la bibliothèque. Les archives détruites
demeureront une perte inestimable pour tout historien de la région.
Jusqu'en
1985, il restait quelques ruines dont l'enceinte, les tours des
14ème et 16ème siècles. Pendant 40 ans, le rude climat auvergnat
et le désintérêt des propriétaires devaient finir de détruire ce
que l'incendie avait épargné.
En 1986, le château fit l'objet d'une inscription à l'Inventaire
Supplémentaire des Monuments Historiques.
C'est en janvier 1987 que les actuels propriétaires, Monsieur et
Madame AUBARD, sur un coup de coeur, rachètent, à la surprise de
beaucoup, "les ruines de Chaméane". Depuis, ils s'acharnent à la
tâche pour restaurer dans les règles de l'art cet édifice. En l'espace
de quelques années, ils ont redonné vie au château de Chaméane,
ce dernier retrouvant un charme incontestable.
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HISTORIQUE
"Chaméane : Casa meana... la maison du milieu... syllabes évocatrices
de repos, de calme, de mesure. Tout en cet admirable résidence répondait
si bien à cette étymologie qui, pourtant s'applique, sans doute,
uniquement à sa situation géographique de halte, d'étape à moitié
chemin entre les communautés religieuses de Sauxillanges et de St
Germain l'Herm.
Le
château était l'aboutissement de plusieurs reprises et ajouts faits
au cours des siècles. Le dernier étant l'énorme tour carrée baptisée
donjon, formant l'angle sud-ouest et dont les cinq étages terminés
en mansardes contenaient uniquement un très simple escalier sans
autre prétention que d'être un très pratique et clair escalier.
Il datait vraisemblablement du 16ème siècle, ainsi que les trois
beaux plafonds de bois, à caissons, du corps de logis principal.
Les pièces basses, servant en dernier lieu de caves et l'ancienne
cuisine dite salle d'armes avec sa grinçante rotissoire, le tout
voûté, représentaient parmi un peu plus de confort, l'antique "casa"
des siècles médiévaux.
Son histoire, Chaméane la portait en lui. Dans un grand buffet à
deux corps, bien à l'abri dans la salle des archives close par une
porte de fer, au rez-de-chaussée de la tour carrée nord, entre deux
épaisses voûte bien sèches, dormait l'un des plus précieux chartriers
de la province. L'inventaire et le classement en avaient été fignolés
au 18ème de la main même du Chabrol des Coutumes d'Auvergne. Des
layettes de toutes tailles, des dossiers soigneusement numérotés,
disaient sur parchemins, vélins et papiers à tous filigranes, les
phases de la vieille gentilhommière, depuis la dislocation de l'immense
terre des Dracs, jusqu'au partage des Ruinart de Brimont de Chabrol.
L'incendie
de 1944 détruisit tout ceci et l'on devra se contenter des deux
articles consacrés à Chaméane par Tardieu et Remacle dans leurs
dictionnaires des fiefs auvergnats.
La première trace de Chaméane dans les chartes est l'an 995 (cartulaire
de Sauxillanges) ; ses seigneurs étaient alors de Drac, du Chateauneuf,
paroisse de Sainte-Catherine, barons, compagnons sinon hoirs de
Charlemagne. Puis, c'est par héritages ou ventes, une cascade de
vieux noms féodeaux, noms oubliés sous la cendre des siècles, des
Bréon, des Tinières, des Tourzel, des Foix, des Merdogne, des Chauvigny
de Blot. On arrive, avec le 17ème siècle, aux du Floquet, puis aux
Boyer de Saunat dont une fille redora le blason des Chabanne, d'où,
en dernier lieu, Gilbert Joseph, évêque d'Agen, mort en 1767.
Plus souvent à Paris que dans son diocèse, cet aimable prélat se
désintéressait de cette magnifique terre. Il abandonna peu à peu
ses tenanciers à leurs affaires, ne réclama plus ses droits et redevances.
Ses lointains héritiers, persuadés que ce fief ne valait pas grand
chose le vendirent vers 1770 à Maître Guillaume Michel CHABROL,
avocat au Parlement. Imbattable féodiste, le nouveau seigneur de
Chaméane remit la maison en ordre. Il y fit d'importantes réparations.
C'est lui qui dictat les charmantes chambres du second étage. Cette
illustre famille Riomoise a toujours particulièrement affectionné
ce discret ermitage.

Durant la première moitié du 19ème siècle, la terre comprenait encore
une douzaine de domaines reliés au château par une étoile d'allées
d'arbres énormes. Ces messieurs de CHABROL de Chaméane venaient
volontiers au cours des étés. La marquise de FAYET née de CHABROL,
dans les exquis mémoires qu'elle a rédigés pour ses petit-enfants,
décrit ces compliqués périples. Dans un recueil de poésies tiré
à quelques exemplaires seulement pour ses parents et amis, le comte
Guillaume de CHABROL chante le charme discret du vieux château cher
à tous les siens.
Les premiers loussements (domaines) furent la Vachère, les Granets,
la Lyrisse, les Moiras, le Cuel, Paulet. Le surplus fut apporté
en dot par Mlle Laure de CHABROL, au vicomte RUINART de BRIMONT.
Peu à peu les hectares s'égrénèrent et firent le bonheur de nombreux
cultivateurs. Tout à tour furent vendues d'autres métairies et les
trois enfants de Mme de BRIMONT héritèrent d'une peau de chagrin
très amenuisée certes, mais encore fort honorable.
Lorsqu'en 1880 mon père procéda au dernier partage de ce qui restait
de l'immense terre, l'alors jeune vicomte de BRIMONT déclara ne
pas vouloir du vieux logis quelque peu délabré à dire le vrai, à
l'époque.

Les deux soeurs avaient épousé deux frères, MM. Charles et Victor
SALLIER de la TOUR, d'une brillante famille savoyarde restée fidèle
aux ducs de Savoie ses suzerains, lorsque ces derniers devinrent
rois d'Italie. La marquise de CORDON, l'aînée, se rallia au sentiment
de son frère. C'est ainsi que Mathilde RUINART de BRIMONT, comtesse
Victor de la TOUR, devint maîtresse du vieux castel, avec, autour,
quelques dizaines d'hectares. Née en 1842 en plein faubourg Saint
Germain, Mathilde de BRIMONT épousa toute jeune Victor des comtes
SALLIER de la TOUR.

En faisant de très importantes réparations à sa propriété auvergnate,
la nouvelle châtelaine de Chaméane réalisa le tour de force délicat
qui consiste à rendre à peu près confortable une vieille habitation
tout en lui conservant son "caractère". Elle réussit à constituer
un parc exigu par la surface mais grandiose par la majesté des arbres
qui le peuplent. De somptueux plafonds à caissons découverts sous
un hideux platras furent remis à l'honneur et une belle et haute
charpente recouverte de tuiles bourbonnaises remplaça l'ancien toit
d'écailles romaines.
Elle décéda en Italie en mars 1912. Chaméane échut à de dignes mains.
Le neveu et légataire universel de Madame de la Tour, son Excellence
Joseph SALLIER de la TOUR, duc de CALVELLO, ministre plénipotentiaire
du Roi d'Italie à La Haye, sa femme née princesse CORIO de CASTELCICALA,
leurs deux fils Philibert et Paul, avaient pour la chère demeure
un attachement filial.
Le court séjour qu'ils y firent en 1913, celui tragiquement interrompu
de 1914, ne firent que les affermir dans leur goût. De 1919 à 1937,
date de la mort du bon duc à Clermont-Ferrand, chaque été ramenait
les hôtes, littéralement amoureux de l'exquise retraite auvergnate.

Et puis ce fut le jour fatal du 30 juillet 1944 pour l'infortuné château
inviolé malgré les préventions de la population contre l'Italie égarée.
Depuis le 26, des partisans s'y étaient installés. Le 30 à onze heures
des colonnes allemandes spécialisées convergèrent vers le petit village
par toutes les routes permettant d'y aboutir. Vers 18 h 30, une charge
forcément considérable d'explosifs, éclatant au pied du donjon, fit
effondrer dans les douves l'énorme masse de cinq étages en murs d'un
mètre d'épaisseur. En même temps, préparé par des professionnels outillés
ad hoc, un incendie monstrueux faisait flamber comme une torche les
charpentes, plafonds et boiseries fin sec, des trois étages du corps
de logis et des tours carrées. Il s'agissait bien des charpentes,
plafonds et boiseries car toutes les pièces avaient été vidées de
leur précieux contenu... fauteuils Louis
XIV recouverts de tapisseries d'époque, sièges cannés Louis
XV, lits à la Pompadour, commodes en marqueterie, crédence dorée,
bibelots, tableaux, livres, argenterie...
Le tout avait été au prélable soigneusement emballé dans quelques
camions automobiles que le colonel commandant les troupes de représailles
exécutrices du coup de main fit charger à Issoire, sur un wagon
à l'adresse de sa vertueuse épouse. La débâcle suvint à ce moment
rendant l'expédition en Allemagne impossible. Le voleur galonné
donna l'ordre d'incendier le précieux mais compromettant véhicule
sur une voie de garage de Gerzat."
Source : Ferdinand Brossel "Auvergne littéraire, les châteaux
martyrs" (extraits).
ARCHITECTURE

Perché à 800 mètres d'altitude, le château de Chaméane est accompagné
de communs, un bâtiment de 220m2 qui servait autrefois de grenier
à grains. Celui-ci, remanié à la fin du 14ème siècle, est aujourd'hui
entièrement restauré. Monsieur et madame AUBARD en ont fait leur habitation.
Le château et les communs se situent sur un parc de 9.200 m2 d'aspect
vallonné où trônent de beaux et majestueux arbres centenaires. L'ensemble
est clos de murs dont une partie est constituée d'une enceinte fortifiée
flanquée de tours rondes régulièrement espacées et, aujourd'hui, parfaitement
restaurées. Une porte charretière doublée d'une porte piétonne, également
restaurées, percent cette enceinte.

Le château lui-même dont la taille modeste (200 m2) permet d'envisager
sa reconstruction, offre de belles proportions. Il a conservé des
éléments architecturaux de valeur, plus décoratifs que défensifs ;
tels le fossé sec qui l'entoure et les bretèches d'angles coiffant
les tours.
Le château se compose d'un corps de logis allongé et central, portant
à l'Ouest la façade principale. L'angle Sud-ouest du logis était
autrefois flanqué par un massif donjon rectangulaire aux trois-quarts
hors-oeuvre et qui contenait un escalier à volées droites. La façade
Sud est prolongée à l'Est par une autre tour rectangulaire, celle-là
totalement hors-oeuvre.
La
tour angulaire carrée des archives flanque l'angle Nord-ouest du
logis, tandis qu'une autre tour ronde lui fait pendant à l'angle
Nord-est. L'ensemble offrait autrefois un plan parfaitement équilibré
que la destruction du donjon et d'une partie de la façade principale
est venue compromettre.
Il ne subsiste plus de la façade Ouest qu'une travée, composée d'une
porte en plein-cintre conduisant aux anciennes caves et surmontée
de trois grandes fenêtres, à l'aplomb l'une de l'autre à chaque niveau
du bâtiment. Cette travée
affiche un style proche de celui de la Renaissance finissante et du
17ème commençant. La porte d'entrée principale, située à droite de
cette travée lorsqu'on la regarde, était autrefois surmontée d'un
fronton triangulaire dont il ne subsiste plus qu'un fragment. Cette
porte introduisait dans la salle d'armes dont il ne subsiste que la
cheminée. La tour angulaire Nord-ouest possède encore les consoles
superposées en quart-de-rond formant mâchicoulis,
qui portaient une bretèche,
appareillées sur l'angle Nord-est.
La façade Est est percée de plusieurs travées de fenêtres, dont celle
de gauche est agrémentée de meneaux
ajoutés au 19ème. La tour Est présente sur sa face Nord une travée
de quatre fenêtres surmontées d'une bretèche sur le pan à deux consoles.
Une bretèche couronne l'angle Sud-est de la tour. Ce petit ouvrage
est très bien conservé ; il se compose de six assises régulières et
chacune des faces est percée d'une ouverture de guet. Les linteaux
de pierre qui forment les mâchicoulis sont supportés par une console
d'angle à trois ressauts accostée, de chaque côté, d'une paire de
consoles droites.
RESTAURATION
Le château en lui-même n'a fait l'objet, pour le moment, que d'un
grand nettoyage : les propriétaires l'ont dégagé de ses gravats,
ont renforcé les voûtes de ses caves, ont curé les douves, classé
et répertorié les pierres pour sa reconstruction prochaine. Ils
ont pour projet de reconstruire le donjon. En revanche, les autres
bâtiments sont aujourd'hui totalement restaurés. Les communs, les
tours et les remparts ont dû d'abord être dégagés de la végétation
pour être, ensuite, réparés.
Les
communs forment un grand bâtiment rectangulaire sur trois niveaux
d'environ 220 m2 chacun. Il compte à lui seul 32 fenêtres parfaitement
alignées qui, au rez-de-chaussée et au premier étage, sont toutes
surmontées d'un arc de décharge. Toutes ces fenêtres sont munies
de barreaux. Une grande verrière perce la façade principale de ce
bâtiment. Cette ouverture a été aménagée au 19ème siècle à la demande
de la propriétaire de l'époque, la Comtesse de la TOUR, afin d'y
installer son atelier de peinture. Après l'arasement, la charpente
à quatre pentes a pu être posée. Les propriétaires ont opté pour
la toiture pour des tuiles canal associées aux rangées de génoises
c'est-à-dire une corniche composée de tuiles canal superposées et
fixées dans le mortier. Enfin, les façades ont été décrépies et
les joints grattés pour ensuite être restaurés en utilisant le mortier
traditionnel à base de chaux et de sable.
A
l'Ouest, les communs sont flanqués d'une tour ronde dont l'escalier
à vis permet d'accéder à chaque niveau du bâtiment. Les marches de
cet escalier ont été reconstituées grâce à un matériau nouveau à base
de pierre reconstituée, chacune a été moulée avant d'être posée.
Cette tour se prolonge par une courtine jusqu'à une nouvelle tour
dont l'escalier à vis, lui aussi reconstitué, permet d'accéder au
chemin de ronde qui court, en passant au-dessus du porche, jusqu'à
la tour Nord, au fond du parc. Les créneaux sur le couronnement
des courtines ont été rajoutés au 19ème siècle. Aujourd'hui, les
remparts ont été restaurés, notamment les joints de leurs pierres
ont été réparés de la même façon que ceux des communs.

Les tours, datant du 14ème et 16ème siècles, ont elles aussi été restaurées.
On accède à chacune par une porte en plein cintre. La plus ancienne
et la plus grande, la tour Nord, ne comporte pas d'escalier à vis.
Il s'agit d'une tour de guet permettant de surveiller l'entrée du
château. Cette entrée se compose d'une porte charretière et d'une
porte piétonne dont les battants sont ornés de ferrures. Les bretèches
parfaitement conservées qui la surmontent ont été, comme les créneaux,
rajoutées au 19ème siècle. Enfin, à la suite de la tour Nord, un mur
finit de clore l'ensemble du château et du parc.
Source : Magistère I Droit de l'environnement et de l'urbanisme,
Limoges, 2001 par Géraldine Rodarie.
Visualiser
la page d'actualisation des travaux.
ASSOCIATION DE SAUVEGARDE
Août 2004 a vu la naissance de l'Association "CHATÉ
MÉANA". Composée de 60 membres dont certains
ont adhéré lors des Journées du Patrimoine 2004,
son objet est "la sauvegarde et la reconstruction du château
de Chaméane, son entretien et son animation". Conjointement
à la restauration du château, l'association organisera,
dès l'été 2005, des événements
culturels pour faire vivre le lieu.
OUVERTURE AU PUBLIC
Le château est ouvert à la visite uniquement sur rendez-vous,
à l'exception des événements suivants :

la fête
médiévale : elle a eu lieu au château
de Chaméane le 23 juillet 2005 et a été suivie
d'un dîner médiéval animé.
le vernissage
du 7 août : aquarelles, livres et photographies sur l'Auvergne
et ses châteaux (avec Mme Pannetier, Mme Godat, M. Izalguier
et M. Monestier) sont présentés au public pendant
une quinzaine de jours.
la journée
du patrimoine en septembre 2005
Une initiation à la calligraphie et à l'enluminure
vous est proposée pendant l'été.
Contacter le 04 73 71 38 46 ou le 06 16 26 70 79.
CONTACT
Association Chaté Méana
63580 Chaméane
04 73 71 38 46
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Les informations contenues dans ce reportage ont été
recueillies auprès des propriétaires. |
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