Château de Cherveux
79410 Cherveux

Au 13ème siècle, Cherveux fait partie des six fiefs confisqués par Saint-Louis à Hugues de LUSIGNAN. De ce château primitif il ne reste aucune trace. La présente construction est l’œuvre de l’Ecossais Robert CUNNINGHAM, capitaine d’une compagnie d’ordonnance sous Charles VII, puis de la garde du corps de Louis XI. Château fort du 15ème siècle, Cherveux est le site qui garde la mémoire de l'alliance franco-écossaise, la Vieille Alliance. 15 à 20.000 écossais ont débarqué à La Rochelle entre 1418 et 1450. La bataille de Baugé, la bataille de Verneuil, la bataille de Cravant préparent la victoire d'Orléans contre les anglais. En 1470, Louis XI récompensa son capitaine, Robert CUNNINGHAM, qui lui avait sauvé la vie en lui permettant de construire un édifice d'une grande qualité architecturale. De nos jours, les liens avec l’Écosse sont maintenus par François REDIEN, l’un des copropriétaires.

HISTORIQUE

Féodalité

donjon vue Sud-Est
Primitivement, le château de Cherveux fut une simple motte féodale qui, entre les mains des LUSIGNAN, devint une forteresse : d'origine très ancienne, puisqu'elle se donnait pour ancêtre la fée Mélusine "Mère Lusine", la fée bâtisseuse, moitié femme, moitié serpent... et peut être que la forteresse a surgi d'une dorne de pierres qu'elle laissa tomber une nuit de "noire lune" alors qu'elle survolait la région Poitevine...

La maison des LUSIGNAN acquit, dès le haut Moyen Age, une puissance qui permit à Guy de LUSIGNAN de monter sur le trône de Chypre et de Jérusalem - île conquise par Richard Cœur de Lion au début du XIIème siècle.

Elle fut prise en 1242 par Saint-Louis sur Hugues XI de LUSIGNAN qui avait des démêlés avec le roi et donnée par celui-ci à son frère Alphonse, comte du Poitou. Le château fut restitué à ses descendants car il fit sa soumission et rentra en grâce (il accompagna le roi à la croisade et mourut dans un combat en arrivant en Égypte en 1249). En 1303 Le château passa par la suite aux MELLO puis aux CRAON et aux CHALONS. Il fut saisi par les Anglais en 1363 sous le règne d'Edouard III et donné à Guillaume de FELTON, Sénéchal du Poitou.

Mais après la victoire de Du GUESCLIN en 1369, le château revient à son ancien propriétaire Amaury de CRAON. Lui succéda Guy de la TRÉMOILLE (Chambellan, Premier Ministre et Gouverneur du royaume de Charles VII), puis Louis de La TRÉMOILLE qui vendit Cherveux en 1457 à Amaury d'ÉTISSAC (seigneur de Coulonges-les-Royaux) qui le céda à Jean de NAYDES qui à son tour le vendit à la famille CHENIN.

blason de l'Ecosse sur la fenêtre du donjon


Leur fille Louise CHENIN épousa Robert CUNNINGHAM en mai 1440. D'origine écossaise, capitaine de la garde du corps du roi (fort bien en cour auprès de Louis XI) CUNNINGHAM (ou Conygham selon les textes de la BNF) eut les moyens de faire élever le château dans sa forme actuelle d'un seul jet, vers 1470. Accusé de traîtrise par Charles VII, puis réhabilité par Louis XI, Robert CUNNINGHAM meurt en 1479. Le château revient à l’un de ses deux fils, Joachim, "capitaine du donjon de Niort". Il est classé "Monument Historique" depuis 1929.



Guerres de religion

façade Est Cherveux fut transmis par mariage aux PUYGUYON, puis aux SAINT-GELAIS. Louis de SAINT-GELAIS, Amiral de la flotte protestante, arrière petit fils de Robert CUNNINGHAM, fit de Cherveux, pris par trois fois par les catholiques, un haut lieu de la réforme en Poitou ainsi qu'une redoutable place forte.

Elle allait être néanmoins prise et subir bien des avaries en 1569 par le comte du LUDE qui passa toute la garnison au fil de l'épée. Ensuite en 1574 par le duc de MONTPENSIER.

Enfin, en 1586, le 15 décembre, elle subit les assauts de M. MALICORNE, gouverneur du Poitou.

A la mort de louis de SAINT-GELAIS, son fils Josué de SAINT-GELAIS devint seigneur de Cherveux. Il fit don à l'église réformée d'un jardin pour y édifier un temple en 1620.


façade Ouest
Après toutes ces épreuves, le propriétaire Charles de SAINT-GELAIS se convertit au catholicisme et fit interdire le culte protestant à Cherveux. Succèderent aux SAINT-GELAIS les PLESSIS-CHATILLON, puis, au 18ème siècle, les NARBONNE-PELET.

La Révolution


Le château fut ensuite peu à peu délaissé par ses propriétaires avant d’être vendu comme bien national à la révolution et se trouva alors transformé en ferme.

En 1931, il fut vendu à Monsieur et Madame Lucien REDIEN (dont le père d'abord et lui-même ensuite étaient fermiers depuis 1912).

Il est aujourd'hui la propriété de l'indivision REDIEN.

Le château fut classé Monument Historique le 16 septembre 1929.





ARCHITECTURE

Le château entouré de douves en eau, présente un plan s’inscrivant dans un pentagone irrégulier dont les angles sont marqués par des tours et un châtelet d’entrée auquel on accédait par un pont-levis, devenu pont-dormant. A l'Est, deux tours et le donjon encadrent des corps de logis, l’ensemble étant couvert de hautes toitures en ardoise. Le donjon, chef d’œuvre du genre, autrefois donjon-porche, offre un plan complexe en étoile avec un chemin de ronde sur mâchicoulis, une série de cul de lampe sculptés, des figures et des éléments décoratifs d’une très grande qualité. On découvre à l’intérieur, sur six niveaux, des salles ornées de cheminées monumentales. Les logis possèdent de grandes salles avec cheminées ; dans celle sous les combles, on découvre un remarquable travail de charpente. Le château de Cherveux est un édifice majeur de la région, en particulier par l’architecture exceptionnelle de son donjon.

toitures en poivrière et redans
Cet ensemble très homogène, car bâti en peu de temps dans le dernier tiers du 15ème siècle se signale d’abord par son donjon, visible depuis le lointain, avec ses redans, ses mâchicoulis sculptés et sa lucarne richement ornée d'oiseaux, d'anges et de feuillage.

La beauté du château vient de l'agencement des divers corps de bâtiments qui composent l'édifice et qui, partant du massif donjon sont reliés entre eux par une succession de tours et de tourelles à pans coupés, formant une composition géométrique d'une extrême rigueur n'excluant d'ailleurs pas le pittoresque. Bien que son origine soit fort ancienne, le château, plusieurs fois ruiné par les guerres, date en son état actuel de la seconde moitié du 15ème siècle et a été élevé d'un seul jet par Robert CUNNINGHAM.

Lors de sa reconstruction, une seconde enceinte formée de murailles et de tours fut élevée ; celle-ci a complètement disparue aujourd'hui. Pendant les guerres, les habitants voisins du château avaient la permission de s'y établir avec leurs femmes, leurs enfants, leurs meubles et leurs troupeaux. Protection appréciable, même si elle se payait par l'obligation de contribuer aux réparations et de monter la garde...



Accolée au porche qui succède au pont, une construction plus récente abritait les soldats, désormais transformée en chambres d'hôtes. Lors des sièges et des guerres, de grosses destructions furent infligées à cette forteresse : ainsi une grande partie des murailles a-t-elle à jamais disparu. La cour intérieure présente la forme d'un pentagone irrégulier. Au fond, une tour ronde dérasée ; à droite se dresse le donjon auquel vient s'appuyer le logis formant deux côtés du polygone, il était accessible par un escalier et un pont-levis. L’orifice permettant de passer la chaîne est visible au dessus de la porte. Désormais on pénètre dans la cour intérieure par un pont dormant. Chaque étage du donjon comporte une chambre, des latrines, et une arrière chambre. Grâce au plafond en forme de coupole, l’acoustique y est surprenante. Appuyé au donjon, quelques années après, le corps de Logis, composé de 4 niveaux. Dans la salle de réunion, la charpente en « bateau renversé » était recouverte d’un enduit de chaux permettant l’isolation et la sécurité incendie. Les remparts démolis, ainsi que 3 tours, quelques années avant le 20ème siècle, ont comblé une partie des douves.

soubassement sculpté de la porte donnant primitivement accès au donjon

Deux hautes tours d'escalier hexagonales viennent animer la façade. L'art des artistes du gothique flamboyant s'est exercé aux portes, aux crochets des lucarnes et aux culs-de-lampe des tourelles. Grâce à la ligne brisée de sa façade, à ses tourelles et à ses échauguettes, aux choux frisés et aux feuillages de ses sculptures, cette demeure austère acquiert une élégance originale et harmonieuse.

A l'angle nord-ouest une tour trapue, décapitée témoigne de la première construction féodale dressée en ce lieu jusqu'au 15ème siècle. En effet ces angles (redans), qui pourraient sembler n'être qu'un artifice architectural servant à alléger la masse, sont en réalité destinés à protéger les fenêtres et les défenseurs. En effet, l'utilisation récente des armes à feu a conduit à modifier la structures des édifices militaires.




INTERIEUR

grande salle du logis
Il était impossible de pénétrer de plain-pied dans le donjon. La seule ouverture était à hauteur du premier étage et n'était accessible que par une échelle (procédé courant dans les forteresses moyenâgeuses).

Le soubassement de cette porte est orné de feuilles de chêne et de glands et d'un personnage à longues moustaches. A une certaine époque cette ouverture fut reliée à une autre, située à même hauteur dans la tour d'escalier centrale, par une galerie en bois.

La tourelle à pans qui s'élance au-dessus de la porte du donjon contient l'escalier grâce auquel on accède aux étages supérieurs, au chemin de ronde et aux combles. Les parquets qui séparaient les étages du donjon ont malheureusement été enlevés lorsque que le château a été vendu comme bien national.



chauve-sourisChaque étage comportait une grande salle carrée, une pièce plus petite et un cabinet creusé dans l'épaisseur de la muraille. Des fenêtres aux embrasures plus ou moins larges éclairent ces salles où l'on peut encore admirer les cheminées de pierre aux lignes très pures, étrangement suspendues.

Poursuivant l'ascension de l'escalier en spirale on arrive au chemin de ronde. Là, tout est surprise et émerveillement : le dallage de larges pierres où se creusent les trous béants des mâchicoulis, les créneaux d'où l'on a une très belle vue plongeante sur la cour et la touche d'humour qu'ont pu se permettre les sculpteurs en un lieu où les dames ne s'aventuraient guère... Il s'agit des consoles qui supportent la charpente et dont quatre d'entre elles sont ornées de personnages saisis dans des occupations diverses : deux musiciens, un cornemuseux et un joueur de rebec, et un homme et une femme que la malice populaire a eu vite fait de baptiser "le chieur" et "la pisseuse".


Protégeant le lieu, un couple habillé selon l'époque du XVème siècle se tient sur un socle face à l'escalier : il s'agit certainement de Robert de CUNNINGHAM et sa femme, Louise CHENIN.

Un autre escalier s'enroule encore dans la tour qui s'appuie au bout de ce bâtiment. Il permet d'accéder à la grosse tour ronde qui se dresse au-dessus des douves et qui renferme au premier étage la "salle des trésors".


joueur de rebec
C'est une petite pièce peu éclairée par une seule meurtrière dont les nervures de la voûte en ogive aboutissent, au centre, aux armes "au pairle" des CUNNINGHAM (le pairle étant la pièce héraldique en forme d'un Y visible sur ce blason). Des sculptures ornent aussi les consoles des angles : une femme, un moine, une chauve-souris et une chouette.

Au premier étage, on peut admirer de splendides charpentes en forme de "coques de bateaux retournés".

chouetteLa vieille tour, dont l'entrée est moulurée, est surmontée d'un écusson devenu illisible. Sa lourde porte, bardée de ferrures et généreusement cloutée, s'ouvre sur une salle voûtée, une trappe donne accès à un lugubre cachot. Une des raisons d'étonnement pour qui visite le château est l'absence de chapelle. Fut-elle détruite lors d'un siège ou était-ce parce que certains des seigneurs de Cherveux se rattachaient au protestantisme et qu'ils n'ont pas jugé utile de la reconstruire? Le mystère demeure.






OUVERTURE AU PUBLIC

Ouvert au public les samedis et dimanches de 10H00 à 12H00 et de 15H00 à 19H00 d'avril à octobre
Quatre chambres d'hôte sont également à votre disposition ; il est possible de prendre ses repas au château.





CONTACT

Château de Cherveux
2 place de l'église
79410 Cherveux
tél/fax : 05 49 75 06 55


Site internet


Blog
  vue aérienne

Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.

 



Plan de situation :