DONJON DE DROIZY
DROIZY (Aisne)



HISTORIQUE

Les premiers seigneurs de Droizy apparaissent dès le 12ème siècle ; ils sont issus d'une famille forte, à caractère militaire, comprenant des chevaliers mais dont le passé a laissé peu de traces. On trouve des documents chez les notaires concernant des réapparitions de fermages, d'achats, à partir du 13ème siècle, ceux-ci permettant de savoir qui étaient alors les seigneurs de Droizy.

Le premier seigneur connu est Jean de VILLESAVOYE (deuxième moitié du 13ème siècle). La famille dont il descend est des plus illustres du Moyen Age. Il servira Philippe le Bel dans la campagne d'Aragon et sera récompensé par le roi en 1288. Il meurt en 1300.

Son fils Jean lui succède. Il est connu pour avoir doté la chapelle qu'il avait fondée dans son château de Droizy. Cette famille est une famille seigneuriale forte mais les hommes deviennent des chevaliers itinérants ; ils s'appellent presque tous Jean et son fils, Jean de DROIZY meurt en 1346 aux côtés de Jean l'Aveugle (Comte de Luxembourg, Roi de Bohème) à la bataille de Crécy en Ponthieu où il s'est battu pour Philippe VI. Il laisse une veuve qui est sans enfants. Pour mémoire, 1346 est le début de la guerre de Cent Ans ; pendant toute cette guerre, la famille n'aura pas de descendance masculine. La veuve de Jean de DROIZY épousera immédiatement après son décès un seigneur de Coucy qui lui même ne lui donnera pas de fils. Le château passe donc de main en main par les femmes pendant la guerre de Cent Ans. Il aboutit, par les femmes encore, au 15ème siècle, à Etienne VIGNOLE, dit La Hire, le compagnon de Jeanne d'Arc, lequel épouse Marguerite de DROIZY en 1436 mais ne lui donne toujours pas de fils.

Marguerite de DROIZY, un an après la mort de La Hire, épouse Jean de COURTENAY en 1444. Jean de COURTENAY est d'une grande famille française puisqu'il descend du frère puiné de Louis VI, et il agrandit le domaine par acquisitions de fermages. Il aime beaucoup cette propriété mais il n'a encore qu'une descendance féminine.

La fin du 15ème siècle voit le début de la descente de la seigneurie de Droizy celle-ci devenant vassale de Villesavoye qui se trouve à Muret les Crouttes. Lentement, à la fin du 16ème siècle, le château fort se transforme en ferme. Il appartiendra jusqu'à la fin du 18ème siècle aux VILLESAVOYE. Au 20ème siècle, les terres apartiennent aux GUILLEMOT puis aux THIEFFIN, originaires de Reims ; cette ferme rentre en déshérence. Elle est rachetée par l'agriculteur Paul GIROD, Maire de Droizy, Sénateur, qui l'utilise comme garage à machines agricoles abandonnées ; le lieu prend le nom de lieudit "le village" à Droizy.

Depuis 1980, monsieur Louis BACHOUD en est propriétaire.





ARCHITECTURE


contrefortsUn château fort est construit au 12ème siècle par les seigneurs de DROIZY qui l'occuperont jusqu'au 14ème siècle. Il ne reste aujourd'hui de ce château fort que les contreforts du 15ème siècle, l'enceinte du 15ème siècle, un morceau de la galerie et les courtines inférieures du 15ème siècle (avec une porte cochère, une porte piétonne, un guet et une archère dans la porte cochère), un morceau de la chapelle du 15ème siècle ; le donjon lui-même, de forme cylindrique, est un donjon militaire. Il a été construit au 12ème siècle jusqu'à 22 mètres de haut, et surélevé jusqu'à 24,50 mètres au 14ème siècle. On lui a adjoint également au 14ème siècle la tour des latrines, accolée au cylindre (2,60 m de côté et 14,50 m de hauteur) desservant les premier et deuxième étages ; ces latrines étaient ventilées par deux fenêtres rectangulaires. Au 15ème siècle, on construit une terrasse et l'enceinte extérieure, terrasse qui donne plus d'aisance que le donjon. Le donjon fait 11,50 mètres de diamètre à l'extérieur et ses murs ont 2,50 mètres d'épaisseur. Il reste donc à l'intérieur environ 6 mètres soit 36 m2 environ habitables par étage.


Au 12ème siècle, il se compose d'un rez-de-chaussée défendu par un assommoir. Ce rez-de-chaussée est une salle voûtée qui servait de garde manger, où les intérieur du donjonvalets et la volaille étaient réunis. Sa hauteur représente près de 5 mètres. Au premier étage, accessible uniquement par l'extérieur et par un escalier en bois en écharpe et sur balcon en bois, se trouvait la salle seigneuriale avec une très belle cheminée dont on a trouvé les restes ; c'était une cheminée four où l'on pouvait cuire le pain. Cette cheminée du premier étage était accessible par l'extérieur. Cette salle était très claire, avait un plancher supérieur droit. Des baies ouvertes à l'Est et à l'Ouest, étaient aménagées d'escaliers construits à l'intérieur de l'épaisseur des murs permettant aux personnes de s'asseoir et de lire à la lumière du jour. L'entrée de cette pièce se trouve au nord. Une loge éclairée par une petite archère commandait l'assommoir qui protégeait l'accès au rez-de-chaussée. La même configuration se retrouve au 2ème étage (grande cheminée, couloir d'accès aux latrines), la différence étant le plancher supérieur voûté qui était le plancher de la toiture couverte de lauzes. Au-dessus du deuxième étage, on passait au chemin de ronde situé à 22 mètres de haut. Celui-ci était défendu par un parapet avec merlons et créneaux. Au 14ème siècle, il a été modifié, surélevé de 2,50 mètres environ par remplissage sur le chemin de ronde du 12ème (celui-ci servant d'appui).


meurtrière agrandie de la photo de droite
restes de courtine inférieure avec ses deux portes et sa fenêtre de guêt


restauration du chemin de rondecorbeau d'une échauguetteQuatre échauguettes ont été mises en place : trois défendant la poterne Est (dont l'une défendait une galerie réservoir d'eau souterraine actuellement et prise dans le remblai du 15ème siècle) ; l'autre échauguette défendant l'assommoir du rez-de-chaussée. La plus haute échauguette, celle du nord, défendait les entrées du 1er et du 2ème étage. Le toit du donjon a été modifié en toit terrasse intérieur, la salle du 3ème étage devenant une salle aérienne qui permettait à la fois d'arriver sur le chemin de ronde du 12ème siècle, puis avec des escaliers, de passer au chemin de ronde du 14ème et ensuite, de passer d'une échauguette à l'autre sur le chemin de ronde. C'est un donjon à dimension humaine ; il a tous les éléments de l'art militaire du 12ème au début du 15ème siècle. On retrouve en effet les archères à patte d'oie, les échauguettes, les restes de gargouille, mais la fonction résidentielle de la tour prédominait sur son usage militaire. Tout en haut du donjon (point le plus élevé du Soissonnais) la vue s'étend sur 360°.




RESTAURATION

L'Association du Donjon de Droizy, créée en 1997, a pour objectif d'assurer la conservation, la mise en valeur et la promotion du patrimoine bâti médiéval dans le département de l'Aisne. Elle a débuté son activité par la résurrection du château fort de Droizy. Les travaux de sauvetage et de rénovation du Donjon ont débuté en septembre 2001. Ils dureront au minimum jusqu'en 2004. Ils ne concernent que la première phase, c'est-à-dire la consolidation des maçonneries et l'étanchéité des murs. Le but est de parvenir à la restitution des planchers, toitures et accès, afin de rendre visitable par le public la totalité de l'édifice bâti au XIIe siècle, surélevé à la fin du XIIIe, et agrandi par une galerie et une tour carrée au XVe siècle (tour qui n'existe plus actuellement et qui jouxtait une chapelle). Le coût de la restauration du donjon (planchers, toitures et accès pour le public) représente 450 000 euros environ et monsieur Bachoud n'a pas obtenu de subvention à ce jour pour effectuer ces travaux.


Donjon en phase de sauvetage et aperçu de la restauration :


phase de sauvetage du donjon
aperçu de la restauration
une baie du donjon restaurée


Le donjon et ses restes de courtine inférieure étaient inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1919. Depuis 1996, les remparts et leurs contreforts extérieurs, le donjon et la courtine inférieure sont classés monuments historiques ; le mur du 15ème siècle, scié en façon de contrefort et qui était celui d'une grande salle de réception dans laquelle on a découvert une cheminée et des décorations peintes, est inscrit à l'inventaire supplémentaire et l'ensemble des corps de bâtiments est protégé par la législation sur les abords.


aperçu du mur du 15ème scié en contrefort, construction du 20ème Depuis 1980, le sauvetage des éléments architecturaux originels est entrepris par l'actuel propriétaire, Louis Bachoud. Cet ensemble permet la lecture de plusieurs siècles d'architecture : le 12ème, le 13ème, le 14ème, le 15ème, le 16ème (fermier ainsi que leconstruction du 20ème grand salon et sa grande cheminée), le 17ème concernant la longère qui doit être restaurée dans les mois qui viennent. Des subventions des Monuments Historiques lui ont permis de se lancer dans le sauvetage du donjon qui était en train de s'effondrer. Une subvention lui a été accordée sur 3 ans : 2001, 2002 et 2003. La maison et l'ensemble des restaurations sont faites avec la pierre d'origine qui a servi à construire le donjon. Elle vient de Septmonts et de St Pierre l'Aigle. La construction du 20ème est l'architecture de Mr Bachoud ; toute la partie habitation a été à sa charge. On voit bien sur les photos ci-dessus le mur du 15ème siècle scié en contrefort.





OUVERTURE AU PUBLIC


Le donjon est visitable depuis juin 2006. Son chemin de ronde est accessible.

L'Association des Amis du Donjon de Droizy organise tous les ans des concerts de musique ancienne (12e ou 13e) dans la petite église de Droizy pendant les journées du Patrimoine. Chacun des concerts permet l'édition d'un disque.

Les propriétaires des lieux, Mr et Mme Bachoud, proposent à leurs hôtes de vivre l’histoire de France en habitant, le temps d ’une nuit ou plus, dans l ’enceinte du donjon en leur proposant un confort haut de gamme, avec baignoires balnéo, piscine chauffée sous verrière...




CONTACT

Visites du donjon :
Louis BACHOUD
5 place de la Mairie - 02210 Droizy
Tél : 03 23 55 32 89


Appartements d'hôtes :
Les Relais Héritage de Droizy
5, place de la Mairie – 02100 Droizy
Tél. 03 23 75 33 80– Fax : 03 23 72 33 41
site internet
Email :
contact@relais-heritage.fr

 
le donjon avant et pendant sa restauration


Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.



Plan de situation :