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Construit non loin
de la Vienne, le château
de Fougeret a été inscrit Monument Historique par la Direction
Régionale
des Affaires Culturelles en juin 2010.
HISTORIQUE
Le lieu est cité dès 1337 avec un certain Hélias
de Fougerec. Dès 1416,
les sources évoquent le Chastel noble de Fougeré,
fief de Haute Justice.
Cette année 1337 est l’année de la déclaration
de la guerre de Cent ans
entre le royaume de France et d’Angleterre. Philippe VI de
Valois et
Edouard III sont en lice.
Fougeret est occupé ou peut-être bâti, par une
des plus anciennes
familles de France : les Frotier. Ce nom signifie «le chef».
Son berceau
est le Poitou. Elle est originaire de Melle dans les Deux-Sèvres.
Pierre Frotier
est évêque de Poitiers en 924 et 938. Un
Gautier Frotier est cité
dans les chartes de l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély
en 1040. En 1249, un
descendant, également du nom de Pierre Frotier est Croisé et
signe une
charte à Damiette, en Egypte. A Albi, le siège épiscopal,
occupé par
des Frotier, est dispersé lors des troubles des Albigeois.
On les retrouve
ensuite en Bourgogne dès le XIIème siècle.
L’ordre des Templiers
comprend également plusieurs Frotier en tant que grands
maîtres de
l’ordre.
Bertrand Frotier est l’un des 29 écuyers en garnison
au château de Najac
en Rouergue, le 14 janvier 1368 (en 1253, Alphonse de Poitiers,
frère de
Saint Louis, avait fait reconstruire cette ancienne forteresse
des comtes de
Toulouse).
Une partie de la famille Frotier, proche du pouvoir, allait
prendre place à Fougeret. En 1340,
Jean Frotier, vassal de Mengot de Melle, baron de Melle et
Gascougnolles, épouse Jeanne de Valvire.
En pleine guerre de cent ans, alors que Du Guesclin
est pris en otage, Jean Frotier meurt en 1367
mais laisse un fils : Jean
Frotier II, seigneur de
Chambonneau en Gizay et seigneur de Poitiers. Marié, vers
1350, avec
Mahaut de Vivonne, veuve en 1396. En 1356, au sud de Poitiers une
bataille décisive a lieu. Le roi de France Jean le Bon
est fait prisonnier par
le Prince Edouard III de Woodstock, dit le Prince Noir.
En 1369, la peste noire ravage l’Europe.
Jean Frotier II et Mahaut de Vivonne ont alors un fils, Jean Frotier
III, seigneur
de Melzeart et de Miserit qui fit ses hommages le 28 décembre
1408 au
duc de Berry.
En janvier 1393, Charles de Poitiers décède des
suites de ses blessures au bal des Ardents.
En juin, Jean Frotier III était sommelier et premier écuyer
du comte de
Valois. Il meurt en 1416 après avoir épousé en
secondes noces, en
1390, Jeanne Clairet, dame de Fontenille et fille de Jean Clairet
et d’Alix
de Saint-Julien dans la Marche. Ils ont eu quatre enfants dont
Pierre,
seigneur de Melzéart, vicomte de Montbas dans la Marche,
baron de
Preuilly, d’Azay-le-Feron et Le Blanc qui sauva le
Dauphin en le portant sur son
dos, dans l’enceinte de Paris, lors d’une guerre civile
où les
Bourguignons massacrent les Armagnacs et s’emparent de
la
ville en 1418. Le Dauphin transporte alors son conseil à Poitiers
et y
est proclamé roi. Il devient Charles VII et Pierre Frotier
devient
son grand écuyer. En 1396, une trêve
franco-anglaise de 28 ans est signée.

Son frère Colin Frotier est seigneur de Chamousseau, la
Messelière,
Fougeré, Queaux, de la Coste et de Bagneux. Il est chevalier
et gouverneur de
Poitiers. Il meurt en 1447. Il avait épousé Isabeau
Jeanne d’Usseau, veuve de Denis de Saint Savin et héritière
de la
Messelière, Chamousseau et Chambonneau. Elle décède
en 1447. Isabeau d’Usseau ou du Sceau était la fille
du
seigneur de Remilly en Châtelleraudais et de N. Faugère
ou de Fougeré,
dame de la Messelière, soeur et héritière
de Guichard de Faugère,
seigneur de la Messelière et de Chaume en Queaux et de la
Gaubertière
en Gençay. Isabeau est aussi la soeur d’Arnaud de
Faugère, chanoine de
Sainte Radegonde. La dame de la Messelière serait la fille
de Taillefer de
Faugère, chevalier, seigneur de la Messelière en
1374, mort avant le 13
octobre 1390 et époux de Mahaut de Vivonne. Le fils de
Taillefer Guichard, seigneur de la Messelière,
Bagneux, la Coste, Grand Chaume, la Gauberdière, était
vraisemblablement le grand-père maternel d’Isabeau
d’Usseau.
Taillefer de Faugère devait être
le fils d’Hélion
ou d’Hélie de Faugère,
varlet, en août 1337 dont il est fait mention dans le testament
de Pierre
de Blom, fils du seigneur de Ressonneau et d’Agnès
de Fougeré en 1333.
Agnès de Fougeré est la fille de Jean de Fougeré ou
Fougeray (on trouve également cette orthographe),
seigneur de la
Messelière en 1325 et de Philippe de Ginhès, Dame
de la Coste, seigneur de
Ressonneau.
Agnès
de Fougeray épouse Aimeri de Blom, seigneur de Ressonneau. Il vit en
1292 et 1304.
En 1325, il avait reçu un aveu pour un fief situé sur
la commune de
Bouresse.
Cette Famille Faugère, noble et ancienne du
Poitou est éteinte mais serait à l’origine
de la
toponymie : Fougeré, Fougeray puis Fougeret.

Isabeau d’Usseau était veuve de Denis de Saint-Savin.
Elle avait une fille
Yolande de Saint-Savin qui était religieuse à Poitiers.
Elle hérita, en 1427,
de Gilles de Couhé, seigneur de Chargé en Razines
(Indre et Loire) et de
la Bournalière en Cuhon dans la Vienne. Ce dernier fief
fut possédé par
les descendants de Colin Frotier. Le 16 mars 1427, il fit accord
avec le
chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers pour les rentes de Cuhon.
Vers 1420, année du retour de la peste, Colin, avec son
mariage avec
Isabeau d’Usseau, devient seigneur de la Messelière
et de Chamousseau
dont il rendit aveu le 20 novembre 1434, et de Fougeré.
Ils ont eu quatre
enfants dont Floridas, handicapé, sous la tutelle de son
frère Guy, ainsi
que Guillemette et Geoffride, les deux filles de Colin et Isabeau.
Guy est
l’aîné. Il est chevalier et seigneur de la Messelière,
Chambonneau et
Fougeré et est qualifié de noble et puissant. Divers
hommages lui sont
rendus en 1451, 1453 et 1458. Il épouse Jeanne de Maillé,
veuve en
premières noces d’Amaury de Tigné et en secondes
noces de Guillaume
de Tucé. Elle est la fille de Jacques de Maillé,
seigneur d’Empuire et de
Louise Marie Taveau de Morthemar. Cette période est trouble.
Guy Frotier et Jeanne de Maillé n’ont pas d’enfants
et le 4 janvier 1466,
le couple fait donation de leurs biens à leur cousin : Prégent
Frotier.
Prégent, fils de Pierre, grand écuyer de
Charles VII et de
Marguerite de Preuilly, une des plus grandes héritières
de
Touraine, issue des comtes de Vendôme. Cette dernière est
inhumée
dans l’abbaye
de Preuilly, le 12 août 1445.
Prégent, grand chambellan de René d’Anjou,
est impétueux. Il profite
d’une visite à sa grand tante, Louise de Preuilly,
dame de la Rocheposay,
pour s’emparer de son château et de ses biens et la
mettre dehors.
Prégent, selon des sources, renonce à cette succession.
Il a pourtant cinq
enfants avec Isabeau de Billy, fille du maître d’hôtel
de Charles d’Anjou :
François, Grisegonnelle, Pierre, Jeanne, épouse de
Jean Taveau, baron de
Mortemer et Isabeau, épouse de Guillaume de Vaire. Prégent
renoncerait
donc à cette succession pour son neveu, le fils de Floridas,
marié à
Marguerite Beslon : Geoffroy.
Guy, le seigneur de Fougeré meurt en 1484 et sa veuve est
alors en
procès contre les héritiers. C’est Guy et son épouse,
Jeanne de Maillé qui
firent reconstruire le donjon de Chamousseau, détruit par
le seigneur de
Ressonneau en 1357. Une autre source affirme qu’ils ont restauré le
donjon de la Messelière où l’on voit ses armoiries
et celles de sa femme.
Le couple fonde également le couvent des Cordeliers à la
Rallerie sous
Fougeré, sous le patronage de saint-Jérôme
le 8 décembre 1476. Acte
passé en la cour et la châtellenie de la Messelière
et en la cour de
monsieur l’archiprêtre de Lussac, fondation faite par
Guy Frotier, noble
homme, seigneur de la Messelière, Chamousseau, Fougeray
et autres
places. Ils sont inhumés dans le couvent.
En 1483, le site est aussi écrit Faugeré. Geoffroy
Frotier, écuyer, seigneur
de la Messelière, Chamousseau, Queaux, Chambonneau reçoit
aveu de
Pierre Giroi, le 26 décembre 1488, pour le fief de Champs
Marteau près
de Fougeré. Il fit accord le 21 janvier 1489. Il est seigneur
de Fougeré, la
Messelière et Chamousseau. Il a la curatelle de son père
au décès de son
oncle Guy. Il fait alors casser par arrêt la donation faite à Prégent.
Dans un acte de 1488, relatif à la succession de Guy Frotier,
tous
demandent l’exécution d’un arrêt du 20
janvier ou juin 1488, obligeant
Geoffroy Frotier, leur cousin, fils de feu Floridas, à leur
délivrer le tiers
des deux parts de biens provenant de la succession du feu messire
Guy
Frotier et comprenant les seigneuries de la Messelière,
Chamousseau,
Queaux, Fougeré, la Coste, la Letière à Moussac,
Bagneux,
Chambonneau, les Goupillières et autres héritages.
Vers 1466, Geoffroy Frotier se marie avec Jeanne de Lezay de Lusignan,
dame de la Bournalière, fille d’Antoine de Lezay,
seigneur de l’Isle
Jourdain et de Chantouillé à Moussac et petite fille
d’Antoine de Lezay et
d’Annette du Puy du Coudray. Elle meurt en 1506 et est inhumée à
droite de l’autel du couvent des Cordeliers. Le couple a
eu six fils dont
Charles, seigneur de la Messelière qui sera l’aïeul
de madame de
Montespan, la favorite de Louis XIV ; Pierre qui fut chevalier
de
Saint-Jean de Jérusalem, Jacques curé de Queaux,
Raoul, seigneur de
Chamousseau, Foucault, seigneur de Chambonneau.

En quatrième place : Briand, qui devient le chef de la branche
de
Fougeré.
Briand est le fils de Geoffroy Frotier et de Jeanne de Lezay. Il
est écuyer
et seigneur de Fougeré. Il doit transiger avec son frère
Charles le 3 mars
1501 et le 10 avril 1520, seigneur de la Messelière. Briand épouse
N… de
Launay ou de Taunay de la Maison de Saint-Sorlain en Basse Marche.
Ils
ont un fils : Charles. Il est écuyer et seigneur de Fougeré.
Il épouse, vers
1550, Jeanne de Nossay de la Forge qui se mariera avec Jean Eschallé,
seigneur du Magnon. Ils ont deux enfants : Charles et Marie qui
meurt
célibataire.
En 1572, la Saint-Barthélémy divise le royaume.
Pendant les guerres de religion, le couvent des
Cordeliers sous Fougeré est incendié.
En 1587, seul huit Frères l’occupent.
Charles II est également seigneur de Fougeré. Il
est homme d’armes de la
compagnie de Monsieur de Mortemart. En 1577, il est exempté de
se
trouver au ban parce qu’il servait en qualité d’homme
d’armes. Il servit
ensuite comme lieutenant des gendarmes de monsieur de la Béraudière
et
fut taxé en 1618, pour rembourser aux députés
de la Basse-Marche les
dépenses faites par eux aux Etats-Généraux
de 1614.
Vers 1600, il se marie avec Marguerite Charpentier, Dame et héritière
des
Tessonières et de Pouillé, fille de Jean, seigneur
de Buzay et des
Tessonières en Berry, contrôleur de la Maison du duc
d’Orléans, et de
Françoise de la Bussière.
Ils ont une famille de
dix enfants dont Charles,
chevalier de l’ordre de Malte, tué au combat contre
les Turcs ; Antoine,
tué en duel ; Jules Marie, chevalier de Malte ; Jeanne,
mariée avec Claude
Taveau, seigneur de la Tour-aux-Cognons, fils de François
Taveau ;
Anne Frotier de Fougeré, maintenue noble (barentine) en
1667, épouse
de Nicolas Fonteneau, seigneur du Ferrou ou Froux à Joussé,
vice sénéchal
de Civray ; Isabelle, mariée avec Sébastien Taveau
et Gabriel,
l’aîné.
Le
3 juin 1626, Charles Frotier écuyer, sieur de «Fougeray»,
demeurant à
Fougeray de Queaux comme curateur des enfants mineurs de feu Claude
Taveau, sieur de la Tour aux Connions, et de feue Jeanne Frottier
passe
un accord avec François Taveau écuyer, sieur de la
Bussière et de la Tour
aux Connions, frère de Claude, demeurant au bourg de Civaux.
(A.D.
Vienne J dépôt 244 liasse 11). Claude Taveau et Jeanne
Frottier s’étaient
mariés par contrat du 11 janvier 1606 chez Maître
Lemas (notaire à
Queaux). L’acte est perdu mais cité dans la même
source. A une date
inconnue, les descendants du couple Taveau-Frottier héritent
de
Fougeret.
Gabriel est chevalier et seigneur de Fougeray (désormais
orthographié
AY), des Cars, de Pouillé et des Tessonnières. Il
est qualifié de sieur des
Cars dans l’acte de baptême de Gabriel de Fonteneau,
son neveu, le 30
avril 1625, seigneur de Saint-Marc en Poitou. Il épouse,
vers 1630,
Marguerite de Marans, fils de Jacques de Marans, seigneur de Saint-Marc
en Poitou et de Marguerite de Manoncourt.
Les de Marans ont derrière eux un passé tumultueux.
En effet, Jacques
de Marans, fils d’Antoine de Marans, seigneur de Bonneuil
Matour, tue
Marc Gaudin. Le 4 septembre 1531, Antoine, sa femme, Françoise
de
Maulevrier et leur fils Jacques se font arrêter sur
ordre de la Cour des
Grands Jours de Poitiers. Ils sont accusés de voie de fait,
rébellion,
désobéissance et blessures envers un sergent royal
et condamnés.
Antoine et Jacques ont le poignet droit coupé et
sont décapités à
Poitiers. L’épouse est bannie du royaume. La maison
de Saint-Marc est
démolie le 27 octobre suivant.
Gabriel et Marguerite ont eu trois filles dont Françoise,
héritière de
Fougeray. Elle se marie avec Charles de La Tour, seigneur de la
Viale en
Limousin. Charlotte, sa soeur meurt célibataire et sans
enfant. Gabrielle,
la plus jeune, est enterrée à Saint-Hilaire de la
Celle à Poitiers le 13 mai
1671. Françoise Frotier, maintenue noble, barentine en 1667,
est
marraine de Françoise Taveau, fille du seigneur de Toulon.

Louis
Taveau, né le 11 avril 1681 à Moussac sur Vienne,
fils de Pierre
Taveau, chevalier et seigneur de Toulon et de Anne Françoise
de
Scourions, morte en 1721, serait le frère de Françoise
Taveau (1679-
1753). Il épouse, le 26 juillet 1714 à Moussac sur
Vienne, Marguerite
Thérèse de Maillou, fille de René de Maillou
et de Barbe Allard,
originaire de Lorraine. Ils ont deux enfants Pierre né en 1724
et François en 1727. Louis est seigneur de Fougeret (orthographié « ET »).
Pierre est né à Fougeret le 6 février 1724.
Son frère François décède le 6
février 1727 à Moussac-sur-Vienne. Il tient une étude
de notaire à Queaux. Les Taveau
sont une grande famille,
liée aux Rochechouart de Mortemart (1) dont certains sont
la grand-mère
de Richelieu et madame de Montespan.
(1) Gabriel de Rochechouart de Mortemart (1600-1675), fut premier
gentilhomme de la chambre de Louis
XIII et gouverneur de Paris. Il était issu d'une branche
cadette de la Maison de Rochechouart.
Louis-François Bonaventure, sieur de Prélong (1733–1813)
et fils de
François-Gabriel Brun, sieur de Prélong (1700-1784),
Seigneur de
Puyrajoux (pièce du 18 mars 1779) et avocat au Parlement, épouse
Marguerite Taveau de Fougeré en première noce. Il
est né en avril 1700,
mort à Puyrajoux et inhumé en l’église
de Queaux. Il est le père temporel
du couvent des Cordeliers. Son cachet est d’argent aux chevrons
de
gueule, accompagné de trois fleurs de lys 2+1 (lettre du
24 avril 1742 et
du 9 décembre 1772).
Avec Marie Besson ils ont cinq enfants
dont Louis-
François Bonaventure, baptisé le 15 juillet 1733,
décédé à Fougeret le 30
janvier 1813. Son épouse, Marguerite Taveau est la fille
de Louis Taveau
et de Marguerite Thérèse de Mailloux. Les épousailles
ont lieu le 24
février 1767. Elle a 42 ans et lui 33 ans mais Fougeret
est une place très
convoitée. Elle meurt le 21 juillet 1803.
Louis-François Bonaventure est juriste, instruit ès-lois.
Il est expert
désigné pour l’estimation des biens d’un émigré :
René Chasteigner de
Tennesue de l’Angellerie, à côté de Fougeré.
Louis François récupère le
château grâce à son mariage et est maire de
Queaux en 1792. Le couvent
des Cordeliers est vendu comme Bien National. En 1791, après
trois
bougies, lors d’une vente aux enchères, le maire de
Queaux l'acquiert pour
7.700 livres. Il doit juste laisser le
fermier en
place le temps de son bail. Un pré situé au clos
Fougeret est mis à prix
304 livres et 10 sols. Savard en offre 315 livres. Au bout de dix
feux,
Louis-François Bonaventure Prélong remporte l’enchère
pour 445 livres.

François
Gabriel Brun, avocat au Parlement décède
en 1784. Ses quatre
enfants habitent à Queaux. Louis-François Bonaventure
Brun Prélong
habite Fougeret et son frère Louis Alexandre Brun Puyrajoux épouse
Jeanne Garestier le 27 juin 1803. Alexandre et Jeanne ont sept
enfant
dont Alexandre Brun Puyrajoux. Alexandre naît le 21 décembre
1791,
1er Nivôse de l’An IV. (Il s’agit du mariage
civil en 1803 car après 1789,
sont en usage les registres d’état civil).
En 1803, après le décès de sa femme, Louis
François Brun Prélong (1733-
1813), alors maire de Queaux, devient à 70 ans le seul propriétaire
de
Fougeret. Son frère Louis Alexandre Brun Puyrajoux (1741-1807)
peut
rêver hériter un jour de Fougeret : trois semaines
avant la mort de
Marguerite Taveau, il a régularisé sa propre situation
matrimoniale ; à 62
ans le 27 juin 1803 , il épouse sa maîtresse Jeanne
Garestier et légitime
leurs deux enfants : Frédérique Brun Puyrajoux (1791-1862)
et Alexandre
Brun Puyrajoux (1795-1871). La branche Brun-Puyrajoux est donc
prête
pour reprendre un jour Fougeret…
Mais Louis François Brun Prélong, le vieux maire
de Queaux en décide
autrement : le 22 janvier 1806 il épouse Anne Adelaïde
Rigaud, fille du
propriétaire de Beauregard, qui est sa cadette de 51 ans.
Elle lui donne
deux fils : Louis Alexandre Théodore Brun Prélong
(Queaux 1807-
Poitiers 1861) et Henry François Léonard Brun Prélong
(Queaux 1809-
Queaux 1855).
Les deux jeunes Brun Prélong deviennent donc
les
héritiers naturels de Fougeret. Il est cependant très
probable que leur
mère Anne Adelaïde Rigaud, avant d’épouser
son très vieux mari, avait
obtenu la promesse de disposer de Fougeret toute sa vie.
Le 6 septembre 1814, devenue très logiquement veuve, elle
se remarie et
choisit cette fois un cadet : Xavier Regnault-Rochefort son nouveau
mari
a neuf ans de moins qu’elle…Le couple a deux filles
et vit à Fougeret. Le
château semble passer aux mains des Regnault-Rochefort.
Quand Anne Adelaïde Rigaud meurt à Fougeret le 5 novembre
1866 à l'âge de 82 ans, la chaîne de transmission
par mariages successifs prend fin.
Xavier Regnault-Rochefort qui occupe les lieux depuis 1814 doit
rendre
des comptes aux vrais héritiers : les Brun Prélong.
La succession est
compliquée parce que Anne Adelaïde Rigaud a survécu à ses
deux fils,
mais elle a encore un petit-fils (au moins) : Henri Léonard
Othello Brun
Prélong (Persac 1836-Persac 1896). Il est probable par ailleurs
qu’elle a
aussi voulu avantager ses filles du second lit. C’est très
probablement
dans ces conditions complexes que le château est vendu.
Alexandre Brun Puyrajoux (1795-1871), neveu du vieux maire de
Queaux et également maire de Queaux de 1835 à 1863, épouse
Jeanne-
Clémentine Rabethe-Chatillon (1802-1879), fille du docteur
en médecine
et officier de santé de l’Isle Jourdain. La soeur
de Jeanne, Françoise Marie
est l’aïeule du docteur Gilles de la Tourette,
associé du
professeur
Charcot. Ils ont cinq enfants dont Angélina Brun
Puyrajoux (1831-1901)
qui épouse Louis Ernest Robin Médard, négociant (1828-1889).
Ils acquièrent
le château de
Fougeret. D’eux sont issues les familles poitevines, Papillon,
Gibaud,
Gibaud-Boyer, Henry-Robert, Maigre et Penot.
Lui est né à Poitiers le 12 mai 1828 fils d’Auguste
Robin-Médard et de Marguerite-Caroline Babin ; elle est
la fille d’Alexandre Brun Puyrajoux (1795-1871), neveu du
vieux maire de Queaux et devenu lui-même maire de Queaux,
et de Jeanne-Clémentine Rabeth-Chatillon. Ils s’étaient
mariés à Queaux le 27 juillet 1858 mais la mariée
habitait alors Puyrajoux. Après 1866, Auguste Brun Puyrajoux
a donc eu la satisfaction de voir Fougeret revenir à sa
branche. Le couple réside à Niort et Fougeret est
leur château de campagne : Louis Ernest « domicilié à Niort » meurt
en effet à Fougeret le 20 août 1889 ; et sa veuve
au même lieu le 10 août 1901.
Un de leurs enfants ; Marie-Felix, Ernest, Henri, décède à Fougeret
le six décembre 1898 à l’age de 39 ans. Ses deux beaux-frères,
Papillon et Gibaud, notaires à Gençay et Pouzauges, ont témoigné à 9
heures du matin de son décès qui a eu lieu à 3 heures du
matin.
Les
Robin-Médard vendent le château aux Robain. Paul
Robain ami du marquis Marie de Roux, au sujet duquel une thèse
en Histoire est en cours à l’université de
Poitiers, a participé à l’organisation de l'Action
Française. Avocat de formation, il ne plaide plus et s’investit
totalement dans la politique. Ami très proche de Charles
Maurras, il se ruine. Refusant de travailler, il écrit.
Ses enfants sont élevés dans le luxe et ces années
sont, à croire les descendants, la période dorée
de leur existence. Paul Robain est un activiste, il met en procès
le curé de Queaux qui refuse de le suivre dans ses idéaux
politiques. Durant la guerre de 1914-1918, il a joué un
rôle important au sein de la ligue en qualité de responsable
du service des conférences puis secrétaire général
de l'association. Inscrit au barreau de Poitiers, il ne se
réinscrit pas en 1906. Son ami, le marquis Marie de Roux,
avocat et royaliste (2). Le marquis de Roux et Charles Maurras
séjournèrent souvent à Fougeret, désormais
quartier général de la droite intransigeante. « La
Revue critiques des idées et des livres » (1908-1924)
ou « La Revue universelle » (1920-1941) ont été parrainé par
Paul Robain. La devise de la première revue est « tout
ce qui est national est nôtre ».
(2) Michel Leymarie,Jacques Prévotat , L'Action française: culture,
société, politique, éd. Septentrion, Presses universitaires,
2008, p. 102
De grands bals sont organisés, les années 1920 sont
prospères.
Fougeret est alors le quartier général des bals mondains où s'amuse
la haute bourgeoisie et l'aristocratie locale. Le krach boursier surgit et
les Robain sont ruinés. Ils doivent céder le château en 1929.

Le beau-frère de Paul Robain, M. Auriaut rachète
le château pour une somme modique car il avait prêté beaucoup
d'argent aux Robain. Les Auriaut reprennent donc le flambeau. Madame
Auriaut était la petite fille du célèbre colonel
baron Stoffel (1821-1907), « l'homme lige de Napoléon
III ». Archéolologue célèbre, il travailla
longtemps sur le site d'Alésia et de Gergovie. Il fut également
diplomate à Berlin et oeuvrait pour une alliance franco-allemande.
Ils récupèrent donc le château quasiment en échange
de tout l’argent qu’ils avaient prêté aux Robain et
que ces derniers ne pouvaient rendre.
Catholiques intégristes, madame
vivra plus d'une dizaine d'accouchements à Fougeret. Ces derniers sont
très généreux avec la domesticité mais ils ne tardent
pas non plus à être obligés de vendre.
La famille PATRIS, des commerçants de la région achète
alors le joyau désormais frappé d’une malédiction
encore vivace aujourd’hui : tous les propriétaires finiront ruinés.
Ils achètent en 1937. Maurice Patris est un homme autoritaire. Il vit à Fougeret
avec sa famille pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son épouse décède
jeune d'une longue maladie et le laisse seul avec six enfants. Le chef de famille
a une jambe de bois. Personnage charismatique craint par toute la domesticité,
il décède au château.

A sa mort, en 1963, le château est revendu aux Perrineau,
commerçants
de La Rochelle. Ils achètent un château de style troubadour et entretenu à la
perfection et le laissent aller en proie aux affres du temps. Les parents décèdent.
Le père meurt le dernier, en 2007. Les enfants décident alors de
se débarrasser de ce bâtiment encombrant.
Monsieur et Madame Geffroy l'achètent le 16 mars 2009.
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ARCHITECTURE
Les Robin-Médard ont orchestré les transformations
que l’on connaît aujourd’hui.

Tel qu'il était avant la campagne de transformation
sous le
Second Empire, Fougeret ressortait plus du domaine rural que du
château
ayant
abrité des puissants. C'est ce qui déplait aux Robin-Médard,
ivres de
reconnaissance sociale. Il conservent les bretèches
, deux
fenêtres à
meneaux
et quelques fleurons.
Certainement à la fin du Second Empire, ils décident de
mettre le château
au goût du jour. C’est également
une façon de se le
réapproprier et de se démarquer de leurs ancêtres
en laissant trace de leur
passage. Les transformations sont logiquement à la mesure
de leurs
moyens financiers qui devaient être très importants.
En effet, les
gravures d’Amédée Brouillet datant de 1853,
présentent encore un
château champêtre de la Renaissance sans prétention
architecturale ou
programme politique sous-jacent.
Ils réinscrivent Fougeret
dans
l’Histoire en lui donnant une fonction sociale et économique
; toutes les
familles du hameau de Fougeret travaillaient au château.
Les femmes en
cuisine ou au ménage et les hommes au jardin ou au bois.
Le pouvoir
devait devenir visible et même lisible dans le paysage par
delà la Vienne
d’où Fougeret, trônant sur une falaise de 38
mètres, assied les restes de sa
féodalité. Car la fonction défensive féodale
n’est pas totalement conjurée.
Les seuls éléments architecturaux extérieurs
originels restants sont les
bretèches, ainsi que deux fenêtres à meneaux.
Fougeret est désormais la
mise en scène de l’histoire des familles y ayant vécu
et de celle qui ose le
moderniser, le contextualiser durant la période faste, pour
la bourgeoisie,
du Second Empire.
Si la disparition logique du château procède
de la
Révolution, celui de Fougeret, dont le propriétaire
en 1792, un Brun
Puyrajoux, bourgeois qui allait bien profiter de la vente des Biens
Nationaux pour s’enrichir, s’inscrit dans la veine
de ces rénovations qui
réinterprètent le Moyen-Âge en portant au paroxysme
du fantasme, les
droits afférents et une idée de la noblesse de sang.
A cette période de
l’Histoire, Fougeret est désormais définitivement
aux mains de la
bourgeoisie. Même si cette catégorie sociale rêve
de sang bleu, elle devait
sa place à l’éviction radicale de cette dernière.
Le château est surélevé d’un étage.
Les fenêtres sont désormais
organisées en travées régulières et
symétriques. Les meneaux sont là pour
rappeler l’esprit médiéval de la fenêtre.
Les anciens meneaux n’avaient
pas été sciés. Les habitants avaient donc
les moyens de payer les impôts.
Les meneaux en pierre divisaient l’ouverture en quatre fenêtres.
On en a
même rajouté. Les tours sont percées de fenêtres.
L’ordre architectural
inspiré du classicisme est une métaphore de l’ordre
social.
RESTAURATION

Il était
sous la végétation, nous
avons mis plus de six mois pour découvrir la bâtisse
et ses dépendances.
Un petit mot des années 1920, écrit sue un gonfanon
beaussant évoquant
les Templiers, restait encore dans la chapelle : « Dieu protège-nous
et aime la
France »…
Les abords sont composés d'un parc d'agrément de
10 hectares
comportant des allées en étoiles avec un arboretum
d'essences venues du
Nouveau-Monde, noyers américains, séquoias géants
etc... Nous les
avons partiellement dégagés. L'épi du paratonnerre
est également décoré
de fruits et légumes du Nouveau-Monde comme du maïs,
des poivrons
et des tomates.
Un étang à recreuser reflétait le château
dans un miroir d'eau et une
grotte de style maniériste avec trois cellules en métaphore
de la Trinité
ou de Jésus et les deux larrons était éclairées
jusqu'au début du XXème
siècle.
Fougeret était réellement abandonné. Même
si de petits travaux de
toiture ont été effectués sporadiquement.
L’état catastrophique de
l’intérieur et les écroulements de certaines
parties comme les plafonds
polychromes à la française et les boiseries, ont
nécessité des
interventions urgentes et à ce jour, pas encore terminées.
Tous les
plafonds doivent être résinés pour consolider
les voûtains polychromes
et sont sous étais. Les tours de guêt, à l’extérieur
sont également en
danger. Les décors, fresques et moulures font l’objet
d’un classement
depuis juin 2010.
Depuis le Moyen-Âge, il a toujours fait l’objet d’une
immense convoitise
par les seigneurs locaux. Tombé entre les mains de la bourgeoisie
révolutionnaire, il est aujourd’hui un exemple-type
des châteaux
troubadours.
Il faut lire ce château comme le palimpseste de sa propre
histoire. Il
représente l’histoire de France sous le Second Empire
aussi bien que
l’histoire des familles. Le style troubadour exacerbe le
style féodal. Cette
surenchère de détails inutiles conjure pourtant
l’aspect
défensif de
l’édifice. Il ne peut être séparé de
ses origines médiévales, origines qui
légitiment son existence.
Le XIXème siècle est encore aujourd’hui très
controversé quant à la
nécessité de protéger ses monuments. Mais
il y a plusieurs paramètres à
prendre en considération.
Les maisons bourgeoises du XIXème, très nombreuses,
ne méritent que
très rarement de protection car l’avènement
de la bourgeoisie a conduit à
une dévaluation générale de l’image
du château en le plagiant à souhait.
Une habitation ordinaire flanquée d’une tourelle est
souvent nommée à
tort « château ».
Alors qu’elle est la
définition d’un château ? elle est
juridique. Un château est un lieu de basse, moyenne ou haute
justice et
Fougeret fut un lieu de haute justice. Les caves, les sarcophages
et la
glacière sont des traces indéniables du Fougeret
médiéval.
Fougeret, comme tous les châteaux de style troubadour souligne
l’âge
héroïque de la civilisation et donc la fin d‘un
monde et le XIXème siècle
est le siècle durant lequel il fut construit le plus de
châteaux ne répondant
pas à la définition des châteaux de l'Ancien
régime.

La rareté des éléments sont également
une raison de protection de
Fougeret : L’escalier type Chambord, les plafonds à voûtins
polychromes, les cheminées gothiques, le plafond à croisée
d’ogives et les
fresques de l’entrée sont des éléments
remarquables du grand XIXème
siècle.
Un programme politique est inscrit dans le décor.
Les chimères
des fresques de l’entrée répondent aux chimères
de la cheminée du salon
de gauche.
Nous n’avons pas encore trouvé l’architecte
de ce remaniement mais
nous pensons à Emile BOESWILLWALD (1815-1896) qui a refait
le
château de Morthemer au XIXème siècle a travaillé avec
Viollet-le-Duc
et a terminé la reconstitution de la décoration intérieure
de la Sainte-
Chapelle. Le château de Bois-Morant commune d'Antigny a des
points
communs avec Fougeret.
VISITES
Le château est actuellement en travaux. Pour les visites,
dépendantes de l'état d'avancement des chantiers,
prendre contact au préalable.
CONTACT
Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies
auprès des propriétaires. |
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