CHATEAU DE FOUGERET
QUEAUX (Vienne)



Construit non loin de la Vienne, le château de Fougeret a été inscrit Monument Historique par la Direction Régionale des Affaires Culturelles en juin 2010.

HISTORIQUE

Le lieu est cité dès 1337 avec un certain Hélias de Fougerec. Dès 1416, les sources évoquent le Chastel noble de Fougeré, fief de Haute Justice. Cette année 1337 est l’année de la déclaration de la guerre de Cent ans entre le royaume de France et d’Angleterre. Philippe VI de Valois et Edouard III sont en lice.

fenêtre à meneaux de la façade principaleFougeret est occupé ou peut-être bâti, par une des plus anciennes familles de France : les Frotier. Ce nom signifie «le chef». Son berceau est le Poitou. Elle est originaire de Melle dans les Deux-Sèvres. Pierre Frotier est évêque de Poitiers en 924 et 938. Un Gautier Frotier est cité dans les chartes de l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély en 1040. En 1249, un descendant, également du nom de Pierre Frotier est Croisé et signe une charte à Damiette, en Egypte. A Albi, le siège épiscopal, occupé par des Frotier, est dispersé lors des troubles des Albigeois. On les retrouve ensuite en Bourgogne dès le XIIème siècle. L’ordre des Templiers comprend également plusieurs Frotier en tant que grands maîtres de l’ordre.

Bertrand Frotier est l’un des 29 écuyers en garnison au château de Najac en Rouergue, le 14 janvier 1368 (en 1253, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, avait fait reconstruire cette ancienne forteresse des comtes de Toulouse).

Une partie de la famille Frotier, proche du pouvoir, allait prendre place à Fougeret. En 1340, Jean Frotier, vassal de Mengot de Melle, baron de Melle et Gascougnolles, épouse Jeanne de Valvire.

En pleine guerre de cent ans, alors que Du Guesclin est pris en otage, Jean Frotier meurt en 1367 mais laisse un fils : Jean Frotier II, seigneur de Chambonneau en Gizay et seigneur de Poitiers. Marié, vers 1350, avec Mahaut de Vivonne, veuve en 1396. En 1356, au sud de Poitiers une bataille décisive a lieu. Le roi de France Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Edouard III de Woodstock, dit le Prince Noir. En 1369, la peste noire ravage l’Europe.

Jean Frotier II et Mahaut de Vivonne ont alors un fils, Jean Frotier III, seigneur de Melzeart et de Miserit qui fit ses hommages le 28 décembre 1408 au duc de Berry. En janvier 1393, Charles de Poitiers décède des suites de ses blessures au bal des Ardents. En juin, Jean Frotier III était sommelier et premier écuyer du comte de Valois. Il meurt en 1416 après avoir épousé en secondes noces, en 1390, Jeanne Clairet, dame de Fontenille et fille de Jean Clairet et d’Alix de Saint-Julien dans la Marche. Ils ont eu quatre enfants dont Pierre, seigneur de Melzéart, vicomte de Montbas dans la Marche, baron de Preuilly, d’Azay-le-Feron et Le Blanc qui sauva le Dauphin en le portant sur son dos, dans l’enceinte de Paris, lors d’une guerre civile où les Bourguignons massacrent les Armagnacs et s’emparent de la ville en 1418. Le Dauphin transporte alors son conseil à Poitiers et y est proclamé roi. Il devient Charles VII et Pierre Frotier devient son grand écuyer. En 1396, une trêve franco-anglaise de 28 ans est signée.
latrines
Son frère Colin Frotier est seigneur de Chamousseau, la Messelière, Fougeré, Queaux, de la Coste et de Bagneux. Il est chevalier et gouverneur de Poitiers. Il meurt en 1447. Il avait épousé Isabeau Jeanne d’Usseau, veuve de Denis de Saint Savin et héritière de la Messelière, Chamousseau et Chambonneau. Elle décède en 1447. Isabeau d’Usseau ou du Sceau était la fille du seigneur de Remilly en Châtelleraudais et de N. Faugère ou de Fougeré, dame de la Messelière, soeur et héritière de Guichard de Faugère, seigneur de la Messelière et de Chaume en Queaux et de la Gaubertière en Gençay. Isabeau est aussi la soeur d’Arnaud de Faugère, chanoine de Sainte Radegonde. La dame de la Messelière serait la fille de Taillefer de Faugère, chevalier, seigneur de la Messelière en 1374, mort avant le 13 octobre 1390 et époux de Mahaut de Vivonne. Le fils de Taillefer Guichard, seigneur de la Messelière, Bagneux, la Coste, Grand Chaume, la Gauberdière, était vraisemblablement le grand-père maternel d’Isabeau d’Usseau.

Taillefer de Faugère devait être le fils d’Hélion ou d’Hélie de Faugère, varlet, en août 1337 dont il est fait mention dans le testament de Pierre de Blom, fils du seigneur de Ressonneau et d’Agnès de Fougeré en 1333. Agnès de Fougeré est la fille de Jean de Fougeré ou Fougeray (on trouve également cette orthographe), seigneur de la Messelière en 1325 et de Philippe de Ginhès, Dame de la Coste, seigneur de Ressonneau.

Agnès de Fougeray épouse Aimeri de Blom, seigneur de Ressonneau. Il vit en 1292 et 1304. En 1325, il avait reçu un aveu pour un fief situé sur la commune de Bouresse.

Cette Famille Faugère, noble et ancienne du Poitou est éteinte mais serait à l’origine de la toponymie : Fougeré, Fougeray puis Fougeret.

tour isolée
Isabeau d’Usseau était veuve de Denis de Saint-Savin. Elle avait une fille Yolande de Saint-Savin qui était religieuse à Poitiers. Elle hérita, en 1427, de Gilles de Couhé, seigneur de Chargé en Razines (Indre et Loire) et de la Bournalière en Cuhon dans la Vienne. Ce dernier fief fut possédé par les descendants de Colin Frotier. Le 16 mars 1427, il fit accord avec le chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers pour les rentes de Cuhon.

Vers 1420, année du retour de la peste, Colin, avec son mariage avec Isabeau d’Usseau, devient seigneur de la Messelière et de Chamousseau dont il rendit aveu le 20 novembre 1434, et de Fougeré. Ils ont eu quatre enfants dont Floridas, handicapé, sous la tutelle de son frère Guy, ainsi que Guillemette et Geoffride, les deux filles de Colin et Isabeau. Guy est l’aîné. Il est chevalier et seigneur de la Messelière, Chambonneau et Fougeré et est qualifié de noble et puissant. Divers hommages lui sont rendus en 1451, 1453 et 1458. Il épouse Jeanne de Maillé, veuve en premières noces d’Amaury de Tigné et en secondes noces de Guillaume de Tucé. Elle est la fille de Jacques de Maillé, seigneur d’Empuire et de Louise Marie Taveau de Morthemar. Cette période est trouble.

Guy Frotier et Jeanne de Maillé n’ont pas d’enfants et le 4 janvier 1466, le couple fait donation de leurs biens à leur cousin : Prégent Frotier. Prégent, fils de Pierre, grand écuyer de Charles VII et de Marguerite de Preuilly, une des plus grandes héritières de Touraine, issue des comtes de Vendôme. Cette dernière est inhumée dans l’abbaye de Preuilly, le 12 août 1445.



Prégent, grand chambellan de René d’Anjou, est impétueux. Il profite d’une visite à sa grand tante, Louise de Preuilly, dame de la Rocheposay, pour s’emparer de son château et de ses biens et la mettre dehors. Prégent, selon des sources, renonce à cette succession. Il a pourtant cinq enfants avec Isabeau de Billy, fille du maître d’hôtel de Charles d’Anjou : François, Grisegonnelle, Pierre, Jeanne, épouse de Jean Taveau, baron de Mortemer et Isabeau, épouse de Guillaume de Vaire. Prégent renoncerait donc à cette succession pour son neveu, le fils de Floridas, marié à Marguerite Beslon : Geoffroy.

échauguettesGuy, le seigneur de Fougeré meurt en 1484 et sa veuve est alors en procès contre les héritiers. C’est Guy et son épouse, Jeanne de Maillé qui firent reconstruire le donjon de Chamousseau, détruit par le seigneur de Ressonneau en 1357. Une autre source affirme qu’ils ont restauré le donjon de la Messelière où l’on voit ses armoiries et celles de sa femme. Le couple fonde également le couvent des Cordeliers à la Rallerie sous Fougeré, sous le patronage de saint-Jérôme le 8 décembre 1476. Acte passé en la cour et la châtellenie de la Messelière et en la cour de monsieur l’archiprêtre de Lussac, fondation faite par Guy Frotier, noble homme, seigneur de la Messelière, Chamousseau, Fougeray et autres places. Ils sont inhumés dans le couvent.

En 1483, le site est aussi écrit Faugeré. Geoffroy Frotier, écuyer, seigneur de la Messelière, Chamousseau, Queaux, Chambonneau reçoit aveu de Pierre Giroi, le 26 décembre 1488, pour le fief de Champs Marteau près de Fougeré. Il fit accord le 21 janvier 1489. Il est seigneur de Fougeré, la Messelière et Chamousseau. Il a la curatelle de son père au décès de son oncle Guy. Il fait alors casser par arrêt la donation faite à Prégent.

Dans un acte de 1488, relatif à la succession de Guy Frotier, tous demandent l’exécution d’un arrêt du 20 janvier ou juin 1488, obligeant Geoffroy Frotier, leur cousin, fils de feu Floridas, à leur délivrer le tiers des deux parts de biens provenant de la succession du feu messire Guy Frotier et comprenant les seigneuries de la Messelière, Chamousseau, Queaux, Fougeré, la Coste, la Letière à Moussac, Bagneux, Chambonneau, les Goupillières et autres héritages.

Vers 1466, Geoffroy Frotier se marie avec Jeanne de Lezay de Lusignan, dame de la Bournalière, fille d’Antoine de Lezay, seigneur de l’Isle Jourdain et de Chantouillé à Moussac et petite fille d’Antoine de Lezay et d’Annette du Puy du Coudray. Elle meurt en 1506 et est inhumée à droite de l’autel du couvent des Cordeliers. Le couple a eu six fils dont Charles, seigneur de la Messelière qui sera l’aïeul de madame de Montespan, la favorite de Louis XIV ; Pierre qui fut chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, Jacques curé de Queaux, Raoul, seigneur de Chamousseau, Foucault, seigneur de Chambonneau.

plafond à voûtins polychromes
En quatrième place : Briand, qui devient le chef de la branche de Fougeré. Briand est le fils de Geoffroy Frotier et de Jeanne de Lezay. Il est écuyer et seigneur de Fougeré. Il doit transiger avec son frère Charles le 3 mars 1501 et le 10 avril 1520, seigneur de la Messelière. Briand épouse N… de Launay ou de Taunay de la Maison de Saint-Sorlain en Basse Marche. Ils ont un fils : Charles. Il est écuyer et seigneur de Fougeré. Il épouse, vers 1550, Jeanne de Nossay de la Forge qui se mariera avec Jean Eschallé, seigneur du Magnon. Ils ont deux enfants : Charles et Marie qui meurt célibataire.

En 1572, la Saint-Barthélémy divise le royaume. Pendant les guerres de religion, le couvent des Cordeliers sous Fougeré est incendié. En 1587, seul huit Frères l’occupent.

Charles II est également seigneur de Fougeré. Il est homme d’armes de la compagnie de Monsieur de Mortemart. En 1577, il est exempté de se trouver au ban parce qu’il servait en qualité d’homme d’armes. Il servit ensuite comme lieutenant des gendarmes de monsieur de la Béraudière et fut taxé en 1618, pour rembourser aux députés de la Basse-Marche les dépenses faites par eux aux Etats-Généraux de 1614.

Vers 1600, il se marie avec Marguerite Charpentier, Dame et héritière des Tessonières et de Pouillé, fille de Jean, seigneur de Buzay et des Tessonières en Berry, contrôleur de la Maison du duc d’Orléans, et de Françoise de la Bussière.


Ils ont une famille de dix enfants dont Charles, chevalier de l’ordre de Malte, tué au combat contre les Turcs ; Antoine, tué en duel ; Jules Marie, chevalier de Malte ; Jeanne, mariée avec Claude Taveau, seigneur de la Tour-aux-Cognons, fils de François Taveau ; Anne Frotier de Fougeré, maintenue noble (barentine) en 1667, épouse de Nicolas Fonteneau, seigneur du Ferrou ou Froux à Joussé, vice sénéchal de Civray ; Isabelle, mariée avec Sébastien Taveau et Gabriel, l’aîné.

façade arrièreLe 3 juin 1626, Charles Frotier écuyer, sieur de «Fougeray», demeurant à Fougeray de Queaux comme curateur des enfants mineurs de feu Claude Taveau, sieur de la Tour aux Connions, et de feue Jeanne Frottier passe un accord avec François Taveau écuyer, sieur de la Bussière et de la Tour aux Connions, frère de Claude, demeurant au bourg de Civaux. (A.D. Vienne J dépôt 244 liasse 11). Claude Taveau et Jeanne Frottier s’étaient mariés par contrat du 11 janvier 1606 chez Maître Lemas (notaire à Queaux). L’acte est perdu mais cité dans la même source. A une date inconnue, les descendants du couple Taveau-Frottier héritent de Fougeret.

Gabriel est chevalier et seigneur de Fougeray (désormais orthographié AY), des Cars, de Pouillé et des Tessonnières. Il est qualifié de sieur des Cars dans l’acte de baptême de Gabriel de Fonteneau, son neveu, le 30 avril 1625, seigneur de Saint-Marc en Poitou. Il épouse, vers 1630, Marguerite de Marans, fils de Jacques de Marans, seigneur de Saint-Marc en Poitou et de Marguerite de Manoncourt.


Les de Marans ont derrière eux un passé tumultueux. En effet, Jacques de Marans, fils d’Antoine de Marans, seigneur de Bonneuil Matour, tue Marc Gaudin. Le 4 septembre 1531, Antoine, sa femme, Françoise de Maulevrier et leur fils Jacques se font arrêter sur ordre de la Cour des Grands Jours de Poitiers. Ils sont accusés de voie de fait, rébellion, désobéissance et blessures envers un sergent royal et condamnés. Antoine et Jacques ont le poignet droit coupé et sont décapités à Poitiers. L’épouse est bannie du royaume. La maison de Saint-Marc est démolie le 27 octobre suivant.

Gabriel et Marguerite ont eu trois filles dont Françoise, héritière de Fougeray. Elle se marie avec Charles de La Tour, seigneur de la Viale en Limousin. Charlotte, sa soeur meurt célibataire et sans enfant. Gabrielle, la plus jeune, est enterrée à Saint-Hilaire de la Celle à Poitiers le 13 mai 1671. Françoise Frotier, maintenue noble, barentine en 1667, est marraine de Françoise Taveau, fille du seigneur de Toulon.

toiture en poivrière
Louis Taveau, né le 11 avril 1681 à Moussac sur Vienne, fils de Pierre Taveau, chevalier et seigneur de Toulon et de Anne Françoise de Scourions, morte en 1721, serait le frère de Françoise Taveau (1679- 1753). Il épouse, le 26 juillet 1714 à Moussac sur Vienne, Marguerite Thérèse de Maillou, fille de René de Maillou et de Barbe Allard, originaire de Lorraine. Ils ont deux enfants Pierre né en 1724 et François en 1727. Louis est seigneur de Fougeret (orthographié « ET »).

Pierre est né à Fougeret le 6 février 1724. Son frère François décède le 6 février 1727 à Moussac-sur-Vienne. Il tient une étude de notaire à Queaux. Les Taveau sont une grande famille, liée aux Rochechouart de Mortemart (1) dont certains sont la grand-mère de Richelieu et madame de Montespan.

(1) Gabriel de Rochechouart de Mortemart (1600-1675), fut premier gentilhomme de la chambre de Louis XIII et gouverneur de Paris. Il était issu d'une branche cadette de la Maison de Rochechouart.

Louis-François Bonaventure, sieur de Prélong (1733–1813) et fils de François-Gabriel Brun, sieur de Prélong (1700-1784), Seigneur de Puyrajoux (pièce du 18 mars 1779) et avocat au Parlement, épouse Marguerite Taveau de Fougeré en première noce. Il est né en avril 1700, mort à Puyrajoux et inhumé en l’église de Queaux. Il est le père temporel du couvent des Cordeliers. Son cachet est d’argent aux chevrons de gueule, accompagné de trois fleurs de lys 2+1 (lettre du 24 avril 1742 et du 9 décembre 1772).

Avec Marie Besson ils ont cinq enfants dont Louis- François Bonaventure, baptisé le 15 juillet 1733, décédé à Fougeret le 30 janvier 1813. Son épouse, Marguerite Taveau est la fille de Louis Taveau et de Marguerite Thérèse de Mailloux. Les épousailles ont lieu le 24 février 1767. Elle a 42 ans et lui 33 ans mais Fougeret est une place très convoitée. Elle meurt le 21 juillet 1803.

Louis-François Bonaventure est juriste, instruit ès-lois. Il est expert désigné pour l’estimation des biens d’un émigré : René Chasteigner de Tennesue de l’Angellerie, à côté de Fougeré. Louis François récupère le château grâce à son mariage et est maire de Queaux en 1792. Le couvent des Cordeliers est vendu comme Bien National. En 1791, après trois bougies, lors d’une vente aux enchères, le maire de Queaux l'acquiert pour 7.700 livres. Il doit juste laisser le fermier en place le temps de son bail. Un pré situé au clos Fougeret est mis à prix 304 livres et 10 sols. Savard en offre 315 livres. Au bout de dix feux, Louis-François Bonaventure Prélong remporte l’enchère pour 445 livres.
fenêtre façade arrière
François Gabriel Brun, avocat au Parlement décède en 1784. Ses quatre enfants habitent à Queaux. Louis-François Bonaventure Brun Prélong habite Fougeret et son frère Louis Alexandre Brun Puyrajoux épouse Jeanne Garestier le 27 juin 1803. Alexandre et Jeanne ont sept enfant dont Alexandre Brun Puyrajoux. Alexandre naît le 21 décembre 1791, 1er Nivôse de l’An IV. (Il s’agit du mariage civil en 1803 car après 1789, sont en usage les registres d’état civil).

En 1803, après le décès de sa femme, Louis François Brun Prélong (1733- 1813), alors maire de Queaux, devient à 70 ans le seul propriétaire de Fougeret. Son frère Louis Alexandre Brun Puyrajoux (1741-1807) peut rêver hériter un jour de Fougeret : trois semaines avant la mort de Marguerite Taveau, il a régularisé sa propre situation matrimoniale ; à 62 ans le 27 juin 1803 , il épouse sa maîtresse Jeanne Garestier et légitime leurs deux enfants : Frédérique Brun Puyrajoux (1791-1862) et Alexandre Brun Puyrajoux (1795-1871). La branche Brun-Puyrajoux est donc prête pour reprendre un jour Fougeret…

Mais Louis François Brun Prélong, le vieux maire de Queaux en décide autrement : le 22 janvier 1806 il épouse Anne Adelaïde Rigaud, fille du propriétaire de Beauregard, qui est sa cadette de 51 ans. Elle lui donne deux fils : Louis Alexandre Théodore Brun Prélong (Queaux 1807- Poitiers 1861) et Henry François Léonard Brun Prélong (Queaux 1809- Queaux 1855).


Les deux jeunes Brun Prélong deviennent donc les héritiers naturels de Fougeret. Il est cependant très probable que leur mère Anne Adelaïde Rigaud, avant d’épouser son très vieux mari, avait obtenu la promesse de disposer de Fougeret toute sa vie. Le 6 septembre 1814, devenue très logiquement veuve, elle se remarie et choisit cette fois un cadet : Xavier Regnault-Rochefort son nouveau mari a neuf ans de moins qu’elle…Le couple a deux filles et vit à Fougeret. Le château semble passer aux mains des Regnault-Rochefort. Quand Anne Adelaïde Rigaud meurt à Fougeret le 5 novembre 1866 à l'âge de 82 ans, la chaîne de transmission par mariages successifs prend fin. Xavier Regnault-Rochefort qui occupe les lieux depuis 1814 doit rendre des comptes aux vrais héritiers : les Brun Prélong. La succession est compliquée parce que Anne Adelaïde Rigaud a survécu à ses deux fils, mais elle a encore un petit-fils (au moins) : Henri Léonard Othello Brun Prélong (Persac 1836-Persac 1896). Il est probable par ailleurs qu’elle a aussi voulu avantager ses filles du second lit. C’est très probablement dans ces conditions complexes que le château est vendu.

détail fenêtre façade arrièreAlexandre Brun Puyrajoux (1795-1871), neveu du vieux maire de Queaux et également maire de Queaux de 1835 à 1863, épouse Jeanne- Clémentine Rabethe-Chatillon (1802-1879), fille du docteur en médecine et officier de santé de l’Isle Jourdain. La soeur de Jeanne, Françoise Marie est l’aïeule du docteur Gilles de la Tourette, associé du professeur Charcot. Ils ont cinq enfants dont Angélina Brun Puyrajoux (1831-1901) qui épouse Louis Ernest Robin Médard, négociant (1828-1889). Ils acquièrent le château de Fougeret. D’eux sont issues les familles poitevines, Papillon, Gibaud, Gibaud-Boyer, Henry-Robert, Maigre et Penot.

Lui est né à Poitiers le 12 mai 1828 fils d’Auguste Robin-Médard et de Marguerite-Caroline Babin ; elle est la fille d’Alexandre Brun Puyrajoux (1795-1871), neveu du vieux maire de Queaux et devenu lui-même maire de Queaux, et de Jeanne-Clémentine Rabeth-Chatillon. Ils s’étaient mariés à Queaux le 27 juillet 1858 mais la mariée habitait alors Puyrajoux. Après 1866, Auguste Brun Puyrajoux a donc eu la satisfaction de voir Fougeret revenir à sa branche. Le couple réside à Niort et Fougeret est leur château de campagne : Louis Ernest « domicilié à Niort » meurt en effet à Fougeret le 20 août 1889 ; et sa veuve au même lieu le 10 août 1901.

Un de leurs enfants ; Marie-Felix, Ernest, Henri, décède à Fougeret le six décembre 1898 à l’age de 39 ans. Ses deux beaux-frères, Papillon et Gibaud, notaires à Gençay et Pouzauges, ont témoigné à 9 heures du matin de son décès qui a eu lieu à 3 heures du matin.

Les Robin-Médard vendent le château aux Robain. Paul Robain ami du marquis Marie de Roux, au sujet duquel une thèse en Histoire est en cours à l’université de Poitiers, a participé à l’organisation de l'Action Française. Avocat de formation, il ne plaide plus et s’investit totalement dans la politique. Ami très proche de Charles Maurras, il se ruine. Refusant de travailler, il écrit. Ses enfants sont élevés dans le luxe et ces années sont, à croire les descendants, la période dorée de leur existence. Paul Robain est un activiste, il met en procès le curé de Queaux qui refuse de le suivre dans ses idéaux politiques. Durant la guerre de 1914-1918, il a joué un rôle important au sein de la ligue en qualité de responsable du service des conférences puis secrétaire général de l'association. Inscrit au barreau de Poitiers, il ne se réinscrit pas en 1906. Son ami, le marquis Marie de Roux, avocat et royaliste (2). Le marquis de Roux et Charles Maurras séjournèrent souvent à Fougeret, désormais quartier général de la droite intransigeante. « La Revue critiques des idées et des livres » (1908-1924) ou « La Revue universelle » (1920-1941) ont été parrainé par Paul Robain. La devise de la première revue est « tout ce qui est national est nôtre ».

(2) Michel Leymarie,Jacques Prévotat , L'Action française: culture, société, politique, éd. Septentrion, Presses universitaires, 2008, p. 102

De grands bals sont organisés, les années 1920 sont prospères. Fougeret est alors le quartier général des bals mondains où s'amuse la haute bourgeoisie et l'aristocratie locale. Le krach boursier surgit et les Robain sont ruinés. Ils doivent céder le château en 1929.


Le beau-frère de Paul Robain, M. Auriaut rachète le château pour une somme modique car il avait prêté beaucoup d'argent aux Robain. Les Auriaut reprennent donc le flambeau. Madame Auriaut était la petite fille du célèbre colonel baron Stoffel (1821-1907), « l'homme lige de Napoléon III ». Archéolologue célèbre, il travailla longtemps sur le site d'Alésia et de Gergovie. Il fut également diplomate à Berlin et oeuvrait pour une alliance franco-allemande.

Ils récupèrent donc le château quasiment en échange de tout l’argent qu’ils avaient prêté aux Robain et que ces derniers ne pouvaient rendre.

Catholiques intégristes, madame vivra plus d'une dizaine d'accouchements à Fougeret. Ces derniers sont très généreux avec la domesticité mais ils ne tardent pas non plus à être obligés de vendre.


La famille PATRIS, des commerçants de la région achète alors le joyau désormais frappé d’une malédiction encore vivace aujourd’hui : tous les propriétaires finiront ruinés. Ils achètent en 1937. Maurice Patris est un homme autoritaire. Il vit à Fougeret avec sa famille pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son épouse décède jeune d'une longue maladie et le laisse seul avec six enfants. Le chef de famille a une jambe de bois. Personnage charismatique craint par toute la domesticité, il décède au château.
initiales de la famille Robin-Médard inscrites dans les écuries du château
A sa mort, en 1963, le château est revendu aux Perrineau, commerçants de La Rochelle. Ils achètent un château de style troubadour et entretenu à la perfection et le laissent aller en proie aux affres du temps. Les parents décèdent. Le père meurt le dernier, en 2007. Les enfants décident alors de se débarrasser de ce bâtiment encombrant.

Monsieur et Madame Geffroy l'achètent le 16 mars 2009.





ARCHITECTURE

Les Robin-Médard ont orchestré les transformations que l’on connaît aujourd’hui.

cheminée salle à manger
Tel qu'il était avant la campagne de transformation sous le Second Empire, Fougeret ressortait plus du domaine rural que du château ayant abrité des puissants. C'est ce qui déplait aux Robin-Médard, ivres de reconnaissance sociale. Il conservent les bretèches , deux fenêtres à meneaux et quelques fleurons.

Certainement à la fin du Second Empire, ils décident de mettre le château au goût du jour. C’est également une façon de se le réapproprier et de se démarquer de leurs ancêtres en laissant trace de leur passage. Les transformations sont logiquement à la mesure de leurs moyens financiers qui devaient être très importants. En effet, les gravures d’Amédée Brouillet datant de 1853, présentent encore un château champêtre de la Renaissance sans prétention architecturale ou programme politique sous-jacent.

Ils réinscrivent Fougeret dans l’Histoire en lui donnant une fonction sociale et économique ; toutes les familles du hameau de Fougeret travaillaient au château. Les femmes en cuisine ou au ménage et les hommes au jardin ou au bois.

Le pouvoir devait devenir visible et même lisible dans le paysage par delà la Vienne d’où Fougeret, trônant sur une falaise de 38 mètres, assied les restes de sa féodalité. Car la fonction défensive féodale n’est pas totalement conjurée.



Les seuls éléments architecturaux extérieurs originels restants sont les bretèches, ainsi que deux fenêtres à meneaux. Fougeret est désormais la mise en scène de l’histoire des familles y ayant vécu et de celle qui ose le moderniser, le contextualiser durant la période faste, pour la bourgeoisie, du Second Empire.

détail de la cheminéeSi la disparition logique du château procède de la Révolution, celui de Fougeret, dont le propriétaire en 1792, un Brun Puyrajoux, bourgeois qui allait bien profiter de la vente des Biens Nationaux pour s’enrichir, s’inscrit dans la veine de ces rénovations qui réinterprètent le Moyen-Âge en portant au paroxysme du fantasme, les droits afférents et une idée de la noblesse de sang.

A cette période de l’Histoire, Fougeret est désormais définitivement aux mains de la bourgeoisie. Même si cette catégorie sociale rêve de sang bleu, elle devait sa place à l’éviction radicale de cette dernière.

Le château est surélevé d’un étage. Les fenêtres sont désormais organisées en travées régulières et symétriques. Les meneaux sont là pour rappeler l’esprit médiéval de la fenêtre.


Les anciens meneaux n’avaient pas été sciés. Les habitants avaient donc les moyens de payer les impôts. Les meneaux en pierre divisaient l’ouverture en quatre fenêtres. On en a même rajouté. Les tours sont percées de fenêtres. L’ordre architectural inspiré du classicisme est une métaphore de l’ordre social.





RESTAURATION

escalier type Chambord
Il était sous la végétation, nous avons mis plus de six mois pour découvrir la bâtisse et ses dépendances. Un petit mot des années 1920, écrit sue un gonfanon beaussant évoquant les Templiers, restait encore dans la chapelle : « Dieu protège-nous et aime la France »…

Les abords sont composés d'un parc d'agrément de 10 hectares comportant des allées en étoiles avec un arboretum d'essences venues du Nouveau-Monde, noyers américains, séquoias géants etc... Nous les avons partiellement dégagés. L'épi du paratonnerre est également décoré de fruits et légumes du Nouveau-Monde comme du maïs, des poivrons et des tomates.

Un étang à recreuser reflétait le château dans un miroir d'eau et une grotte de style maniériste avec trois cellules en métaphore de la Trinité ou de Jésus et les deux larrons était éclairées jusqu'au début du XXème siècle.

Fougeret était réellement abandonné. Même si de petits travaux de toiture ont été effectués sporadiquement. L’état catastrophique de l’intérieur et les écroulements de certaines parties comme les plafonds polychromes à la française et les boiseries, ont nécessité des interventions urgentes et à ce jour, pas encore terminées. Tous les plafonds doivent être résinés pour consolider les voûtains polychromes et sont sous étais. Les tours de guêt, à l’extérieur sont également en danger. Les décors, fresques et moulures font l’objet d’un classement depuis juin 2010.


entréeDepuis le Moyen-Âge, il a toujours fait l’objet d’une immense convoitise par les seigneurs locaux. Tombé entre les mains de la bourgeoisie révolutionnaire, il est aujourd’hui un exemple-type des châteaux troubadours.

Il faut lire ce château comme le palimpseste de sa propre histoire. Il représente l’histoire de France sous le Second Empire aussi bien que l’histoire des familles. Le style troubadour exacerbe le style féodal. Cette surenchère de détails inutiles conjure pourtant l’aspect défensif de l’édifice. Il ne peut être séparé de ses origines médiévales, origines qui légitiment son existence.

Le XIXème siècle est encore aujourd’hui très controversé quant à la nécessité de protéger ses monuments. Mais il y a plusieurs paramètres à prendre en considération.

Les maisons bourgeoises du XIXème, très nombreuses, ne méritent que très rarement de protection car l’avènement de la bourgeoisie a conduit à une dévaluation générale de l’image du château en le plagiant à souhait. Une habitation ordinaire flanquée d’une tourelle est souvent nommée à tort « château ».

Alors qu’elle est la définition d’un château ? elle est juridique. Un château est un lieu de basse, moyenne ou haute justice et Fougeret fut un lieu de haute justice. Les caves, les sarcophages et la glacière sont des traces indéniables du Fougeret médiéval. Fougeret, comme tous les châteaux de style troubadour souligne l’âge héroïque de la civilisation et donc la fin d‘un monde et le XIXème siècle est le siècle durant lequel il fut construit le plus de châteaux ne répondant pas à la définition des châteaux de l'Ancien régime.


La rareté des éléments sont également une raison de protection de Fougeret : L’escalier type Chambord, les plafonds à voûtins polychromes, les cheminées gothiques, le plafond à croisée d’ogives et les fresques de l’entrée sont des éléments remarquables du grand XIXème siècle.

Un programme politique est inscrit dans le décor. Les chimères des fresques de l’entrée répondent aux chimères de la cheminée du salon de gauche.

Nous n’avons pas encore trouvé l’architecte de ce remaniement mais nous pensons à Emile BOESWILLWALD (1815-1896) qui a refait le château de Morthemer au XIXème siècle a travaillé avec Viollet-le-Duc et a terminé la reconstitution de la décoration intérieure de la Sainte- Chapelle. Le château de Bois-Morant commune d'Antigny a des points communs avec Fougeret.






VISITES

Le château est actuellement en travaux. Pour les visites, dépendantes de l'état d'avancement des chantiers, prendre contact au préalable.





CONTACT

Monsieur et Madame GEFFROY
Fougeret
86150 Queaux
06 83 17 64 98

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  Fougeret en 1950

Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.

 


Plan de situation :