CHATEAU DE GERMOLLES
Mellecey (Saône et Loire)



Situé au coeur de la Bourgogne, non loin de Beaune et de Chalon-sur-Saône, le château de Germolles est la seule résidence des ducs de Bourgogne aussi bien préservée par les hasards du temps. Bâtie dans la seconde moitié du XIVe siècle, cette demeure témoigne d’une page prestigieuse de l’histoire régionale. Le château est en outre le seul exemple de demeure de ce type encore bien conservée en France pour le XIVe et la première moitié du XVe siècle, où tous les palais royaux et princiers de cette période ont presque entièrement disparu. Site exceptionnel évoquant la vie de cour en France à la veille de la Renaissance, Germolles présente, grâce à son architecture et ses décors, un exemple unique, au sein d’un site remarquable.

HISTORIQUE

cellier

Les origines : la maison forte des sires de Germolles


Le site de Germolles est occupé dès le XIIIe siècle par une maison forte bâtie par les seigneurs féodaux du lieu : les sires de Germolles.

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, la situation financière de ces propriétaires est telle, qu’ils doivent céder le domaine, alors acquis par le duc de Bourgogne.

On connaît mal la physionomie de la forteresse des sires de Germolles. Sans doute s’agissait-il d’un château armé de grosses tours et ceint de murs solides, percés de rares fenêtres.

De ce bâtiment primitif, deux espaces sont aujourd’hui conservés : la chapelle basse et le cellier.




La demeure de plaisance de Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre

vue EstC’est en 1380 que Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne de la nouvelle dynastie régnant en France après l’extinction des Capétiens, celle des Valois, achète le domaine de Germolles. Il l’offre très rapidement à son épouse, la duchesse Marguerite de Flandre. Des travaux importants sont immédiatement entrepris ; ils dureront une dizaine d’années et coûteront fort cher.

L’objectif de la duchesse est de transformer l’austère et archaïque forteresse du XIIIe siècle en un palais de campagne. Pour ce faire, elle convoque les artistes qui sont attachés au couple ducal : l’architecte Drouet de Dammartin, le sculpteur Claus Sluter et le peintre Jean de Beaumetz.

Peu à peu l’édifice se métamorphose en un somptueux palais campagnard.

Le vaste édifice rectangulaire, entouré de douves remplies d’eau, enserre une cour fermée. Les ailes Sud et Est reçoivent les appartements tandis que l’aile Ouest est consacrée aux espaces de réception, et l’aile Nord aux gardes.

La duchesse de Bourgogne, énergique et terrienne, décide de développer à Germolles certaines activités rustiques capables de composer un environnement plaisant à sa demeure préférée, tout en rapportant quelque argent et en développant l’agriculture locale.

Ainsi plante-elle une vaste roseraie dont les pétales sont expédiés en Flandre pour y être distillés et faire de l’eau de rose. De même une bergerie modèle est-elle construite afin de répondre au goût de la duchesse pour le mouton mais aussi pour mieux implanter en Bourgogne un animal qui, grâce à sa laine, a fait la fortune de la Flandre.


La visite d’un roi


corps de logis côté cour et orangeraie
Lorsque le 12 février 1390 le roi Charles VI est reçu à Germolles, à l’invitation de son oncle et de sa tante, il peut apprécier la qualité du lieu.

Accueilli dès l’entrée du palais par la duchesse elle-même, le roi reçoit des mains de celle-ci une couronne de roses, lui indiquant que Germolles renferme la plus vaste roseraie d’Europe.

Plus loin Charles VI ne manque certainement pas d’admirer le grand groupe sculpté réalisé par le sculpteur attitré du couple ducal, Claus Sluter, qui a conçu pour la cour une représentation où le duc et son épouse, assis sous un orme, sont entourés de moutons. Cette sculpture peinte et grandeur nature a certainement impressionné le souverain.

Reçu dans la salle d’honneur, le roi n’aura pas manqué d‘être séduit par ce vaste espace doté d’une cheminée monumentale dont la partie supérieure, plate, sert de tribune à des musiciens.

Les peintures murales qui ornent les parois de toutes les salles du premier étage contribuèrent certainement à l’émerveillement de Charles VI pour le somptueux palais bâti par son oncle et sa tante au Sud de leur duché.




Le crépuscule d’un palais princier

carreaux de pavageAprès Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre, le château appartiendra aux trois ducs de Bourgogne qui leur succèdent : Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Après la défaite de celui-ci, tué à Nancy en 1477, le château revient à la couronne royale.

Engagé par le roi à une même famille entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle, le château est vendu comme bien national pendant la Révolution. Des destructions, volontaires ou accidentelles, dues en particulier au manque d’entretien des lieux, vont entraîner la disparition de certaines parties de l’édifice. Racheté à la fin du XIXe siècle, le château est resté depuis près d’un siècle et demi dans la même famille.





ARCHITECTURE

Les vestiges de la forteresse primitive

châtelet remanié à l'époque des Ducs de Bourgogne De la première période de Germolles, le XIIIe siècle, datent deux salles particulièrement bien conservées et intégrées au sein du palais ducal aménagé ultérieurement. L’impressionnant cellier, vaste espace réservé jadis à l’élevage du vin, a conservé intact son aspect médiéval. Son architecture fait voisiner éléments gothiques, marques de la nouvelle architecture qui se développe alors en Occident, et éléments romans, souvenirs d’un style qui a marqué la Bourgogne au cours des deux siècles précédents. La jolie chapelle basse qui présente les mêmes caractéristiques, offre un décor sculpté qui mêle justement têtes issues du répertoire roman et feuillages annonçant l’avènement du gothique.

Les deux tours qui cantonnent l’entrée du château existaient sans doute dès le XIIIe siècle. Elles ont été réutilisées et ré-habillées au XIVe siècle. Même si à l’époque ducale le château n’était plus une forteresse, mais bien un palais, la qualité des maîtres des lieux exigeait la présence d’une escorte, cantonnée dans le châtelet d’entrée comprenant les tours et les corps de garde.

Les fastes d’une demeure princière

entrée de la grande visA l’entrée de la cour, un large escalier en vis accueille le visiteur. Marque du caractère palatial du lieu, cet escalier possède une ampleur qui souligne la qualité de la demeure. La porte d’entrée est décorée d’un tympan sculpté figurant les armes de la Bourgogne.

La salle d’honneur, vaste salle de réception utilisée pour recevoir au XIVe siècle les hôtes de marque, a été dévastée par un incendie au début du XIXe siècle, mais elle a conservé son ampleur. La paroi du fond était jadis ornée d’une cheminée monumentale surmontée d’une tribune pour les musiciens, transportée au XIXe siècle dans le grand hall du château. Due au ciseau de Claus Sluter et de son atelier, elle est ornée de chapiteaux historiés.

La salle d’honneur sert aujourd’hui de lieu de présentation de vestiges découverts sur le site et en particulier de carreaux de pavages. Le château conserve une abondante collection de ces pièces qui décoraient autrefois le sol des salles des premier et second étages de la demeure. Réalisés en terre cuite émaillée, ces carreaux sont souvent ornés de motifs évocateurs des seigneurs du lieu : marguerite, lion, mais aussi roses, chardons, etc.

Une chapelle pour la duchesse

L’architecte officiel de la duchesse a conçu, juste au-dessus de la chapelle basse, jugée trop archaïque et placée à un endroit peu convenable (le rez-de-chaussée n’est pas le niveau adéquat pour un prince), une chapelle haute. Sise au premier étage – l’étage « noble » – ce sanctuaire est composé d’une nef, mais surtout d’un choeur, installé dans une élégante tourelle octogonale en échauguette, et d’un oratoire, petite pièce confortable, dotée d’une cheminée, qui était réservée aux dévotions de la maîtresse des lieux.

Hélas, à la fin du XIXe siècle, un incendie a ravagé cet ensemble raffiné, décapitant cette partie du bâtiment et mettant à ciel ouvert ces vestiges délicats. En 2009/2010 une campagne de restauration, conduite avec l’aide de l’État et du Département de Saône-et-Loire, a permis de restituer à la tourelle du choeur son toit en ardoise et de redonner à la nef le volume qui était jadis le sien en récréant son voutement. Ainsi la chapelle haute a-t-elle retrouvé ses espaces et sa préciosité.

Le corps de logis ou le luxueux confort de la cour de Bourgogne

ancienne cuisine réaménagée dans le goût néo-gothique
Le corps de logis, actuellement séparé du reste de l’édifice mais qui appartenait autrefois au même bâtiment ceinturant la cour, est sans doute la partie la plus exceptionnelle du lieu.

Particulièrement bien conservé, il a gardé les détails qui signalent la qualité de cette construction : larges fenêtres ouvertes sur l’extérieur, nobles tourelles d’escalier en pierres de taille, belles cheminées gothiques…

Sa structuration sur trois niveaux est la traduction architecturale de la cour brillante accompagnant le duc et la duchesse de Bourgogne : le rez-de-chaussée est réservé aux activités domestiques, le premier étage est celui de la suite ducale et le second correspond aux appartements de la cour.

Dans une cuisine, située au rez-de-chaussée, la grande cheminée gothique toujours en place évoque les activités qui se développaient en ce lieu.


Un décor de peintures murales, inspiré du motif médiéval de la rose, témoigne des réfections conduites au XIXe siècle.

Peintures de la garde-robe de Marguerite de Bavière réalisées par l’atelier de Jean de Beaumetz
Au premier étage, la garde-robe de Marguerite de Bavière (belle-fille du couple ducal et future duchesse de Bourgogne), possède encore ses peintures murales récemment restaurées. Réalisées à la fin du XIVe siècle par Jean de Beaumetz et son élève Arnoult Picornet, ces oeuvres sont un témoignage rarissime de la peinture murale princière en France à la fin du Moyen Âge.

Le motif du P et du M, initiales du duc et de la duchesse, qui se développe sur les parois, est accompagné de celui du chardon, noble fleur droite mais piquante, emblème de Marguerite de Flandre. Ce décor, qui se prolongeait autrefois sur le sol et le plafond, se retrouve dans la chambre voisine.

Des sondages ont permis de découvrir d’autres peintures murales dans d’autres salles de l’étage, où se déploient roses et marguerites.


Les galetas, ou chambres sous charpentes, qui couronnent le château au second étage, recevaient les courtisans qui accompagnaient le couple ducal dans ses déplacements. Aménagées sous d’immenses charpentes en carène lambrissées ces espaces, auxquels les murs clairs donnaient autrefois leur clarté, recevaient des tapisseries. L’une de ces salles, restaurée au XIXe siècle, est couverte de peintures murales copiées d’après les originaux rencontrés au premier étage.





LE PARC

Des jardins pour accompagner une résidence ducale

les arbres de Judée au printemps
Bien que l’on ignore l'apparence exacte du parc médiéval du château de Germolles, on en connaît, grâce aux archives, quelques éléments. Ainsi la duchesse exploitait une immense roseraie dont les fleurs étaient utilisées pour la fabrication de parfums.

Du magnifique jardin organisé par Marguerite de Flandre et de la fameuse roseraie qui en était le principal ornement il ne reste plus rien aujourd’hui.

Dans les années 1860 est conçu un parc romantique "à l'anglaise". De ce style de jardin se dégage une impression de désordre.

En réalité, il est très réfléchi dans le choix des plantes, leur emplacement, leur couleur… Ici, le cadre de vie se transforme : le jardin "imite la nature" et en privilégie la redécouverte. Le parc s'organise selon un cheminement sinueux ouvrant sur des points de vue qui mettent en valeur des éléments naturels remarquables (cours d'eau, arbre exotique ou majestueux…).

Espace ouvert sur les paysages extérieurs, le jardin est implanté au milieu des prés. On y découvre les arbres les plus communs et aussi les plus exotiques comme le ginkgo biloba ou l’araucaria.

roseraie au Sud du château
Dans ce monde vivant où se mêlent les essences végétales, les couleurs varient, apparaissent et disparaissent au cours de l’année ; sur un terrain vallonné, le parc reste toujours vert grâce aux conifères et aux vieux buis, les roses éclosent chacune à leur tour, les lauriers et orangers sortent à la belle saison…

Le parc peut se découvrir à différentes époques : l’hiver, avec les talus recouverts des premières fleurs, les perce neige, qui semblent annoncer la fin de l’hiver, et les crocus en février ; le printemps, avec les primevères, les roses, le lilas, les arbres de Judée, les lys martagon, espèce protégée, et la glycine qui fleurit une deuxième fois en été ; ou encore l’automne, avec une étonnante vigne vierge (ampélopsis) qui grimpe le long du châtelet d’entrée et dont les grappes sont multicolores.

Des espaces, tels que le verger et le carré aux fleurs, offrent eux aussi cette diversité saisonnière.





RESTAURATION

chapelle haute
Indépendamment des travaux de fouilles qui sont effectués régulièrement depuis 2006, le projet de sauvegarde de la chapelle haute et de la galerie avant la chapelle a été mis en place à l'automne 2009.

La partie haute de la tourelle d’angle et le choeur de la chapelle princière ont été consolidés et celle-ci fut couverte par une charpente en chêne avant l’application des ardoises d’Angers.

De nombreuses pierres ont dû être retaillées et la cheminée de la pièce de l’horloge, au-dessus du choeur de la chapelle, a été reconstituée.

La charpente a été posée la veille du réveillon de Noël 2009... et les ardoises ont été clouées durant l’hiver 2010.

Le travail sur la galerie avant la chapelle a alors commencé. Aujourd’hui la charpente "en coque de navire inversée" a été posée et on a quelque peu retrouvé l’atmosphère intérieure de la pièce.

Cette charpente qui suggère un volume perdu a été recouverte d’une protection en tôle de cuivre.







OUVERTURE AU PUBLIC

Horaires année 2014:

Visites guidées du château. Le visite du parc est non accompagnée.
du 1er au 15 mars : visites sur rendez-vous
du 16 mars au 30 avril : visites de 14h à 18h, sauf le lundi ; ouvert le lundi de Pâques
du 1er mai au 12 octobre : visites tous les jours de 9h45 à 12h30 et de 14h00 à 19h30 (dernière visite à 18h30)
du 13 octobre au 16 novembre : visites de 14h à 18h, sauf le lundi.
du 17 novembre au 31 décembre : visites sur rendez-vous.
Des visites sont possibles toute l’année sur rendez-vous, même pendant les périodes de fermeture.

  carreaux de pavage





CONTACT

site du château vu du Nord
  Château de Germolles
Cidex 407 – 100 place du 5 septembre 1944
71640 – Germolles (Mellecey)
tél. : +33.(0)3.85.98.01.24


E-mail

Site internet

Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.

 



Plan de situation :