 |
D'une superficie de 13,5 hectares dans sa partie
close, le château d'Hauterive est construit sur une petite
éminence qui domine la ville d'Issoire et bénéficie
d'un large point de vue : Monts Dore, Perrier, Yronde et Buron,
Ybois, jusqu'à Usson à l'Est. Tout l'ensemble (bâti
et jardins) est inscrit à l'Inventaire Supplémentaire
des Monuments Historiques par arrêté préfectoral
en date du 30 septembre 1991.
Hauterive est une propriété complète et homogène
qui présente selon un descriptif ancien "tous les agréments
qui peuvent rendre agréable le séjour à la
campagne, indépendamment de l'utile", en réunissant
autour du château :
des communs répondant
à des besoins d'économie domestique
une chapelle
des jardins classiques
constituant l'intérêt principal de l'ensemble et dont
les proportions sont particulièrement harmonieuses
Le domaine sous sa forme actuelle fut bâti par la famille
CHAUDESSOLLE dans la seconde moitié du 17ème siècle.
HISTORIQUE
Un premier bâti datant de la fin du 10ème siècle,
dont il ne reste aucune trace, aurait été donné
à l'abbaye d'Issoire. On retrouve ensuite trace du fief d'Hauterive
à la fin du 15ème siècle. A cette époque,
il appartient à Claude DU PRAT, Chancelier. Un document de
1494 le qualifie de seigneur d'Hauterive. En 1550, sa petite fille,
Jeanne DU PRAT, transmet par mariage le fief dans la famille de BONNIOL.
Vers 1620, François de BONNIOL vend le
fief à Etienne de CHAUDESSOLLE, Commissaire Ordinaire des
Guerres. Son fils, Paul CHAUDESSOLLE, morcelle le fief et vend une
partie des terres à Annet-Charles de BREZONS. Le 13 avril
1690, Marguerite CHAUDESSOLLE, fille unique, épouse Louis
GON, seigneur de VASIGNY, qui était son oncle maternel. Le
5 septembre 1706, Marie-Louise GON de VASIGNY, leur fille, apporte
par mariage le fief à Chrétien de LAMOIGNON, Président
au Parlement de Paris.
Deux générations plus tard, leur petit-fils, Chrétien-François
de LAMOIGNON, Président au Parlement de Paris et futur Garde
des Sceaux, vend Hauterive le 26 mars 1761 à François
LECOURT de SAINT-AGNES, Président en la Cour des Aides de Clermont
(le domaine est resté dans la famille jusqu'à ce jour).
La maison non habitée depuis longtemps nécessite de
nombreux travaux et, pendant les années qui suivent l'achat,
François LECOURT de SAINT-AGNES entreprend ces travaux et
réaménage entièrement l'espace intérieur.
Les quatres grandes pièces principales antérieures
se transforment bientôt en de nombreuses pièces plus
petites, plus intimes et plus faciles à habiter. Une toiture
en tuiles creuses bordée par une lisière d'ardoises
remplace l'ancienne toiture très pentue en ardoises.

Les dernières transformations datent du premier tiers du 19ème
siècle. Deux constructions sont élevées en 1820
et prolongent le corps de bâtiment d'origine en formant pour
l'une d'elle un "méchant" placage en hors d'oeuvre
sur la façade arrière. On remarque sur le plan cadastral
de 1827 le réaménagement de l'entrée principale.
L'escalier d'accès, situé au milieu du mur de soutènement
de la terrasse, dans l'axe de la porte d'entrée de la maison,
est supprimé. A la place, une nouvelle entrée est créée
dans le prolongement de l'allée centrale du parc. Dans la cour,
le double bac à pans coupés taillé dans la masse
en pierre
de Volvic, surmonté d'un obélisque, est érigé.
Enfin, une nouvelle grande allée sinueuse est rajoutée
à l'ancien réseau d'allées du parc.
Le domaine passe ensuite à Jean Antoine François de
PAULE LECOURT D'HAUTERIVE. Ernest LECOURT d'HAUTERIVE, fils de François
de PAULE, épouse le 12 janvier 1830, Georgine ONSLOW, fille
du compositeur auvergnat d'origine anglaise George ONSLOW. La soeur
de Georgine, Henriette ONSLOW, se marie avec le marquis de PIERRE
et vit à Aulteribe. On retrouve ainsi partagés entre
Aulteribe et Hauterive les souvenirs du compositeur : bibliothèque
musicale, partitions, correspondances et portraits.
Leur fils, George, se marie en 1861 à Léontine de
LEUSSE, arrière petite-fille de Chrétien-Guillaume
de LAMOIGNON de MALESHERBES, défenseur de Louis XVI à
la Révolution, et neveu de Chrétien qui reçut
par mariage Hauterive en 1706. Ils eurent trois enfants, dont l'aîné
Ernest épousera Jeanine Dumas, petite-fille de l'auteur des
Trois Mousquetaires et fille du créateur de la Dame aux Camélias.
Le domaine devint ensuite la propriété de Paul LECOURT
D'HAUTERIVE (1867-1921), puis celle de George LECOURT D'HAUTERIVE
(1913-1987). Il est actuellement habité par ses descendants.
STYLE ET AMENAGEMENT

Cette propriété assurait une double fonction, économique
et résidentielle. La partie close de murs offre un ensemble
très complet de dépendances, auxquelles venait s'adjoindre
la ferme de Basserive, située à moins de 500 mètres
en contrebas, près de la Couze. A la culture des céréales
s'ajoutaient l'exploitation des bois et la production du vin, dont
l'importance se devine à travers la construction particulièrement
soignée du grand cuvage et de l'imposante cave située
sous la maison.
Dans la partie Sud-Est du domaine s'organisent les différents
bâtiments formant les dépendances : fournil et blanchisserie,
colombier, forge, grange et remises, étable, bergerie, écurie,
sellerie et le cuvage, belle pièce voûtée en berceau
retombant sur deux rangées de poutres en granit taillé.
En contrebas de la terrasse orientale se situent la glacière
et l'entrée de la cave construite sous la maison.
Parallèlement, la propriété n'était pas
habitée en permanence, mais servait de résidence d'agrément
durant les mois d'été et pendant la saison de la chasse.
Elle est séparée des autres bâtiments par l'allée
centrale, la chapelle accolée aux dépendances servant
de transition entre les deux groupes.
On retrouve ce double aspect d'utilité et de plaisir dans la
partie ancienne des jardins, notamment dans le parc et le potager.
La
glacière (toujours bâtie au Nord, comme les entrées
de caves) composée d'un cône en ciment pointe en bas
construit dans la terre et surmonté d'une coupole, permettait
de conserver la glace récupérée en hiver. Au
fond du cône se trouvait un puisard surmonté d'un plancher
en bois ; tout autour du cône à l'intérieur, des
tasseaux de bois servait à maintenir de la paille afin de renforcer
l'isolation et de conserver le froid par rapport à la chaleur
extérieure. Une fois les blocs de glace en place, on finissait
par de la paille, des planches de bois et des pierres pour maintenir
le tout. La glacière d'Hauterive permettait une conservation
allant de 8 à 10 mois. Des glacières plus profondes
permettaient de conserver la glace jusqu'à deux ans. On la
remontait grâce à une poulie après avoir enlevé
les pierres, les planches et la paille. Un escalier aménagé
à l'intérieur de la glacière permettait de la
nettoyer.
Les communs :
C'est avec des galets de l'Allier, de la chaux, du sable, de la pierre
de Montpeyroux (pierre rouge ornant les encadrements de fenêtres)
et de la pierre
de Volvic qu'ils
ont été construits. On remarque l'esthétisme
de ces rangées de galets, si bien calibrés.

La blanchisserie et le fournil se trouvaient dans la même
pièce car le foyer servant à chauffer l'eau pour les
cuviers et le fournil avaient le même conduit de cheminée
; ces cuviers dans lesquels l'eau était préalablement
chauffée sur le foyer recevaient les grosses pièces
de linge que l'on sortait des armoires une à deux fois par
an. On appelle cela la "bujade". Ils étaient équipés
d'une évacuation que l'on bouchait pendant la lessive : une
mâchoire d'animal à l'intérieur servait de filtre,
et, à l'extérieur, un bâton entouré d'un
chiffon fermait l'orifice d'évacuation de l'eau. La cendre
du fournil était récupérée pour être
mise en sachets disséminés entre les différentes
couches de linge, celle-ci étant un désinfectant et
un dégraissant. Il suffisait de laisser tremper.

Les cuviers étant surélevés, on évacuait
aisément l'eau que l'on récupérait et on recommençait
l'opération une à deux fois encore. Le linge était
ensuite rincé et étendu dans les prés. Ces cuviers
sont en terre cuite fabriquée à Lezoux, production qui
a duré jusqu'au début du 19ème siècle.
Le colombier est toujours en activité. Les pigeons étaient
auparavant récupérés pour la consommation ; la
colombine (fiente) servait d'engrais. Celle-ci était épandue
dans les vignes en prenant garde à ne pas trop en mettre, car
en excès, il y a risque de brûlure des sols.
A droite du colombier, se trouve la forge ; en face, un pressoir
dont le modèle apparaît à partir de 1870. A Hauterive,
il y avait autant de terres de céréales que de terres
à vignes et du vin a été produit jusqu'en 1950
environ. On retrouve d'ailleurs trace de ces vignes dès le
17ème siècle.

La chapelle :
Elle fut fondée en 1659. Les décors actuels marrons
du 19ème cachent les anciens décors de faux marbre par
panneaux, dans les tons d'ocre rouge et jaune du 17ème, qui
entourent le choeur dans sa partie basse.
A l'époque suivante, on trouve la "grisaille" technique
qui n'utilise que les teintes de gris, du plus clair au plus foncé,
ce qui donne l'aspect du relief. Ce décor n'a pas été
terminé et se trouve en partie haute. Le mobilier était
peint de rouge, marron et blanc, rappelant les décors de faux
marbre.
Du temps de la famille CHAUDESSOLLE (17ème) la messe leur y
était dite tous les dimanches à l'exception des 4 grandes
fêtes religieuses.
LE
PARC ET LE JARDIN POTAGER
La terrasse d'accueil, remaniée au début du 19ème
siècle, s'ouvre largement sur le paysage environnant ; elle
est actuellement constituée d'une pelouse, fermée par
un labyrinthe de buis au Sud et bordée sur ses côtés
Nord et Est d'un alignement de buis et de rosiers roses du Bengale
: "Old Blush China", rosier introduit en Europe vers 1790
et à l'origine, par croisements successifs avec les anciennes
variétés européennes, du caractère remonant
de nos roses actuelles.
Un escalier concave donne accès aux jardins anciens, composés
d'un ensemble de bosquets de 7 hectares, d'un potager à la
française de 9.000 m2 et d'un ancien verger de 4 hectares qui
occupait autrefois toute la partie Nord en contrebas du domaine.

Un pont décoré de pots à feu surplombe des petites
douves sèches et relie le château à un grand jardin
potager à la française de 9.000 m2, ceint de murs de
soutènement au Nord et en partie à l'Est.
Constitué de parterres oblongs s'ordonnant autour d'un petit
bassin central, il sert à la fois de jardin utilitaire et de
jardin d'agrément grâce à ses bordures de buis
et ses plates-bandes où s'épanouissent vivaces, bulbes,
yuccas et quelques variétés anciennes de rosiers bourbons.
Laissé en l'état de friche, ce jardin fait l'objet d'une
remise en état progressive depuis 1998. Sur les 8 parterres
se trouvant autour du bassin central et composant la partie potager,
4 (extérieurs) sont engazonnés, les 4 autres sont cultivés.
Chaque carré est subdivisé en 4 et chaque mini-parcelle
est confiée à un Issoirien qui la cultive, à
l'exception du carré se trouvant près de la serre, réservé
aux propriétaires.
Des contre-allées engazonnées permettent d'accéder
à ces carrés cultivés. En contrebas, il y avait
auparavant un verger de 4 hectares qui n'existe plus aujourd'hui,
mais dont subsiste un très vieux murier à soie.
Entre la contre-allée de bosquets et le jardin potager, s'étend
une zone triangulaire. Cet espace était, jusqu'à la
fin du 18ème siècle, intégré aux bosquets
et un mur fermait en contrebas le potager. Au début du 19ème
siècle (avant 1820), ce mur fut déplacé et reconstruit
en alignement de la contre-allée Nord de l'allée principale
des bosquets. Ce talus triangulaire, dont l'aménagement est
en cours de projet, bascula alors dans l'espace consacré au
jardin potager qu'il surplombe légèrement.

Tout comme le potager qui, de par sa situation se devait d'être
attrayant à l'oeil, les bosquets étaient également
conçus pour joindre l'utile à l'agréable.
D'une superficie de 7 hectares, ils sont percés de plusieurs
allées qui offrent des promenades ombragées et mènent
à des petits cabinets de verdure circulaires aménagés
en leur centre.
Bordée de contre-allées, l'allée principale longue
de 360 mètres par 12 mètres de large (+ 6 mètres
pour chacune de ces contre-allées) vient buter sur un ha-ha,
doublé à l'extérieur par un saut de loup.
Le "ha-ha" est une ouverture créée dans le
mur de clôture, destinée à prolonger une pespective,
tout en interdisant le passage, ce qui suscitait un mouvement de surprise
(ha! ha!) qui a donné son nom à cet artifice trompeur.
Ces "trompe l'oeil" furent créés au 17ème
d'abord au fond d'une allée. Au 18 et 19ème siècles,
surtout dans la période des jardins anglais, on trouvera des
ha-ha formés par le fossé lui-même, remplaçant
les murs. On ne voyait alors plus la différence entre le jardin
lui-même et le paysage environnant, mais le passage était
interdit.

Les autres allées, tout en offrant des promenades ombragées
qui menaient à des structures géométriques diverses
(cabinet de verdure circulaire, rotonde, rond-point), délimitaient
des parcelles gérées en système de taillis qui
s'intégraient alors dans le circuit d'économie domestique
du domaine. Hormis un petit bosquet d'agrément planté
d'arbres persistants en quinconce, tous les autres étaient
gérés en système de taillis.
Utilisés pour le chauffage et la fabrication d'échalas
nécessaires à la culture des vignes, ces bosquets s'intégraient
alors dans le circuit d'économie domestique du domaine. Ce
type de gestion tomba progressivement en désuétude et
ces bosquets de bois taillis se transformèrent au fil des années
en bosquets de moyenne, voire de haute futaie.
Depuis le 21 janvier 2005, le jardin d'Hauterive est un des quatre
jardins ayant obtenu le label « jardin remarquable »
en Auvergne avec l'arboretum de Balaine (Allier), les jardins du château
de Cordes (Puy-de-Dôme) et du château d'Opme (Puy-de-Dôme).
(Ce label est attribué par le ministère de la Culture
et de la communication sur l'avis du Conseil national des parcs et
jardins).
RESTAURATION
Château et communs :
Une campagne de restauration de l'ensemble des toitures a démarré
en 1998.
Parc et potager :
Une remise en état du jardin potager s'effectue progressivement
depuis 1998.
La tempête du 28 décembre 1999 a très gravement
sinistré le parc. Entre 500 et 700 arbres d'essences variées
(chênes, marronniers, tilleuls, érables, charmes, frênes,
pins laricio...) ontété déracinés.
En partenariat avec l'Etat, la DRAC, le Conseil Régional, le
Conseil Général et le Comité des Parcs et Jardins
de France, des travaux de restauration de ces bosquets sont entrepris
depuis l'automne 2001. La replantation complète à l'identique,
grâce à des plans anciens, des quatre alignements de
tilleuls de l'allée double s'est effectuée durant l'automne
2001 et le printemps 2002. Seule une palissade de charmilles a été
créée délimitant l'accès au jardin et
au potager.
En 2004, des petits plants d'arbres ont été replantés
dans les parties les plus touchées du parc. Suivront la restauration
des autres allées anciennes, de la grande rotonde et d'un cabinet
de verdure, puis d'une partie de l'allée sinueuse créée
au 19ème siècle pour accueillir quelques arbres de collection.
OUVERTURE AU PUBLIC
Les jardins et les dépendances sont ouverts au public tous
les jours (sauf le mardi) en juillet et août, tous les week-ends
en juin et septembre, et sur rendez-vous en dehors de ces périodes.
Pendant le week-end des rendez-vous au jardin organisé par
le Comité des Parcs et Jardins, le jardin reste ouvert le
samedi soir.
Les informations contenues dans ce reportage ont été
recueillies auprès des propriétaires.
Toute utilisation à des fins commerciales des photos contenues
dans ce reportage est interdite et passible de poursuites.
|
 |