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Situé sur les hauteurs de la cité
de Concarneau, le château de Keriolet (Keriolet signifiant
en breton maison de la lumière, maison du soleil) est un
véritable joyau de l'architecture du 19ème siècle.
Trouvant ses origines au 15ème siècle, le manoir de
Keriolet fut remanié par l'architecte diocésain Joseph
Bigot à la fin du 19ème siècle pour le compte
de la richissime princesse russe Zenaïde NARISCHKINE (propriétaire
entre autres, à l'époque, des mines de Pologne), tante
du Tsar Nicolas II.
Elle finança pour son mari, le comte Charles de CHAUVEAU,
la construction de ce superbe bâtiment néo-gothique.
Le château connut au cours du 20ème siècle plusieurs
propriétaires -parmi lesquels l'arrière petit-fils
de la princesse, le prince Félix Youssoupov (célèbre
pour avoir participé à l'assassinat de Raspoutine)-
qui le menèrent à la ruine.
Il est Inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments
Historiques pour sa façade ainsi que pour la salle des gardes
et sa cheminée.
HISTORIQUE
Keriolet est un château du 19ème siècle, construit
par la princesse russe Zenaïde NARISCHINE-YOUSSOUPOV pour son
second époux le comte Charles de CHAUVEAU, aide de camp de
Napoléon III, qu'elle avait rencontré à Paris.
Bien que de trente ans son aînée, elle fut conquise
par cet homme charmant qui n'était cependant point prince
mais roturier. Mais éprise comme elle l'était, elle
lui acheta deux titres de noblesse afin de l'aider dans ses ambitions
politiques à Concarneau : un titre de comte (de CHAUVEAU)
et un autre de marquis (de SERRE), titres représentés
par les couronnes que l'on voit sur la façade Sud, du côté
de la salle des gardes : celle de comte en haut et celle de marquis
en bas. Dans ces couronnes, des rubans portant des devises. Celle
du bas est devenue la devise de Keriolet : "Toujours et quand
même", devise méritée car le destin de
Keriolet fut très mouvementé et il connut même
des années noires, notamment au 20ème siècle.
Les CHAUVEAU sont arrivés à Keriolet dans les années
1860. La princesse s'étant prise d'affection pour cette région
fit multiplier dans le château les symboles rappelant l'histoire
et la tradition bretonnes. On peut effectivement voir sur la façade
Sud un couple de bretons en costumes traditionnels : le mari à
droite, la femme à gauche. On ne compte pas non plus les
pattes d'hermine, symbole du nationalisme breton, et également
les fleurs de lys pour rappeler l'attachement de Charles à
la royauté. Enfin, on peut admirer la statue du personnage
le plus représentatif de l'histoire bretonne, Anne de Bretagne.
Duchesse au 15ème siècle, elle fut aussi deux fois
reine de France (elle épousa Charles VIII et, à son
décès, devint l'épouse de Louis XII). Cette
statue se trouve d'ailleurs à côté de celle
de Charles VIII ; Louis XII est représenté également
sur la façade Sud, à cheval (ce bas-relief étant
une réplique de celui de Blois).
Sur le sommet du toit, un ours russe assis regarde vers l'Est, vers
la Russie, car malgré tout l'amour qu'elle avait pour la
France et pour la Bretagne, Zenaïde n'oubliera jamais son pays
natal...

A son décès, en 1893 (elle avait 90 ans), la princesse
Zenaïde n'avait pas eu d'enfant avec Charles de CHAUVEAU, ce
qui se comprend aisément du fait de son âge lors de
son mariage ! N'ayant pas d'héritier, et ne voulant pas rester
au château où elle avait tant de souvenirs, elle s'était
définitivement installée au dècès de
Charles (mort avant elle d'une crise cardiaque en 1889 ; il avait
à peine 60 ans) dans son hôtel particulier de Paris.
Par testament, elle fit don du château au Département
du Finistère. Cependant, dans ce legs, elle précisait
une condition expresse : tout devait rester en l'état où
elle le laissait. Une autre clause la concernait personnellement
: elle demandait à être enterrée en Russie auprès
de ses ancêtres, ce qui fut fait. Elle donnait donc son domaine
de 45 hectares, son château, mais aussi toutes les merveilleuses
collections qu'elle avait assemblées ici : faïences,
porcelaines de Chine, terres cuites, bassinoires, mobilier ancien,
tapisseries, objets d'orfèvrerie, etc...

Le département transforma alors Keriolet en musée
breton de 1893 à 1957. Mais vers 1948, Félix YOUSSOUPOV,
arrière petit-fils de Zenaïde, arriva à Kériolet
(son nom est resté célèbre dans l'histoire
européenne car c'est lui qui fut l'un des assassins et instigateur
du crime de Raspoutine). A son arrivée, il s'aperçut
que les dernières volontés testamentaires de sa grand-mère
n'avaient pas été respectées : une partie du
domaine avait été vendue (2 hectares) et une partie
des collections dispersée. Saisissant ce prétexte,
il intenta aussitôt un procès contre le département
du Finistère pour non-respect des clauses de donation. Ce
procès dura près de 10 ans et donna raison à
Félix YOUSSOUPOV qui récupèra le domaine. Il
le gardera peu de temps (quelques mois) annonçant qu'il le
trouvait trop lourd à gérer, et le château finalement
trop laid ! C'est du moins l'excuse qu'il avança pour le
revendre extrêmement rapidement. C'est donc YOUSSOUPOV qui
commença à démembrer le domaine : des 45 ha
d'origine dont il avait récupéré 43 après
le procès (puisque le Département en avait vendu 2,
au mépris des clauses de la donation), il ne reste aujourd'hui
que 2,5 ha ; toutes les dépendances de Keriolet furent loties
et vendues comme maisons privées. Après le domaine,
Félix s'est attaqué aux collections qu'il a disséminées
en les vendant à des particuliers.
Puis, vint le tour du château lui-même, vendu à
un hôtelier de Concarneau qui projetait d'en faire un hôtel.
Mais ce projet n'étant finalement pas réalisable,
l'hôtelier se lassa du domaine et le quitta en 1971. A cette
période, la chapelle fut vendue en 1972 à un maire
de Beuzec-Conq qui la démantela et vendit les pierres (du
granit blanc) pour construire une maison privée à
Concarneau. Puis, de 1971 à 1988, Keriolet connut une très
longue période d'abandon. Le château était ouvert
à tous les vents, les jardins furent pillés, notamment
la statue de Velleda qui se trouvait face à Vercingétorix
dans le fond du parc.

En 1987, Keriolet subit le coup de grâce : l'ouragan. Le château
n'était plus entretenu depuis 1930, les huisseries étaient
pourries, et quand les vents soufflèrent à plus de
220 km/h, elles ne résistèrent pas longtemps, s'ouvrant
avec fracas et cassant les vitres. Le château fut alors la
proie des courants d'airs. La toiture qui était déjà
en très mauvais état fut complètement détruite...
Il n'en reste qu'une toute petite partie, en forme d'écailles
de poisson, au sommet de la tour de l'ange. Dans ce château
déjà très humide la pluie qui tomba pendant
plusieurs semaines acheva de ruiner les plafonds en plâtre
et les planchers en bois. En 1988, on voyait le ciel à travers
certains planchers et le parc ressemblait à une forêt.
Keriolet n'était plus qu'une ruine abandonnée de tous.
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ARCHITECTURE ET INTERIEURS
A
l'arrivée de la princesse et de Charles, Keriolet était
un domaine rural de 45 hectares sur lequel se trouvait un petit
manoir construit au 15ème par une vieille famille bretonne,
les KERGUERN de KERIOLET. Ce petit manoir se composait de 3 pièces
en haut et de 4 pièces en bas (sa grosse tour carrée
fut le premier phare de Concarneau -en effet, il se trouvait sur
le point le plus haut, dans l'exact alignement de la passe de Concarneau-
après avoir été un grenier à sel et
à grains. Il n'était pas entouré d'arbres comme
aujourd'hui mais de lande -des gravures du 17ème siècle
en témoignent).
La
princesse et son mari transformèrent complètement
ce manoir au 19ème siècle en ajoutant l'aile Ouest,
le donjon,
l'aile de la salle des gardes et la chapelle. Quant au petit manoir,
il ne fut pas rasé mais "emballé" car toutes
les façades extérieures datent du 19ème mais
on trouve encore à l'intérieur de cette partie les
murs du 15ème (quand le château fut remanié
un petit phare fut construit en contrebas qui fonctionna pendant
presqu'un siècle et fut finalement transféré
à l'église de Beuzec). Sur le domaine, Zenaïde
fit planter plus de mille arbres, notamment des chênes, et
fit dessiner près de mille feuilles de chênes sur les
gouttières afin de rappeler son action.
Salle d'armes :
La pièce a été restaurée du sol au plafond,
dans un style médiéval qui rappelle les origines du
château de Keriolet. Elle doit probablement son nom aux armes
qui y étaient entreposées au temps du musée
: des petits canons, des fusils, des armes blanches. Un banc d'église
datant du 15ème est adossé au mur Ouest. Le mobilier
est de type néo-gothique.

Salon :
Il se trouve dans la partie de l'ancien manoir, et était
fort apprécié de la princesse Zenaïde car c'était
une pièce facile à chauffer. Les plafonds n'y sont
pas très hauts (3,50 m) et la pièce est exposée
au Sud.
De plus, à l'époque, les murs étaient recouverts
de tapisseries flamandes qui permettaient d'y conserver une température
douillette. Le bas des murs était recouvert de boiseries.
Enfin, il y avait un système de chauffage central au sol,
la chaleur arrivant par des bouches d'aération fixées
dans le sol.
Salle des gardes :
Cette salle était la salle de bal du temps de Zenaïde.
Vu son âge, elle ne dansait pas avec ses invités mais
présidait l'assistance du haut du petit balcon qu'elle avait
fait aménager dans un angle de la pièce. Un superbe
escalier en bois en hélice, situé dans l'alcôve
entre le salon et la salle des gardes, permettait aux invités
d'aller la saluer.

La cheminée monumentale (classée) est en pierre de
Kersanton. C'est un granit volcanique au grain très fin qui
se prête bien à la sculpture. L'homme représenté
en chevalier sur la cheminée n'est autre que Charles, le
second époux de Zenaïde. Derrière lui s'étale
son très prestigieux arbre généalogique. Quant
aux quatre vitraux du mur Nord, ils représentent quatre des
plus valeureux et prestigieux ancêtres de Charles. Mais il
ne faut pas oublier qu'il était roturier et que tout ceci
n'est que le fruit de son imagination !
Face aux 4 pseudo-ancêtres, il y avait 4 vitraux représentant
4 rois de France ; ils furent très abimés et sont
actuellement en cours de restauration. Enfin, un dernier vitrail,
très moderne, créé par Tom Fecht représente
un homme en prière et rappelle la chapelle qui se trouvait
de l'autre côté du mur.
Cour intérieure :

C'est dans cette cour intérieure que l'on perçoit le
mieux le caractère très fantasque de la princesse Zenaïde,
car il y a ici une succession de styles architecturaux qui pourrait
faire penser que ce château s'est construit en plusieurs siècles
: médiéval sur l'aile Ouest, Renaissance sur la moitié
de l'aile Nord, et néo-gothique sur l'aile de la salle des
gardes. Mais non ! ce château fut construit en 20 ans environ
(1865-1885). La princesse était une personne très capricieuse
qui changeait souvent d'avis ! A chaque fois l'architecte devait remodeler
ses plans en fonctions de ses nouveaux goûts. Heureusement,
Zenaïde avait choisi un architecte de génie en la personne
de Joseph Bigot, architecte diocésain de Quimper, qui sut maintenir
une certaine cohésion, une harmonie sur cette façade
qui ne connaît pas de rupture de style flagrante ! Dans cette
cour intérieure, Bigot s'est inspiré de plusieurs monuments
de la région : le porche ressemble à celui de l'abbaye
de Loc-Amand (près de la forêt de Fouesnant), le donjon
est une copie de Rustéphan (à Nizon, près de
Pont-Aven).
Au
sommet de la tour de l'ange, inspirée du style des châteaux
de la Loire, l'archange Gabriel sonne du cor pour annoncer l'apocalypse.
Quant à la petite tour ronde située à l'extérieur
de la cour et avant le porche d'entrée, il s'agit de la Marie-Jeanne.
C'est là que vivait la cuisinière du château.
Elle pouvait atteindre directement la cuisine en passant par les
petites douves et ainsi ne pas se faire remarquer.
La superbe porte sculptée du donjon est d'origine. Elle n'a
pas été emportée par les pilleurs, sans doute
du fait de son poids (300 kgs) et parce qu'elle est superbement
gondée. Enfin, sur l'aile Ouest, aujourd'hui aile privée
du château, on remarque des petites gargouilles. On peut y
voir une petite sorcière sur son balai.
Cuisine
:
La faïence couvrant les murs est d'origine et vient de Desvres,
petite ville au Nord de la France. Chaque carreau a été
peint à la main. Cette cuisine a été miraculeusement
épargnée par les pilleurs, sans doute découragés
par le fait de casser plus de carreaux qu'ils n'auraient pu en emporter
! Dans cette pièce, les employés de la princesse préparaient
le repas dans le
potager, dans la grande cheminée et aussi dans
le petit four à pain et à gâteaux. Il n'y a
pas de point d'eau dans cette cuisine car l'eau se trouvait de l'autre
côté du mur Sud, dans la souillarde, lieux où
l'on faisait les travaux culinaires les moins agréables.

Dans la cour arrière de la cuisine, se trouvait le puits
de Keriolet. Pour le voir aujourd'hui, il faut aller en ville close
de Concarneau. Il s'y trouve depuis le début des années
1960 suite à un don du prince YOUSSOUPOV à la ville.
En effet, quand Félix voulut vendre le château, il
le proposa à la ville de Concarneau. Pour convaincre le conseil
municipal, il leur offrit, en geste de bonne volonté, le
puits en granit : la ville accepta le puits mais n'a jamais acheté
le château !
Crypte :
Bien qu'ayant la forme d'une crypte, cette pièce n'en a jamais
eu l'usage. C'est une vraie chaufferie, et en son milieu se trouve
un des trois poêles qui permettaient de chauffer tout le château
par un système de chauffage central au sol : l'air chaud
de la combustion de bois était évacué par des
tuyaux qui le diffusaient jusqu'aux bouches d'aération fixées
au niveau du sol. Les pièces qui bénéficiaient
réellement de ce chauffage étaient les pièces
à faible hauteur de plafond telles que le petit salon ; par
contre, dans celles où le plafond était très
haut comme la salle des gardes (7,50 mètres) ce système
de chaufage n'était pas suffisant, ce qui était de
peu d'importance pour la princesse qui ne venait à Keriolet
que quelques jours en été, le château ayant
été construit pour justifier les ambitions politiques
de son jeune époux à Concarneau.
RESTAURATION

En 1988, le propriétaire actuel découvrant par hasard
le château eut immédiatement le coup de foudre. Il faut
dire que son architecture si particulière n'a pas manqué
de le séduire. Il l'acheta donc dans le but de le restaurer.
Environ 80 % était à sauver (toiture, planchers du 1er
étage à ciel ouvert...). La minutieuse restauration
qu'il a entreprise depuis permet aujourd'hui d'admirer une suite de
pièces qui progressivement retrouvent leur éclat d'origine.
Keriolet fut ouvert au public dès 1989. A l'époque,
on ne visitait que la cuisine qui avait été miraculeusement
épargnée par les pilleurs. Depuis, la visite s'agrandit
d'environ une pièce tous les deux ans.
OUVERTURE AU PUBLIC
La visite guidée du château a lieu tous les jours de
juin à septembre, de 10h30 à 13 h et de 14 h à
18 h.
Vacances scolaires et de Pâques à la fin mai : se renseigner.
Animations, expositions en saison.
Le château de Kériolet accueille également les
réceptions privées.
Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies
auprès du propriétaire. |
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