HISTORIQUE :

L’émiettement des pouvoirs féodaux et la naissance des villages à partir du XIIIème siècle s’accompagnent de la prolifération des résidences seigneuriales. L’histoire nous dit qu’entre Buzancy et Grandpré, une vingtaine de châteaux se juchèrent ou se blottirent pour mieux défendre le pays aux frontières entre Aisne et Meuse. De ces châteaux : Imécourt, Bayonville, Chennery, Landres, Fléville, Fossé et Andevanne on ne conserve qu'un pâle souvenir, et à Bantheville, il ne reste que la ruine de la tour de Bolandre. Mais le château de Landreville après tant d’années demeure incroyablement intact.

Ces maisons fortes appartenaient, pour la plupart, à la noblesse locale, leur fonction devenant, siècle après siècle, celle d’abriter les rêves de puissance, les douves et les quelques meurtrières ne servant plus que d’épouvantail contre les pillards et les vagabonds.

L'histoire du château de Landreville, longue de plus de 800 ans, se confond en premier lieu avec celle des Landreville, des Grandpré, des Chennery et des Beauvais puis avec celle des Maillart et enfin des Meixmoron.

Peu de documents antérieurs au XIIème siècle font référence au site… Landreville. Du nom propre Landericus, Landry : Landerici Villa. (ce petit hameau au début du XVIIème siècle s’appelera Lendrevil et fera partie du Pais de Retelois (Comté), (voir Carte de 1632 et de 1641) puis Landrevil et enfin Landreville, Hameau de la commune de Bayonville (08) à ne pas confondre avec la commune de Landreville qui se trouve dans l’Aube (10).

Prenons maintenant l’histoire en marche:

Au XIIIème siècle, un certain Richer de Landreville (çe devait être Richer III ou IV mort en 1263) avait signé avec Gobert V Sire d’Apremont et de Lorraine et Geoffroy de Dun plusieurs chartes de franchise féodale de 1250 à 1284 pour bâtir un château sur les restes d’une fortification datée du siècle précédant.

armoiries des BeauvaisAu XIVème siècle, cette suzeraineté semble appartenir aux Comtes de Grandpré. Ceux-ci, à l’époque des croisades, possédaient un des plus grands domaines de Champagne, mais après la mort de Jean II de Grandpré en 1383, ce fief aurait été vendu en 1387 par Edouard I de Grandpré, son fils (ruiné par la guerre des 100 ans) à Robert I Duc de Bar (1342 / 1411) lequel épousera en 1364 Marie de France, fille de Jean II, roi de France, dont il aura 11 enfants.

Au XVème siècle, le château et les terres de Landreville sont semble-t-il la propriété des Chennery. Jehan de Chennery, seigneur de Wallemont, partageait en effet avec son frère Ferry, le 13 novembre 1454, l’héritage de leur père Louis et de leur mère Nicole d’Argiers, cet héritage comprenant le fief de Chenery (à l’époque avec un seul N) et la seigneurie de Landreville. Ferry de Chennery aurait eu ensuite deux filles : Armanga qui épouse Nicolas de Villers, Seigneur de Sy, et Mariette qui épouse Jean de Pavant puis Louis de Noirefontaine avec qui elle aura une fille, Claude, laquelle héritera de la seigneurie de Landreville puis épousera François (ou Jean ?) de Beauvais qui devient donc à son tour seigneur de Landreville avant de se remarier avec Lucie de Chamissot. Ils auront une fille : Guillemette.
Au XVIème celle-ci, héritière du château de Landreville, épouse en 1563 Pierre de Maillart, déjà Baron de Landres, Seigneur de Sommerance et de Sivry-lès-Buzancy.

armoiries des MaillartPierre de Maillart est issu d’une Grande famille d’origine Belge de la fin du Xème siècle. Son ancêtre Jean (Coley) Colin était dit le Grand Maillart parce qu’il préférait comme arme la massue. Surnommé aussi le géant Hutois, maçon et chevalier, il était gentilhomme du comté de Huy au pays de Liège. Il se distingua par sa vaillance au service de l’évêque de Liège qui le fit chevalier, favorisa son mariage et le dota, mais perdit la vue (les deux yeux crevés) lors d’un combat livré contre les Frisons en 1017 (son infirmité serait à l’origine du jeu de « Colin-Maillard » qui consiste à attraper puis à identifier, les yeux bandés, un partenaire de jeu). Son descendant Henri de Maillart accompagna Du Guesclin en Castille, dans son expédition au service du Roi Charles V contre Pierre le Cruel, et fut le premier, vers 1363, à se fixer aux frontières de la Champagne. Collesson de Maillart s’installe à This en 1391 et passe son domaine à son fils Yves. Son petit-fils Gratien, né en 1490, deviendra gouverneur de Maubert-Fontaine, seigneur de This, homme d’armes des ordonnances du Roi sous le Duc de Guise et gouverneur du château de Watthefalle (dont il ne reste qu’un moulin, dans la commune de Saint Marcel), puis gouverneur du château de Warq. Il épousera Thierrette de Grandpré-Issenart et décédera en 1545 (leur pierres tombales se trouvent dans l’église de Saint Marcel). De ses enfants Pierre de Maillart héritera à la mort de ses frères (1569 et 1576) des seigneuries de La Forge Maillart (en ruine aujourd’hui, il n’en reste que les fondements d’une tour) et de Gruyères (le château existe encore).

A la suite d’un incendie (?), vers 1565, Pierre de Maillart restaure le Château de Landreville.

blason des MaillartSa structure générale reprend les idées architecturales du moment comme au château de Barbaise (1574), à Villers-Maisoncelle (1561) ou à Remilly-les-Pothées (1577). Fidèle à la cause royale, il combat les Ligueurs et, en 1589, secourt les royalistes de Sainte-Menehould. A sa mort, Charles, l’aîné de ses fils (1565 / 1638), hérite du château de Landres, siège de la baronnie (N.B.1). François (Honoré) (1574 / 1611), le cadet , reçoit Gruyères et Landreville. (Petite anecdote : le 10 octobre 1591, le Roi Henri IV lui-même, de passage pour quelques jours en Champagne et en Ardennes pour accueillir les soldats qu’il avait fait venir d’Allemagne, séjourne pour une nuit à Bayonville ; il serait passé au Château de Landreville le même jour avant de repartir pour Sedan).

Au XVIIème siècle, François (Honoré) est donc seigneur de Landreville, de Gruyères et de Sivry-lès-Buzancy. Il épouse en 1600 Louise de Saint-Blaise. Leur fils Claude (1605 - 1672) leur succèdera à la seigneurie de Landreville et de Gruyères, il s’adjoindra celle de Nouart. Ce dernier se mariera deux fois et aura 10 enfants. En premières noces il avait épousé Anne Louise de Pouilly en 1645 et épousera en deuxièmes noces Thérèse de la Cailleterre dont leur fils Charles Claude, né vers 1660, héritera de la Seigneurie de Landreville et de Nouart. Il est mestre de camp de cavalerie au régiment de Bourgogne, décédé le 20-09-1703 à la bataille de Hochstedt. Il a épousé Magdeleine de Vassinhac d’Imécourt et auront trois enfants dont Claude François né en 1696 et décédé au château de Landreville en 1768.

Le seigneur de LandrevilleAu XVIIIème siècle, on trouve Claude François, Seigneur de Landreville, de Sivry-lès-Buzancy, de Chennery, de Andevanne et de Launois, Capitaine de cavalerie au régiment de Lénoncourt (1724), Brigadier des armées du Roi (juin 1744), Maréchal de camp (01-01-1748), Lieutenant général des armées du roi (01-05-1758), Second lieutenant de la Cie du Roi (09-04-1760). Il quitta les gardes du corps en mai 1762, fut Chevalier de l’ordre de St Louis depuis 1715, Grand croix de l'ordre de Saint Louis en 1762, Premier gentilhomme de la chambre de Stanislas, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar (06-10-1750), honoré du titre de Marquis de Landreville et du grand cordon rouge par le roi Louis XV après les campagnes de 1761 et 1762 dans lesquelles il s'était distingué. En 1724 il demeurait en son château de Launois mais dès 1739 sa résidence était le château de Landreville. Il décède le 11 juin 1768. Son portrait sera peint par le grand Nicolas de Largillierre vers 1725-1735. Il épouse le 24 Avril 1724 Marie Angélique DE RAVAULX, née vers 1700. Ils eurent sept enfants: Hermenigilde Charlotte, Louis, Benjamin, Madeleine, Judith Angélique, Jean Baptiste et Innocent Hector.

Claude Charles François cède à leur fils Jean-Baptiste, comte de Landreville, mestre de camp, en 1767, moyennant 105.000 livres, les terres et seigneurie de Landreville par un acte qui date du 13 novembre de la même année. Le domaine échoira finalement au cadet, Innocent Hector (Comte de Landreville, né le 25-03-1734, décédé le 02-07-1783 à Paris (75) à l'âge de 49 ans), qui l'achète à son frère pour 105.000 livres le 13-11-1767. Il est mestre de camp de dragons, ancien chambellan de feu du Roi de Pologne et chef de brigade de ses gardes du corps, Mestre de camp de dragons. Brigadier des armées du Roi. Chevalier de St Louis, Chambellan du roi de Pologne et enseigne de ses gardes du corps. Seigneur de Remelfang, Molling, etc (dans la Lorraine allemande). Présenté le 13-11-1774 à Fontainebleau, au Roi, à la Reine et à la famille royale, a eu l'honneur de monter dans ses carrosses et de chasser avec S.M. Qualité de chevalier confirmée par arrêt de la Chambre des Comptes du 24-02-1777 après justification de 11 degrés de noblesse. Il épouse le 16-05-1762 Magdeleine Ursule D'Anaud de Prémont, née vers 1740. Ils eurent cinq enfants: Anne Judith, Jacques Innocent, Stanislas, Charles (ou Claude) François Jacques et Charles Louis Hector. Il revend le château de Landreville et ses terres le 20 mars 1773 pour 50.000 livres à son cousin germain de Landres César Hector de Maillart car il s’intéressait surtout à son domaine de Wagnon. César Hector (dont le château de Landres tombait en ruines) le possède jusqu’à la révolution et épouse en 1772 Jeanne Couturier de Fournoue (elle décédera en 1811). Ils auront deux enfants: Victoire (1793 / 1804) et Edouard Guy Joseph Elisabeth (1797 / 1871).

carte topographique des frères Naudin 1728-1738Charles (ou Claude) François Jacques Innocent DE MAILLART, Marquis de LANDREVILLE, né le 04-01-1766 et décédé avant 1839. Il épouse le 22-06-1808 à Maizières les Toul (54) Appolline Marie Charlotte MALHORTY, née le 28-06-1783, fille de Charles Stanislas Malhorty et de Françoise Charlotte Marlier. Sa sœur, Charlotte, épousera le frère de Charles Claude François, Charles Louis Hector.

Ils eurent trois enfants : Jacques Charles Victor, Auguste François Hubert et Stanislas.
Né en 1741 à Imécourt, César Hector de Maillart, baron de Landres, capitaine de dragons, épouse en 1772 Marie-Jeanne de Fournoue, fille d’un conseiller d’Etat parisien. L’acquisition de Landreville n’empêche pas ses enfants de naître à Landres entre 1788 et 1790, et son cousin Jean-Baptiste de Maillart, vicomte de Landreville, seigneur de Launoy et de Signy-le-Petit, de continuer à y résider même s’il n’en est plus le propriétaire. Le 13 novembre 1774 il reçoit officiellement les hommages de la cour de France.


Lors de la révolution, César Hector a les plus grandes difficultés à se soustraire aux requêtes des gens de Landres qui veulent le mettre à leur tête pour combattre les Prussiens, et finalement émigre à Munster en Allemagne… Ses biens sont alors saisis par les révolutionnaires et déclarés « bien nationaux » suite à un décret voté par la Convention le 1er février 1794, lequel ordonne aux administrations locales la démolition de tous les symboles de l’ancien régime (châteaux, douves, pigeonniers, blasons, etc.).

Le château de Landres sera vendu en 1796, moyennant 61.000 Livres, à J.B. Trécourt, imprimeur à Mézières, sous condition de sa démolition complète. On en reconnaît aujourd’hui à peine l’emplacement, à l’Est du village.

Le château de Landreville est adjugé aux enchères, en 1795, à Jean-Baptiste Lambert Lombart, maître des forges de Fléville et de Chéhéry - lequel l’achète avec toutes ses terres – Le Château lui-même n’étant vendu que 7.100 livres avec l'obligation de détruire au moin trois des tours (ne tenant que celle avec l'escalier interne) et de combler les douves.

La démolition et l’utilisation de ses murs devait servir à ré-empierrer les routes de Buzancy à Stenay ! De fait le château sera abandonné à lui-même… heureusement.

Au XIXème siècle, le château ayant échappé à sa destruction par les révolutionnaires (il n’en sera pas de même pour plus de dix autres châteaux du district de Vouziers comme Imécourt, Landres & Augeard…) sera pillé par les troupes Russes en 1815.

Il est ensuite racheté avec presque toutes ses terres en plusieurs fois entre 1830 et 1834 par Edouard Guy Joseph Elizabeth de Maillart (cinquième fils de l’émigré César Hector, et né à Munster en 1797 en Allemagne) Baron de Landres, brigadier des gardes de son Altesse Royale le comte d’Artois et officier de cavalerie (lieutenant des chasseurs à cheval) qui avait épousé en 1822 Renée Elisabeth Mathilde Drappier de Marloy.

Ils habitent le château désormais et renoncent à la carrière des armes pour s’adonner à l’exploitation agricole d’avant-garde sur les six fermes qu’ils possèdent autour du château. Pour cela, il obtient la haute récompense agricole en 1842, la médaille d’or du ministre de l’agriculture en 1854 et devient conseiller général, maire de Bayonville pendant 25 ans (de 1846 à 1871), président du comice agricole de Vouziers (de 1848 à 1866), et chevalier de la légion d’honneur.

Cette propriété passe à son fils aîné le Baron Amédée Charles de Maillart de Landres (1839 / 1895) dont une des deux filles, Stéphanie de Maillart de Landreville (née en 1873 et décédée le 24 décembre 1955 à Paris) épousera Raoul de Meixmoron Mathieu de Dombasle.

Depuis 1830-1840, les recherches communes avaient dû rapprocher l’agronome de Landreville et l’inventeur célèbre de Lorraine, Mathieu de Dombasle, dont le petit-fils dirigeait une fabrique d’instruments aratoires à Nancy.

La petite fille de Edouard, Stéphanie de Maillart de Landres se marie donc en 1895 avec Raoul de Meixmoron Mathieu de Dombasle, maire de Bayonville de février 1926 à 1928, date de son décès. Raoul s’adonnera surtout à la peinture et au classement du chartrier de Landreville. Les deux époux restaureront entièrement le château.

Au XXème siècle, durant la première guerre mondiale, le château de Landreville abrite un état major allemand, et en novembre 1918 un obus américain ruine la poivrière de la tour Sud-Ouest. Restauré au cours des années 20 par les de Meixmoron, l’ont doit à Raoul lui-même, qui fut peintre à ses heures, le tableau des ruines de Landreville après la guerre de 1914-1918.

Le même Raoul, à la fin du XIXème siècle, constitua une bibliothèque très bien fournie en livres. Il recevait souvent au château son ami le Dr Albert Bernard (qui a écrit l’histoire de Landres) et l’abbé Louis Collignon, natif de Saint-Lambert, lorsque le jeune prêtre accompagnait son pays et condisciple Charles Dhôtel. Malheureusement la bibliothèque fut brûlée par les Allemands et tout à disparu.

Les dégâts causés au cours de la dernière guerre sont d’une toute autre ampleur.




Le château à la fin du XIXème siècle

Le Château est tout d’abord converti en un centre de regroupement de prisonniers français puis polonais, il est alors pillé et entièrement vidé de son contenu, puis affecté à un grand secteur de culture – une sorte de Kolkhoze de plusieurs milliers d’hectares - géré par la W.O.L. (Wirtschaftsoberleitung) d’Ardennes, département-pilote en ce domaine.

Pendant plusieurs années, les salles serviront aux Allemands pour le stockage des grains, engrais (au premier étage), paille (dans le grand salon) et récoltes de tout genre…

Les parquets et toutes autres structures en bois serviront aussi pour alimenter la cheminée comme les restes de la fameuse bibliothèque personnelle de Raoul de Meixmoron…

Le château sera donc de nouveau restauré et racheté après la guerre dans les années 50 par Marguerite de Chambure, femme de Gratien (le fils de Raoul), laquelle habitera le château pratiquement jusqu'à son décès en 1997.

Le nettoyage et la rénovation des ravissantes arabesques des poutres peintes à l’Italienne ont demandé beaucoup de courage, de savoir-faire et de goût. Mais le chartrier de la lignée, comme le mobilier du XVIIIème siècle, ne reviendront jamais au logis.

Quant à la fille de Raoul et Stéphanie (Marie-Antoinette) poète, de qui la plume sublimera la cécité, en réplique à la statue du seigneur aux yeux éteints… écrira:

« Si notre amour et notre été
Ont tant de feux et tant de sèves,
C’est qu’en notre ciel enchanté
La splendide réalité
N’a pas voulu tuer nos rêves. »


blason des Vaillant de Meixmoron de Dombasle blason des Renault de Rudnicki

Les époux Meixmoron auront donc une fille Marie-Antoinette et un fils Gratien (né en 1904 et décédé au champ d’honneur en 1940 à Dunkerque) qui épouse Marguerite Marie-Ghislaine Pelletier de Chambure (née en 1907) dont leur fils Jacques Vaillant de Meixmoron Mathieu de Dombasle Joseph Raul (né à Bayonville en 1932 et décédé le 8 juillet 2001) épousera madame Véronique Jouet-Pastré Marie Hélène (née le 16 octobre 1936).


Madame Véronique de Meixmoron et ses enfants vendront le château en 2003 à la famille Renault de Rudnicki qui commencera de suite sa restauration.


Réalisé par Philippe Umberto Renault de Rudnicki, Propriétaire du Château de Landreville