CHATEAU DE LAXION
CORGNAC SUR L'ISLE (Dordogne)



Le château de Laxion est inscrit à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques pour ses façades et toitures depuis 1946. Une demande d'extension d'inscription, préalable au classement, a été déposée fin 2008. La Drac d'Aquitaine ayant envisagé à plusieurs reprises un classement d'office pour contraindre les anciens propriétaires d'agir, la demande devrait être acceptée. Mais la procédure sera longue (2 ans en moyenne).

Le château de Laxion a l'avantage d'intéresser le Périgord Vert, moins riche en animations touristiques et en patrimoine que son voisin, le Périgord Noir.

HISTORIQUE

Arrivés en Dordogne en 1997 après avoir quitté Paris, François et Gaëlle DUMY y ont acheté et restauré une chartreuse (maison de maître périgourdine, en longueur, à la campagne), à peine habitable lors de leur acquisition. Ce fut leur première expérience de restauration d'un patrimoine historique datant du XVIIème siècle mais très remanié au cours des âges.

Aile Ouest après l'incendie
La chartreuse ayant livré presque tous ses secrets, ils se sont mis en quête d'un autre chantier plus important et plus cohérent en termes d'architecture. Un livre "La renaissance en Périgord" leur a fait découvrir le château de Laxion situé à 15 minutes de leur domicile.

L'édifice appartenait à une SCI ; et l'associé étranger ne voulait pas vendre. Il l'avait acheté dans le but fantasmagorique d'y faire une académie de savants internationaux. Cela a malheureusement abouti, 40 ans plus tard, à la ruine généralisée d’un édifice déjà bien abîmé. François et Gaëlle DUMY ont suivi ce château pendant 6 ans. Le propriétaire est décédé en 2003. Sa succession fut difficile. Et lorsque le but était enfin en vue, un incendie majeur a ravagé le logis principal début 2008...

Pourtant le rêve ne s’est pas éteint avec les flammes : et la vente s’est accomplie fin juillet 2008.




Evénements datés concernant les familles ayant possédé le château :
fenêtres à meneau
Au XVème siècle : les CHAPT de RASTIGNAC sont désignés comme seigneurs de Corgnac (ou Courniac), ville close protégeant un pont sur l'Isle, située à une lieue de Laxion. Mais la terre de Laxion (mansa de Lassio), devenue seigneurie du chef des AMALRIC, appartenait, alors, aux LA ROMAGIÈRE.

1560-1579 : vers 1560, Antoine CHAPT de RASTIGNAC a été investi par son père des possessions des RASTIGNAC à Corgnac ; en 1570, Brignac, Cubjac et Birac, lui ont été apportées en dot par sa première épouse, Isabeau d'ANDEAUX. La terre de Laxion lui est venue du chef de son remariage (le 18 septembre 1574) avec Marguerite de CALVIMONT, fille de Guy de CALVIMONT, avocat général au grand Conseil, veuve de Gaston de la ROMAGIÈRE, seigneur de Laxion et de Saint Jory las Bloux.

Marguerite mourra en 1578 après avoir mis au monde 2 enfants, Raymond et Marguerite : elle seule aura une postérité ; car son frère sera tué le 1er janvier 1597 lors du duel dont l’avait fait témoin son cousin germain Peyrot de CHAPT de RASTIGNAC.

Antoine qui portait les armes "pour le service du Roi contre la religion prétendue réformée" est nommé en 1579 à la tête de la noblesse du Périgord, contre la Ligue, car les ennemis du Roi sont aux deux bords de l'échiquier. Mais il est tué d'un coup d'arquebuse au combat dès mars 1579 (deux de ses frères périront également les armes à la main durant les guerres de religion).


plaque de cheminée aux armes des Chapt de Rastignac
1598-1599 : marque la réunion par mariage de 2 branches des CHAPT de RASTIGNAC, Marguerite et Peyrot (ci-dessus nommés) : une plaque de cheminée monumentale de mariage ornée de deux blasons aux cerfs, datée 1598, en est peut-être le souvenir ; la seigneurie du Cerf (ou du Cern) appartient alors aux CHAPT.

1643 : mariage de François CHAPT de RASTIGNAC, que Louis XIII nomme « le brave Laxion » ; Laxion est érigée en marquisat en 1653, au sortir de la Fronde ; les services militaires rendus à la Couronne par les CHAPT de RASTIGNAC de Laxion exonèreront définitivement Corgnac de la taille, comme en 1430 Jeanne d’Arc pour Domrémy ; le dernier CHAPT, marquis de Laxion, en recevra récompense du peuple en pleine Révolution, lorsque Jacques, immigré supposé, recouvrera ses biens confisqués, grâce aux témoignages de ses anciens sujets.



1743 : rénovation par Charles CHAPT de RASTIGNAC, marié en 1724 avec Marie d'AYDIE DE RIBÉRAC ; un linteau de la cuisine est daté 1743.

Au XIXème siècle, alors que s’éteint le nom de RASTIGNAC, Laxion revient aux familles de CHABANS puis GRAND de BELLUSSIERES, qui le cèdent vers 1850 au baron CURIAL, neveu du général d’Empire. En 1871, le baron de VERNEILH souligne déjà la dégradation de l’édifice. En 1921, l’indivision Curial revend le château à un médecin militaire, le Docteur DAMOND.


de 1960 à 2008 la descente vers la ruine

En 1960, le château possède encore la totalité de ses charpentes et couvertures. Elles sont en mauvais état par manque de moyens financiers. Mlle Damond laisse les choses se dégrader, de plus en plus vite à mesure que les années passent dans l'inertie.
Aile Ouest avant l'incendie
Le château est vendu en 1963 à un hollandais. Laxion est-il sauvé ? Malheureusement, cette fois, parmi d'autres maux qu'il serait cruel d'écrire, l'utopie rejoint l'incurie, l'incompétence l'indigence.

Tout au fond de la boîte de Pandore se trouvait, dit-on, l'espérance. Mais il faudra 45 ans, de plus, pour finir de vider la boîte maudite sur Laxion.

De 1963 à 1998, deux poivrières tomberont. Une troisième sera arrachée au tracteur, avec une bonne partie du parapet du chemin de ronde, pour faire l'économie d'une restauration. La quatrième et dernière tour ronde ainsi qu'une partie de l'aile Est seront incendiées en 1998 par le propriétaire : il avait laissé une bassine pleine de fioul allumée sous la charpente pendant la nuit, pour chasser les frelons.




Laxion au temps de sa splendeurL'aménagement intérieur est fait en dépit du bon sens. Les évacuations d'eau pluviales ainsi que les sanitaires arrivent au beau milieu des tours. Pour l'électricité, pas de boîtes de dérivation ou de dominos : des rubans adhésifs relient les fils sous les tapis, le long des murs, jusque dans la cabine de douche... Des bâches au sol retardent un peu l'eau dans sa descente vers les niveaux inférieurs... L'isolation des greniers est faite d'un empilage de bouteilles en verre... puisque la laine de verre est isolante.

L’avant dernier propriétaire meurt en 2003, mais la succession est complexe et le château est laissé à l'abandon pendant cinq ans. Alors que le processus de vente est enfin enclenché après des années d'obstination, un incendie survient dans la nuit du 9 au 10 janvier 2008. Il ravage la partie "habitable". La moitié de l'aile Ouest ainsi qu'une partie de l'aile Nord sont détruites ; seuls subsistent des murs dont les parements et pierres d'encadrement intérieurs sont éclatés par la chaleur.





ARCHITECTURE
escalier toscan
Une étude archéologique est en cours afin de comprendre les partis-pris architecturaux pour évaluer leur justesse, et déterminer si l’édifice présente ou non un réel intérêt castellologique, eu égard aux dates de construction du château.

Laxion montre une unité apparente de construction qui accrédite une édification rapide. Son plan et son aspect extérieur évoquent la féodalité (quadrilatère délimitant une cour, défendu aux angles par quatre grosses tours à mâchicoulis ; accès par un pont-levis inscrit dans une tour carrée en forme de châtelet). Mais de nombreux signes attestent d’une construction tardive, et semblent témoigner de visées plus ostentatoires que militaires :
escalier à volées droites, en œuvre, éclairé de 10 grandes baies à meneaux ;
tours rondes inscrivant des pièces carrées dont les angles affleurent le parement ;
nombreuses baies au premier niveau et absence de réelle puissance défensive d’ensemble.


C'est un château de maître-maçon, construit en deux temps avec des moyens limités, comme en attestent le petit appareil, les charpentes approximatives (logis sud ; jonctions des logis et accès des tours) et l’extrême sobriété générale des pierres de taille (cheminées, linteaux, encadrements etc.).

C'est soit aux environs de 1450, soit entre 1574 et 1579, que l'on peut situer l’époque originelle de construction de la tour Sud : elle n’est pas dans l'axe des trois autres tours d'angle (auxquelles elle semble avoir servi d’étalon dimensionnel); elle repose sur une embase intérieure ronde, voûtée en cul de four ; c’est la seule dont les baies possèdent des biseaux concaves ; elle seule est construite avec des pierres appareillées (de remploi ?) jusqu’à la mi-hauteur du premier étage ; elle se termine en petits moellons, comme tout le reste de l’édifice.

chemin de ronde et mâchicoulis
Les chanfreins en scotie (biseaux des baies en gorge ou cuiller) généralisés à toutes les embrasures de la tour Sud, y compris sa surélévation, ne se retrouvent dans aucune autre tour ; il n'y en a d'exemple, à l'étage des logis, qu'à proximité immédiate, c'est à dire sur chacune des premières fenêtres à croisées, contiguës à cette tour Sud, du logis Sud et du logis Ouest ; ailleurs, les biseaux sont plats, à l'exception de cinq embrasures, toutes situées au rez-de-chaussée : à savoir, sur les deux fenêtres toute voisines (ouvrant vers l'extérieur de l'édifice) de la cage d’escalier en œuvre (par contraste aux six autres fenêtres, plus élevées, de cet escalier monumental) et sur trois fenêtres (dont une condamnée) donnant dans la cour intérieure, de part et d'autre de l'escalier.

Cette nette évolution de style suggère fortement une interruption durable de la construction : 1579 (mort inattendue d’Antoine, laissant 2 orphelins en très bas âge) à 1598 (mariage de l’unique héritière survivante et de son cousin Peyrot) ?

En 1575 ou en 1599, il fallait reconstruire, rénover ou terminer ce qui avait été entrepris 25 ans auparavant au coeur des guerres civiles : selon quels principes ?

un château assez ostentatoire pour asseoir un statut naissant, démontrer la valeur des cadets, sans vraie fortune ;



couleuvrinières
une demeure sûre pour préserver la richesse qu’il contient tout entière : le château doit impérativement se montrer dissuasif aux dangers multiples de l’époque ; on ne craint plus la sape, la mine ni le beffroi ; ni truie ni trébuchet, ni canons royaux, auxquels plus rien ne résiste ; mais le niveau du sol doit être à l’abri de la soldatesque itinérante, le temps de la repousser, de la décourager ; il sera donc fermé au dehors avec un seul accès direct, par pont-levis ; et le rez de jardins ne s’ouvrira que 150 ans plus tard, lorsque le Bien-aimé (Louis XV) permettra de croire qu’enfin les nobles sont en sûreté et qu’un château est un palais de beauté et de plaisir.

On s’apercevra alors qu’on avait oublié les moyens de recevoir : on décidera de créer une cuisine monumentalement passéiste et d’en faire le soubassement d’une audacieuse terrasse découverte, dans le goût ici avant-gardiste des demeures de Cour, un siècle avant que le néoromantisme en agrémente tant de châteaux.

Pour l’heure, point d’agrément dangereux : il y aura des tours aux angles (à défaut de donjon) et des canonnières et couleuvrinières à profusion ; et des mâchicoulis menaçants, désuets et fiers ; et un châtelet qui fera comprendre aux bandes que l’on a les moyens de se défendre, d’entretenir garnison ; une cour close, dédiée à la paix, où six grandes arcades font entrer le soleil du Sud et de l’Ouest, car la cour fermée, en Périgord, est humide et froide ; le bel escalier toscan sera le témoignage original de la modernité du château et de celle de son propriétaire ; sa justification de plaisir et de luxe ; s'élevant par marches monolithes de 2,35 mètres entre murs d'échiffre et de refend ; conduisant de la cave voutée aux fondations de trois mètres d'épaisseur, jusqu'aux combles habitables situés de part et d'autre du palier sommital ; illuminé de dix belles fenêtres à croisées de pierre : ce n’est pas la Révolution, mais l’impôt sur les portes et fenêtres (1798) qui fermera les fenêtres hautes avant que de mettre à bas deux, puis trois des huit monumentales lucarnes à pinacles de Laxion (attestées par une photo fin XIXème et trois chevêtres).

Eléments d'analyse du plan du château

Les quatre grosses tours rondes ont 10,5 mètres de diamètre extérieur. Elles sont orientées, à peu près, selon les quatre points cardinaux et légèrement engagées aux quatre angles d'un carré de bâtiments d'habitation de 35 mètres de côté ; celui-ci délimite une belle cour intérieure quadrilatère de 18 mètres.

L'aile Ouest, large de 10 mètres, est dédiée au logis principal (incendié en janvier 2008) et au grand escalier droit. Ce logis comporte deux niveaux plus combles habitables, sur cave voûtée. Il était orné de plafonds à la française moulurés et de parquets en chêne à alaises carrées en noyer (usuels dans les belles demeures en Périgord).

L'accès se faisait à l'origine exclusivement côté cour, par l'escalier, depuis un perron élevant le visiteur d'un mètre vers une porte moulurée, décorée de pilastres et vraisemblablement surmontée d'un bas relief armorié aujourd'hui disparu (seul exemple, avec les huit lucarnes de cette aile Ouest, d'un travail d'ornementation sculpturale).

L'aile Nord, en galerie côté cour, n’était large à l'origine que de 6 mètres. En 1743, elle a été doublée vers l’extérieur de grandes cuisines voûtées en plein cintre, d'aspect très médiéval ; formant saillie entre les tours Ouest et Nord elles ont été couvertes au premier étage par une terrasse dallée, ouverte, à balustrade.


aile Ouest


L'aile Est dont le rez-de-cour est également en arcades ouvertes, inclut le châtelet d'entrée qui forme saillie sur le logis.

Celui-ci est un gros pavillon carré de 9 mètres de côté sur trois niveaux, avec mâchicoulis), chemin de ronde et pont-levis (à restituer).

Il est précédé d'une douve sèche, plus symbolique que réellement défensive (en partie comblée).

L'aile Sud est un pavillon d'habitation sur deux niveaux, large de 7 mètres, dont les pièces sont en enfilade.

Le plancher du rez-de-chaussée a été surélevé d'un mètre (c'est à dire au niveau du perron d'accès au logis) lors de l'important remaniement du XVIIIème ; il a été ouvert au midi vers une petite terrasse en terre-plein créée pour l'agrément.



A cette date, où l'on a vraisemblablement aussi créé les parquets "Versailles" de ce premier niveau, plusieurs portes-fenêtres donnant sur la cour et vers l'extérieur côté Sud ont été créées ou remaniées ; le linteau en est devenu un arc en plein cintre (contrairement aux six grandes arcades originelles, dont une a alors été condamnée, la clé ne forme pas saillie).

Perspectives monumentales du château

L'ensemble architectural ainsi formé surprend le visiteur par ses contrastes et une profondeur inattendue :

vue façades Nord et Ouest
par l'Ouest (depuis le modeste parc XIXème), la façade évoque bien des châteaux de nos provinces, dont cette seule description résume le parti architectural : inscrite entre deux grosses tours à mâchicoulis, généreusement percée de grandes baies à croisées de pierre et surmontée de cinq lucarnes (trois à restituer) ;

par l'Est, la façade est très médiévale d'inspiration, envahie de deux grosses tours rondes très en saillie de part et d'autre du châtelet carré en pavillon, sous une guirlande de mâchicoulis soutenant de hautes toitures, seulement interrompue au droit des brèves courtines.

d'angle Est ou d'angle Ouest, c'est la profondeur du bâtiment qui frappe. Là où bien d'autres châteaux ont déjà tout livré de leurs perspectives, on découvre à Laxion les ailes en retour d'équerre, chacune avec une physionomie marquée, et l'élévation en quinconce des autres tours, qui devaient impressionner de leurs monumentales poivrières (à restituer).






RESTAURATION
débroussaillage vers le châtelet d'entrée
Gaëlle et François DUMY comptaient vendre leur chartreuse pour habiter le château après avoir financé sa restauration. Mais devant l'ampleur des travaux et l'intérêt des communes alentour pour ce monument, ils ont rapidement décidé d'y faire un projet touristique qui devra s'autofinancer en grande partie.

Les aides de l'Etat n'étant à ce stade que de 10% du montant des travaux, sans concours du Conseil Régional ni du Conseil Général, ils comptent sur la publicité et des animations originales pour séduire les touristes.

Bref, restaurer un château pour un privé relève du défi.

Des travaux de débroussaillage des abords et de dévégétalisation des murs ont déjà eu lieu. L'intérieur du château a été débarrassé des monceaux de détritus qui l'encombraient.






OUVERTURE AU PUBLIC

L'ouverture du site au public, prévue samedi 13 juin 2009, ne pourra être étendue à certaines parties à l’intérieur du bâtiment qu’après travaux de sécurisation et autorisations administratives : car, pour l'instant, le château est une belle ruine dangereuse. De plus, il n'y a ni téléphone, ni eau, ni électricité... tout reste à faire.

Le spectacle principal auquel travaillent Gaëlle, François et tous ceux, déjà nombreux, qui les soutiennent en pensée ou par « Laxion », est celui d’un chantier de restauration d'un château, en cours d’accomplissement, ouvert au public. Dans l’esprit de Guédelon, dont le plan et les dimensions - sinon l’époque - sont assez voisins, il s’agira de restauration, et non de construction, avec des méthodes d'aujourd'hui et d'hier.

Des animations sont prévues pour l'extérieur ; leur calendrier sera communiqué via le site internet du château.





CONTACT

Gaëlle et François DUMY
Château de Laxion
24800 Corgnac sur l'isle
Tel/fax : 05 53 54 57 36

site internet
e-mail
 
vue aérienne avant dégradation


Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.

 


Plan de situation :