 |
Le château de MAUZUN, entièrement classé aux Monuments
Historiques depuis 1970, appartient depuis janvier 2001 à monsieur
et madame CHARRIER. Ils ont délégué à leur fils, Christophe, le
travail d'entretien et de gestion du site. Christophe CHARRIER a
découvert le château de Mauzun en décembre 2000 alors que ses parents
le connaissaient déjà depuis une trentaine d'années.
HISTORIQUE
Le nom de MAUZUN exprimerait soit une puissante forteresse installée
sur une hauteur soit, toujours une forteresse, mais complétée par
la présence d'un centre de commerce important pour la région environnante.

Avec
sa forme carrée, sa triple enceinte de murailles, la distribution
de ses épaisses et nombreuses tours, le château fut longtemps regardé
comme une des plus fortes places de la province ; ne l'appelle-t-on
pas le Géant d'Auvergne ?
Alors que les comtes d'Auvergne, issus de la riche maison de La
Tour d'Auvergne, développaient militairement leur puissance, soit
en construisant des forteresses sur tous les points stratégiques
du pays, soit en s'emparant de celles qui existaient, le château
de Mauzun appartenait à un certain EUSTORGE. C'est lui qui dut assurer
la construction du château. Cette énorme forteresse ne pouvait avoir
été construite par un petit seigneur. On suppose qu'EUSTORGE faisait
partie de la famille du Comte d'Auvergne. Lorsqu'il mourut, EUSTORGE
laissa à sa fille ANNA la jouissance de la seigneurie de Mauzun.
Tombé en quenouille, ce fief allait bientôt passer sous la crosse.
Durant tout le 12ème et pendant plus de la moitié du 13ème siècle,
la Basse-Auvergne eut cruellement à souffrir des guerres que se
firent les comtes d'Auvergne et les évêques de Clermont. Les deux
principaux protagonistes de cette querelle familiale furent le comte
d'Auvergne, Guy II, seigneur de Tournöel, fils de Robert IV comte
d'Auvergne et seigneur de la Tour, et son propre frère, l'Evêque
Robert d'Auvergne, 63ème évêque de Clermont. En 1199, Henri de Sully,
archevêque de Bourges, parvint à les réconcilier. Par lettre en
date de 1207, Guy II, Comte d'Auvergne, accorda à son frère Robert
d'Auvergne, Evêque de Clermont, l'autorisation d'acheter le fief
de Mauzun et, en 1209, la riche et pieuse ANNA, fille d'EUSTORGE,
lui donna le château de Mauzun. La même année, Robert et Guy partirent
pour la croisade contre les Albigeois. Ils revinrent peu de temps
après et recommencèrent la guerre entre eux. En 1210, le roi Philippe
Auguste envoya des groupes au secours du prélat sous la conduite
de Guy de Dampierre, seigneur de Bourbon. Celui-ci s'empara de Clermont
et de 120 places environ, situées en Auvergne. Tout le comté d'Auvergne
tomba entre les mains du roi de France en l'année 1213. Le comté
d'Auvergne fut confisqué à son profit ; et il en fit don la même
année à Guy de Dampierre.
Le fils de Guy de Dampierre, Archambaud VI le Grand, seigneur de
Bourbon, fut comme le fondé de pouvoir de la royauté dans la France
du Centre, et reçu de Philippe Auguste, en récompense de ses services,
quelques terres en Auvergne.
En 1222, Anna qui avait déjà fait don à l'évêque en 1209 du château
de Mauzun, ajouta le domaine et la justice dudit château, exception
faite du château de la Roche et dépendances. La même année, Archambaud
VI donna à l'evêque Robert tous les droits qu'il avait sur la justice
de Mauzun. Cette donation fut confirmée par l'archevêque de Bourges
en 1227. Le nouveau fief de l'evêché devint ainsi une vraie et complète
seigneurie.
Clermont formait alors un comté à part entre les mains de son Evêque
sous la simple réserve de l'hommage au roi de France. Il était dès
le 13ème siècle, seigneur de Clermont, de Billom et de 18 autres
paroisses. Les comtes d'Auvergne supportaient impatiemment le pouvoir
temporel des Evêques de Clermont. Aussi de nouvelles luttes s'engagèrent
entre les successeurs du comte Guy II et l'Evêque Robert. La sentence
arbitrale de juillet 1254 rendue par le seigneur de la Tour, le
comte de Gévaudan et Guillaume seigneur de Baffie, laissa définitivement
Mauzun à l'évêché.

Au 17ème siècle, Richelieu fit raser beaucoup de châteaux pour limiter
les velleités d'indépendance des grands seigneurs et asseoir l'autorité
royale. Mais il épargna Mauzun car le château était la propriété
des Evêques, ceux-ci étant tout à fait loyaux à la couronne de France.
Il exigea néanmoins que soient condamnés les éléments de défense
; il fit donc murer les meurtrières, boucher ou démonter les créneaux,
supprimer les herses et les portes fortifiées.
 |
LE CHATEAU
Le château qui est très dégradé aujourd'hui n'a pas subi comme peut
penser le visiteur des assauts ou des combats d'un autre temps.
C'est bien dans l'époque moderne que la dégradation s'est faite
à partir du milieu du 18ème siècle. En fait, le dernier Evêque,
MASSILLON (le château étant à l'époque la propriété de l'Evêché
de Clermont) a fait démolir une partie du château car il n'avait
plus les moyens d'entretenir ce domaine et ne voulait plus conserver
une forteresse défensive dans une région alors totalement pacifiée.
Il a donc fait démolir les bâtiments intérieurs et s'est arrêté
à la structure. Mais après la Révolution, le château qui était jusque
là bien du Clergé a été confisqué par l'Etat et recédé directement
à un groupement de particuliers qui a utilisé le site comme carrière.
On a alors donc essentiellement démonté les encadrements des ouvertures
qui sont bâtis dans un matériaux tendre, facile à tailler, l'arkose,
tandis que l'on a arraché les soubassements du gros de la structure
qui elle est entièrement bâtie en pierres volcaniques, la roche
basaltique extraite sur place. La dégradation du château vient donc
essentiellement du pillage et de l'utilisation du château comme
carrière après la Révolution.
Il
culmine à 640 mètres et domine la plaine de Limagne sur 360 degrés.
L'ensemble du site couvre près de 5 hectares. Le procédé de montage
des pierres, notamment en boutisse c'est-à-dire bâties dans le sens
de la profondeur, les mêmes empatements de base des tours, les mêmes
types d'appareillage confirment que tout a été construit d'un seul
jet, entre les années 1225 et 1250, juste après le règne de Philippe
Auguste. C'est un château Philippien. Les châteaux Philippiens ont
une particularité : au lieu du donjon
classique, on remplace celui-ci par une troisième ligne d'enceinte
qui est ici, à Mauzun, un quadrilatère de 50 mètres de côté environ,
flanqué de quatre tours rondes en saillie et les murs atteignent,
côté village notamment, jusqu'à 4,50 mètres d'épaisseur. La partie
centrale était destinée à pouvoir encore entretenir une forte garnison
même si on avait perdu la basse-cour au profit de l'ennemi. A Mauzun
la particularité de cette partie est d'être bâtie sur le haut du rocher,
qui a servi à la fois de carrière et de sous-bassement au château
central, pour éviter toute tentative de sape.
Le site de Mauzun a l'avantage considérable de pouvoir bénéficier
d'eau en abondance. A Mauzun comme ailleurs, dans les parties supérieures,
on avait construit des citernes au pied des toitures pour récupérer
les eaux de pluie. Mais on disposait en plus au sommet de la butte
d'une source et non pas seulement d'un puits comme on pourrait le
croire. En fait, le château est construit sur une poussée volcanique
qui s'est élevée lors d'une des plus anciennes éruptions du Massif
Central et sous la roche s'est créée une poche imperméable qui retient
une grande quantité d'eau. Celle-ci remonte entre le basalte et
le granit local au niveau d'une faille par simple capilarité. A
l'aide d'un syphon l'eau remonte en permanence quasiment jusqu'au
niveau du sol avec quelques fluctuations selon les saisons.
La visite se fait en deux parties : la partie libre (avec remise
de texte) et la partie guidée. La partie libre consiste à faire
le tour des remparts puis une fois le tour terminé, d'accéder à
la basse-cour. Cette partie s'échelonne sur douze étapes qui permettent
une approche progressive de l'architecture du château en même temps
que de son histoire. Après quoi, dans la basse-cour le visiteur
est invité à visiter ensuite la partie résidentielle du château
avec le guide.
Il y a trois niveaux d'enceintes. La première n'est quasiment
plus existante ; à l'origine, il s'agissait d'une palissade gallo-romaine
car Mauzun est un site bien plus ancien que la construction du 13ème
siècle. On y trouvait des fortifications dès l'époque gallo-romaine.
Le premier mur se trouvait à mi-pente et faisait le tour du château,
toujours au même niveau, à peu près sur 900 mètres ; la palissade
gallo-romaine fut remplacée au 12ème siècle par un mur en pierres
sèches qui était un premier frein pour l'ennemi.
La deuxième enceinte est la plus importante défensivement.
Elle s'étend sur 550 mètres ; elle est surtout jalonnée de seize
tours ce qui est assez exceptionnel pour un château du 13ème siècle.
Il se trouve que le territoire de Mauzun regroupait 16 bourgades
et il avait été à la fois simple et judicieux de faire en sorte
que chaque village soit chargé de l'entretien d'une tour en temps
de paix et participe, avec la garnison, à la défense de celle-ci
en temps de guerre. Du côté où la pente est la plus raide, la seconde
enceinte s'arrête pour ne reprendre que bien plus loin.

On découvre alors une des façades du château central, la partie résidentielle,
qui constituait la troisième enceinte. Dans cette partie, les
murs sont moins épais qu'ailleurs, l'aspect défensif moins présent,
et ce n'est que de ce côté que l'on peut apercevoir de larges ouvertures
; ceci s'explique par le fait que le logis seigneurial avait été placé
au-dessus de la pente la plus raide, naturellement défendue. Il y
avait une cour intérieure, entièrement encadrée de bâtiments, côté
Nord les parties d'habitation, côté Sud, les bâtiments de service.
Cette partie résidentielle était entièrement envahie d'arbustes.

Le corps de logis se terminait par la chapelle côté Est, surmontée
comme le reste par un premier niveau défensif que l'on voit encore
au dessus des restes de la voûte. On y aperçoit une meurtrière qui
correspond à un premier niveau de galerie défensive qui s'étendait
sur toute la longueur de la courtine et était couvert par une toiture.
Un deuxième niveau de défense existait au-dessus du premier. En fait,
le tour du château était constitué de deux niveaux de galeries superposées
; ce double réseau permettant une grande mobilité des défenseurs était
complété par un réseau en sous-sol. Les courtines se sont écroulées
sur elle-mêmes ; il y a au moins deux étages ensevelis. Entre le niveau
logis en bas et le niveau défensif tout en haut s'est trouvé un niveau
intermédiaire qui, à une période, a servi de prison pour les prêtres
réfractaires, notamment avant la Révolution.

Dans la cour, on retrouve une galerie qui a été en partie comblée
par le ravinement mais qui était à l'origine plus profonde et permettait
une circulation à hauteur d'homme. Par recoupement de plusieurs pré-études
on peut penser que cette galerie fait partie à l'origine d'un réseau
plus vaste qui s'étendait sur toutes les parties inférieures de la
cour et constituait un réseau supplémentaire en sous-sol à couvert
qui permettait aux défenseurs de rester à l'abri même si le haut avait
succombé à l'ennemi. On retrouve la trace de la cheminée de la grande
salle encadrée par les deux seules grandes ouvertures du château.
La grande salle comportait un plancher sous lequel devait exister
une autre salle. La cuisine se trouve après la grande salle ; on la
repère du fait de sa cheminée qui est beaucoup plus large au niveau
de la brique que celle de la grande salle, ceci afin de permettre
un foyer important.
Le niveau inférieur de la tour est divisé en trois niveaux. En sous-sol
se trouve une pièce ronde qui était creusée dans le rocher et servait
de magasin à provisions ; au-dessus se trouvait un plancher qui donnait
accès à des meurtrières pour un niveau défensif. Celui-ci sera très
prochainement rétabli. Au niveau de la voûte, il reste des trous de
part et d'autre au départ de celle-ci qui nous indiquent qu'il y avait
un grenier à réserves supplémentaire.
Dans la tour qui défendait la porte d'entrée principale du château
supérieur subsiste une des rares meurtrières qui a échappé au pillage.
Elle a conservé ses deux arcades en arkose et ses pierres d'extrémité
pour le passage de la flèche uniquement (ici le mur atteint 4,50
mètres d'épaisseur) ; la meurtrière suivante a conservé les pierres
posées de champ à mi-profondeur qui servaient d'appui pour l'arbalète
du viseur. Elle a une très belle voûte en coupole en tout petit
appareillage de pierres sans aucune clé ni arc soutenant. Le tout
à l'origine était recouvert d'enduit, lequel était même peint dans
les parties résidentielles.
RESTAURATION
Il y a une cinquantaine d'années, les murs n'étaient pas recouverts
de végétation car le château était entièrement envahi de sapins
ceux-ci empêchant le développement de toute autre végétation. La
toiture étant à l'ombre elle était hors de la possibilité de développement
du lierre. Une campagne de déboisement a été effectuée par une association
locale qui a tenté de faire quelques travaux au niveau du château.
A la fin des travaux, au début des années 1980, le château était
dégagé mais le lierre a remplacé les arbres. Au rachat du château
par les parents de monsieur Christophe CHARRIER, on ne voyait strictement
aucune des tours ni aucune des parties de certaines murailles.
Le château étant classé aux Monuments Historiques, les propriétaires
peuvent à ce titre bénéficier de l'aide de l'Etat ; dès 2004 une première
tranche de travaux est prévue. L'entretien se fait en été, les travaux
en hiver. Toute une butte a été dégagée des genêts ; des vignes, plantées
au 19ème siècle, reprennent le dessus de façon sauvage et fournissent
un tapis végétal peu élevé ce qui limite l'entretien tout en étant
relativement esthétique. On voit ici des murs et une tour qui n'ont
pas encore été dégagés, entièrement recouverts de lierre ; juste à
côté une tour dont on a enlevé le lierre.
 
On voit sur la photo de droite des murs et une tour qui n'ont pas
encore été dégagés, entièrement recouverts de lierre ; à gauche,
une tour dont on a enlevé le lierre. Le lierre est d'abord
ôté en partie seulement car ses racines tiennent une
partie de la structure. Mais il faut arriver au bout du dégagement
total et consolider les murailles. Au niveau des travaux le projet
est bien évidemment de dégager entièrement la butte qui se trouve
au bas du logis seigneurial pour avoir une perspective en contre-plongée
et avoir du coup tout l'aspect imposant de la forteresse construite
à même le rocher.
Bibliographie : (Pierre Puyfoulhoux : Mauzun et son château féodal)
OUVERTURE AU PUBLIC
Les week-ends de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte de 14
h 30 à 18 heures.
En juillet et aôut, tous les jours sauf le lundi de 14 h 30 à 19
heures.
FETE MEDIEVALE : les 2 et 3 août 2008 de 10 heures à 19 heures.
CONTACT
Christophe CHARRIER est décédé en juin 2006
et la gestion temporaire du château est assurée par
Claire EMERY, Place de la Halle, 63160 Mauzun
Tél : 04 73 70 76 14
Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies
auprès des propriétaires. |
 |