CHATEAU DE MAUZUN
MAUZUN (Puy-de-Dôme)



Le château de MAUZUN, entièrement classé aux Monuments Historiques depuis 1970, appartient depuis janvier 2001 à monsieur et madame CHARRIER.

HISTORIQUE

Le nom de MAUZUN exprimerait soit une puissante forteresse installée sur une hauteur soit, toujours une forteresse, mais complétée par la présence d'un centre de commerce important pour la région environnante.

troisième enceinte
blason de l'Evêché de ClermontAvec sa forme carrée, sa triple enceinte de murailles, la distribution de ses épaisses et nombreuses tours, le château fut longtemps regardé comme une des plus fortes places de la province ; ne l'appelle-t-on pas le Géant d'Auvergne ?


Alors que les comtes d'Auvergne, issus de la riche maison de La Tour d'Auvergne, développaient militairement leur puissance, soit en construisant des forteresses sur tous les points stratégiques du pays, soit en s'emparant de celles qui existaient, le château de Mauzun appartenait à un certain EUSTORGE. C'est lui qui dut assurer la construction du château. Cette énorme forteresse ne pouvait avoir été construite par un petit seigneur. On suppose qu'EUSTORGE faisait partie de la famille du Comte d'Auvergne. Lorsqu'il mourut, EUSTORGE laissa à sa fille ANNA la jouissance de la seigneurie de Mauzun. Tombé en quenouille, ce fief allait bientôt passer sous la crosse.

Durant tout le 12ème et pendant plus de la moitié du 13ème siècle, la Basse-Auvergne eut cruellement à souffrir des guerres que se firent les comtes d'Auvergne et les évêques de Clermont. Les deux principaux protagonistes de cette querelle familiale furent le comte d'Auvergne, Guy II, seigneur de Tournöel, fils de Robert IV comte d'Auvergne et seigneur de la Tour, et son propre frère, l'Evêque Robert d'Auvergne, 63ème évêque de Clermont. En 1199, Henri de Sully, archevêque de Bourges, parvint à les réconcilier. Par lettre en date de 1207, Guy II, Comte d'Auvergne, accorda à son frère Robert d'Auvergne, Evêque de Clermont, l'autorisation d'acheter le fief de Mauzun et, en 1209, la riche et pieuse ANNA, fille maquette du château réalisée par le propriétaired'EUSTORGE, lui donna le château de Mauzun. La même année, Robert et Guy partirent pour la croisade contre les Albigeois. Ils revinrent peu de temps après et recommencèrent la guerre entre eux. En 1210, le roi Philippe Auguste envoya des groupes au secours du prélat sous la conduite de Guy de Dampierre, seigneur de Bourbon. Celui-ci s'empara de Clermont et de 120 places environ, situées en Auvergne. Tout le comté d'Auvergne tomba entre les mains du roi de France en l'année 1213. Le comté d'Auvergne fut confisqué à son profit ; et il en fit don la même année à Guy de Dampierre.

Le fils de Guy de Dampierre, Archambaud VI le Grand, seigneur de Bourbon, fut comme le fondé de pouvoir de la royauté dans la France du Centre, et reçu de Philippe Auguste, en récompense de ses services, quelques terres en Auvergne.

En 1222, Anna qui avait déjà fait don à l'évêque en 1209 du château de Mauzun, ajouta le domaine et la justice dudit château, exception faite du château de la Roche et dépendances. La même année, Archambaud VI donna à l'evêque Robert tous les droits qu'il avait sur la justice de Mauzun. Cette donation fut confirmée par l'archevêque de Bourges en 1227. Le nouveau fief de l'evêché devint ainsi une vraie et complète seigneurie.

Clermont formait alors un comté à part entre les mains de son Evêque sous la simple réserve de l'hommage au roi de France. Il était dès le 13ème siècle, seigneur de Clermont, de Billom et de 18 autres paroisses. Les comtes d'Auvergne supportaient impatiemment le pouvoir temporel des Evêques de Clermont. Aussi de nouvelles luttes s'engagèrent entre les successeurs du comte Guy II et l'Evêque Robert. La sentence arbitrale de juillet 1254 rendue par le seigneur de la Tour, le comte de Gévaudan et Guillaume seigneur de Baffie, laissa définitivement Mauzun à l'évêché.

deuxième enceinte envahie par le lierre

Au 17ème siècle, Richelieu fit raser beaucoup de châteaux pour limiter les velleités d'indépendance des grands seigneurs et asseoir l'autorité royale. Mais il épargna Mauzun car le château était la propriété des Evêques, ceux-ci étant tout à fait loyaux à la couronne de France. Il exigea néanmoins que soient condamnés les éléments de défense ; il fit donc murer les meurtrières, boucher ou démonter les créneaux, supprimer les herses et les portes fortifiées.






LE CHATEAU

Le château qui est très dégradé aujourd'hui n'a pas subi comme peut penser le visiteur des assauts ou des combats d'un autre temps. C'est bien dans l'époque moderne que la dégradation s'est faite à partir du milieu du 18ème siècle. En fait, le dernier Evêque, MASSILLON (le château étant à l'époque la propriété de l'Evêché de Clermont) a fait démolir une partie du château car il n'avait plus les moyens d'entretenir ce domaine et ne voulait plus conserver une forteresse défensive dans une région alors totalement pacifiée. Il a donc fait démolir les bâtiments intérieurs et s'est arrêté à la structure. Mais après la Révolution, le château qui était jusque là bien du Clergé a été confisqué par l'Etat et recédé directement à un groupement de particuliers qui a utilisé le site comme carrière. On a alors donc essentiellement démonté les encadrements des ouvertures qui sont bâtis dans un matériaux tendre, facile à tailler, l'arkose, tandis que l'on a arraché les soubassements du gros de la structure qui elle est entièrement bâtie en pierres volcaniques, la roche basaltique extraite sur place. La dégradation du château vient donc essentiellement du pillage et de l'utilisation du château comme carrière après la Révolution.

tour d'angle de la première enceinteIl culmine à 640 mètres et domine la plaine de Limagne sur 360 degrés. L'ensemble du site couvre près de 5 hectares. Le procédé de montage des pierres, notamment en boutisse c'est-à-dire bâties dans le sens de la profondeur, les mêmes empatements de base des tours, les mêmes types d'appareillage confirment que tout a été construit d'un seul jet, entre les années 1225 et 1250, juste après le règne de Philippe Auguste. C'est un château Philippien. Les châteaux Philippiens ont une particularité : au lieu du donjon classique, on remplace celui-ci par une troisième ligne d'enceinte qui est ici, à Mauzun, un quadrilatère de 50 mètres de côté environ, flanqué de quatre tours rondes en saillie et les murs atteignent, côté village notamment, jusqu'à 4,50 mètres d'épaisseur. La partie centrale était destinée à pouvoir encore entretenir une forte garnison même si on avait perdu la basse-cour au profit de l'ennemi. A Mauzun la particularité de cette partie est d'être bâtie sur le haut du rocher, qui a servi à la fois de carrière et de sous-bassement au château central, pour éviter toute tentative de sape.

Le site de Mauzun a l'avantage considérable de pouvoir bénéficier d'eau en abondance. A Mauzun comme ailleurs, dans les parties supérieures, on avait construit des citernes au pied des toitures pour récupérer les eaux de pluie. Mais on disposait en plus au sommet de la butte d'une source et non pas seulement d'un puits comme on pourrait le croire. En fait, le château est construit sur une poussée volcanique qui s'est élevée lors d'une des plus anciennes éruptions du Massif Central et sous la roche s'est créée une poche imperméable qui retient une grande quantité d'eau. Celle-ci remonte entre le basalte et le granit local au niveau d'une faille par simple capilarité. A l'aide d'un syphon l'eau remonte en permanence quasiment jusqu'au niveau du sol avec quelques fluctuations selon les saisons.

La visite se fait en deux parties : la partie libre (avec remise de texte) et la partie guidée. La partie libre consiste à faire le tour des remparts puis une fois le tour terminé, d'accéder à la basse-cour. Cette partie s'échelonne sur douze étapes qui permettent une approche progressive de l'architecture du château en même temps que de son histoire. Après quoi, dans la basse-cour le visiteur est invité à visiter ensuite la partie résidentielle du château avec le guide.



Il y a trois niveaux d'enceintes. La première n'est quasiment plus existante ; à l'origine, il s'agissait d'une palissade gallo-romaine car Mauzun est un site bien plus ancien que la construction du 13ème siècle. On y trouvait des fortifications dès l'époque gallo-romaine. Le premier mur se trouvait à mi-pente et faisait le tour du château, toujours au même niveau, à peu près sur 900 mètres ; la palissade gallo-romaine fut remplacée au 12ème siècle par un mur en pierres sèches qui était un premier frein pour l'ennemi.

La deuxième enceinte est la plus importante défensivement. Elle s'étend sur 550 mètres ; elle est surtout jalonnée de seize tours ce qui est assez exceptionnel pour un château du 13ème siècle. Il se trouve que le territoire de Mauzun regroupait 16 bourgades et il avait été à la fois simple et judicieux de faire en sorte que chaque village soit chargé de l'entretien d'une tour en temps de paix et participe, avec la garnison, à la défense de celle-ci en temps de guerre. Du côté où la pente est la plus raide, la seconde enceinte s'arrête pour ne reprendre que bien plus loin.
cour intérieure

On découvre alors une des façades du château central, la partie résidentielle, qui constituait la troisième enceinte. Dans cette partie, les murs sont moins épais qu'ailleurs, l'aspect défensif moins présent, et ce n'est que de ce côté que l'on peut apercevoir de larges ouvertures ; ceci s'explique par le fait que le logis seigneurial avait été placé au-dessus de la pente la plus raide, naturellement défendue. Il y avait une cour intérieure, entièrement encadrée de bâtiments, côté Nord les parties d'habitation, côté Sud, les bâtiments de service. Cette partie résidentielle était entièrement envahie d'arbustes.

chemin de ronde


Le corps de logis se terminait par la chapelle côté Est, surmontée comme le reste par un premier niveau défensif que l'on voit encore au dessus des restes de la voûte. On y aperçoit une meurtrière qui correspond à un premier niveau de galerie défensive qui s'étendait sur toute la longueur de la courtine et était couvert par une toiture. Un deuxième niveau de défense existait au-dessus du premier. En fait, le tour du château était constitué de deux niveaux de galeries superposées ; ce double réseau permettant une grande mobilité des défenseurs était complété par un réseau en sous-sol. Les courtines se sont écroulées sur elle-mêmes ; il y a au moins deux étages ensevelis. Entre le niveau logis en bas et le niveau défensif tout en haut s'est trouvé un niveau intermédiaire qui, à une période, a servi de prison pour les prêtres réfractaires, notamment avant la Révolution.



aperçu de la cheminée de la grande salle et des ouvertures
Dans la cour, on retrouve une galerie qui a été en partie comblée par le ravinement mais qui était à l'origine plus profonde et permettait une circulation à hauteur d'homme. Par recoupement de plusieurs pré-études on peut penser que cette galerie fait partie à l'origine d'un réseau plus vaste qui s'étendait sur toutes les parties inférieures de la cour et constituait un réseau supplémentaire en sous-sol à couvert qui permettait aux défenseurs de rester à l'abri même si le haut avait succombé à l'ennemi. On retrouve la trace de la cheminée de la grande salle encadrée par les deux seules grandes ouvertures du château. La grande salle comportait un plancher sous lequel devait exister une autre salle. La cuisine se trouve après la grande salle ; on la repère du fait de sa cheminée qui est beaucoup plus large au niveau de la brique que celle de la grande salle, ceci afin de permettre un foyer important.

meurtrière

Le niveau inférieur de la tour est divisé en trois niveaux. En sous-sol se trouve une pièce ronde qui était creusée dans le rocher et servait de magasin à provisions ; au-dessus se trouvait un plancher qui donnait accès à des meurtrières pour un niveau défensif. Celui-ci sera très prochainement rétabli. Au niveau de la voûte, il reste des trous de part et d'autre au départ de celle-ci qui nous indiquent qu'il y avait un grenier à réserves supplémentaire.

meurtrière pour arbalète Dans la tour qui défendait la porte d'entrée principale du château supérieur subsiste une des rares meurtrières qui a échappé au pillage. Elle a conservé ses deux arcades en arkose et ses pierres d'extrémité pour le passage de la flèche uniquement (ici le mur atteint 4,50 mètres d'épaisseur) ; la meurtrière suivante a conservé les pierres posées de champ à mi-profondeur qui servaient d'appui pour l'arbalète du viseur. Elle a une très belle voûte en coupole en tout petit appareillage de pierres sans aucune clé ni arc soutenant. Le tout à l'origine était recouvert d'enduit, lequel était même peint dans les parties résidentielles.







RESTAURATION

Il y a une cinquantaine d'années, les murs n'étaient pas recouverts de végétation car le château était entièrement envahi de sapins ceux-ci empêchant le développement de toute autre végétation. La toiture étant à l'ombre elle était hors de la possibilité de développement du lierre. Une campagne de déboisement a été effectuée par une association locale qui a tenté de faire quelques travaux au niveau du château. A la fin des travaux, au début des années 1980, le château était dégagé mais le lierre a remplacé les arbres. Au rachat du château par les parents de monsieur Christophe CHARRIER, on ne voyait strictement aucune des tours ni aucune des parties de certaines murailles.

Le château étant classé aux Monuments Historiques, les propriétaires peuvent à ce titre bénéficier de l'aide de l'Etat ; dès 2004 une première tranche de travaux est prévue. L'entretien se fait en été, les travaux en hiver. Toute une butte a été dégagée des genêts ; des vignes, plantées au 19ème siècle, reprennent le dessus de façon sauvage et fournissent un tapis végétal peu élevé ce qui limite l'entretien tout en étant relativement esthétique. On voit ici des murs et une tour qui n'ont pas encore été dégagés, entièrement recouverts de lierre ; juste à côté une tour dont on a enlevé le lierre.



On voit sur la photo de droite des murs et une tour qui n'ont pas encore été dégagés, entièrement recouverts de lierre ; à gauche, une tour dont on a enlevé le lierre. Le lierre est d'abord ôté en partie seulement car ses racines tiennent une partie de la structure. Mais il faut arriver au bout du dégagement total et consolider les murailles. Au niveau des travaux le projet est bien évidemment de dégager entièrement la butte qui se trouve au bas du logis seigneurial pour avoir une perspective en contre-plongée et avoir du coup tout l'aspect imposant de la forteresse construite à même le rocher.

Bibliographie : (Pierre Puyfoulhoux : Mauzun et son château féodal)





OUVERTURE AU PUBLIC 2014

jusqu’au 14 juillet et en septembre, visite les dimanches seulement ;
du 15 juillet au 31 août, visite tous les jours sauf lundis.

Horaires : 14h30 – 19h.

Il n’y aura pas de fêtes médiévales en 2014.





CONTACT

Château de Mauzun, 63160 Mauzun
Madame Charrier, Tél : 06 70 10 22 29

site internet

Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies auprès des propriétaires.



Plan de situation :