 |
Le château de
Pailhès se dresse parmi les arbres au sommet d'un piton
isolé qui surplombe en falaise abrupte le village situé
sur les rives de la Lèze. Ce château ne pouvait être
mieux placé car il domine le carrefour stratégique
des routes de Foix à Toulouse et de Pamiers à Saint-Girons.
Excellent poste de surveillance et de commandement, l'antique forteresse
a tenu un grand rôle dans le pays de Foix, du XIIIème
au XVIIème siècle. Il a été inscrit
en février 1997 à l'Inventaire
des Monuments Historiques.
HISTORIQUE

Bien que l'on connaisse un acte de donation de 1256 intéressant
le fief, on ignore le type d'établissement qui existait à cette époque.
Il est possible que ce sommet d'un intérêt stratégique
ait été occupé dès l'occupation
romaine. Il est difficile, sans travaux considérables, d'identifier
l'âge des constructions que les sols des caves laissent
apparaître.
Cependant, la majeure partie du bâti, y compris la tour d'escalier,
le portail d'entrée et la façade Ouest, date
du XIVème siècle.
Des agrandissements sont opérés au XVème et
au XVIème siècle. Ces diverses modifications ont donné au
monument une allure tourmentée et fantaisiste qu'acheva
de perturber, versant Sud, une aile massive de la fin du XVIIIème
siècle qui n'est ni la plus heureuse ni la plus solide.

De l'aristocratie comtale au capitoulat toulousain
Du XIème au XIIIème siècle, la terre de Pailhès
appartient aux AMIEL, vieux lignage aux alliances princières.
Par alliance, le bien se transmet alors aux puissants VILLEMUR qui
le conservent jusqu'au début du XVIIIème siècle.
C'est durant le règne d'Henry III de Navarre, dernier
comte souverain de Foix, que Pailhès vécut ses heures
de gloire. La confiance, l'amitié même que le
prince (futur Henry IV de France), témoignait à Blaise
de VILLEMUR, baron de Pailhès, et les charges qu'il lui
avait confiées (les VILLEMUR seront gouverneur du comté)
faisaient, de la maison, le centre de la vie militaire et administrative,
le point de rencontre de la noblesse du comté et des émissaires
de la cour de Paris.
L'Histoire rapporte que le Vert Galant a été l'hôte
du baron à Pailhès du 30 novembre au 1er décembre
1579, comme en témoigne la correspondance publiée aux
Archives Historiques de la Gascogne en 1886. Jusqu'en 1987,
les visiteurs pouvaient admirer le « lit d'Henry IV »,
classé en 1965 et acquis par le Conseil Général
de l'Ariège en juillet 1989. Il devait ensuite être
exposé au
château de Foix.
Une maison des champs
Après avoir été la propriété des
MONTLEZUN, héritiers des VILLEMUR, la seigneurie est acquise à la
fin du XVIIIème siècle par les LAFAGE, famille de capitouls
originaire du Couserans.
Henri-Joseph de LAFAGE, syndic général pour la province
du Languedoc, est connu sous le titre de « baron de Pailhès ».
Il récupère un édifice abandonné depuis
plusieurs décennies qui sera l'objet de tous ses soins.
La vénérable bâtisse devient alors un confortable
castel du piémont Pyrénéen aménagé au
goût du jour.
La chapelle castrale dédiée à Notre-Dame
est édifiée dans des proportions inattendues quelques
années avant la tourmente révolutionnaire que rien
n'annonce en ces terres de cocagne. Elle sera achevée
par son fils et bénie en 1780.
Antoine assiste aux assemblées de la noblesse à Toulouse
en 1789. Emprisonné au couvent de la Visitation, il échappe
au supplice que lui réservaient les agents de la République
en mission, grâce à l'estime publique dont il
jouit dans le pays.
Par son éloquence et ses écrits,
il évitera à son tour les sanglants arrêts pratiqués
en ces sombres heures à bon nombre de ses compatriotes. Gentilhomme
campagnard, il mourut dans l'affection de tous les habitants
en 1806.
Le XIXème siècle est le temps de la douceur de vivre.
Les LAFAGE, en propriétaires terriens, vivent à Pailhès
et s'impliquent dans la vie sociale. Particulièrement
estimés, leur mémoire est encore présente chez
les anciens.
Un mode de vie en mutation

La fin de la Première Guerre Mondiale consacre l'amorce
d'une lente et durable crise foncière. Alors que le
modèle social des campagnes semblait encore immuable, le déclin
des revenus agricoles sur laquelle reposait la noblesse de clocher
et les pratiques successorales achevèrent de
fragiliser un mode de vie fait de raffinement et de tradition, d'attachement à la
terre et de proximité villageoise.
Peu à peu, la Genevrière, la Fagette, la Galinière
constituant le domaine agricole sont vendues. D'autres revenus
qui ne furent jamais au rendez-vous auraient dû compenser la, d'abord
superflue puis indispensable, rente foncière. Durant plus
d'un demi-siècle, les familles TOUZEAU et BERNARDIN,
héritières des LAFAGE, auront âprement lutté contre
l'abandon de ces belles pierres transmises telle une mémoire
inaliénable et dont l'entretien dépasse totablement
leurs possibilités.
Fidélité au passé et foi en l'avenir

En 2006, le château reste la propriété de particuliers
qui essaient par tous les moyens d'éviter que cette maison
ne devienne une ruine.
La société civile Foix-Béarn, constituée
de cinq passionnés conscients du poids de la charge qu'ils
ont choisie d'assumer, autorise la visite extérieure
du château afin de faire connaître cette demeure et sensibiliser
un large public en faveur d'une action de sauvegarde.
Si le
terme de restauration peut paraître inapproprié, le
seul fait de promouvoir ce lieu multiséculaire et d'effectuer
le minimum indispensable au maintien d'un édifice toujours
majestueux et habité ne sera qu'une étape
avant un long et patient travail que d'autres continueront
plus tard.
 |
OUVERTURE AU PUBLIC
Actuellement, dossiers et études sont élaborés
afin de permettre à ce lieu de s'ouvrir au public au travers
d'activités diverses et variées.
Aujourd'hui deuxième château le plus ancien de l'Ariège en état,
il est nécessaire de soutenir ces efforts afin que ne disparaisse pas
un témoin émouvant du prestigieux passé du comté de
Foix et du département.
CONTACT
Les informations contenues dans ce reportage ont été recueillies
auprès des propriétaires.
|
 |