 |
Dominant la plaine de la Limagne et la petite ville
de Lezoux à 436 mètres d'altitude, le château de Ravel, classé Monument
Historique en 1958, offre à ses visiteurs un panorama exceptionnel
sur la chaîne des volcans. A ses pieds, le village de Ravel n'est
qu'à 380 mètres d'altitude, ce qui explique la très
forte dénivellation du chemin qui mène au château.
La vue plonge sur le village de Ravel. Dans son église gothique
du 13ème siècle, le banc seigneurial est resté
ce qu'il était au 17ème. Charles Henri THEODAT d'ESTAING,
futur amiral de France, né au château, reçut
le baptême en cette église qui compte plusieurs sépultures
des seigneurs du lieu, notamment Charlotte de la ROCHEFOUCAULD,
épouse de Louis de COMBOURCIER du TERRAIL, décédée
en 1605, et Gaspard d'ESTAING, décédé en 1727.
HISTORIQUE
Le
premier seigneur de Ravel, alors Revel, fut Bernard de REVEL vers
1171. Puis, on trouve HUGUES en 1217, Eldin CHAULET en 1220, CHATARD
et son fils vers 1260. Ce dernier rend hommage à Alphonse de POITIERS, prince
apanagé
d'Auvergne, frère de Saint-Louis. Le donjon
encastré dans la muraille est dû à l'un de ces
personnages. Philippe III le Hardi, fils de Saint-Louis, achète
le château en 1283. De forteresse féodale, Ravel devient
domaine royal. C'est très probablement le roi de France qui
l'agrandit, élève 6 tours encore visibles aujourd'hui,
enveloppe le donjon primitif de murailles et donne au château
fort la forme approximative d'un quadrilatère. En 1294, Philippe
IV le Bel, fils de Philippe III, donne Ravel et ses dépendances
à son Conseiller, Pierre FLOTE, futur Chancelier de France.
Celui-ci entre donc en possession d'une forteresse récemment
construite à laquelle il n'apportera aucune modification
architecturale. Toutefois, la salle qui prolonge les anciennes écuries,
appelée Salle des Etats, lui doit son décor héraldique.
Il en sera propriétaire jusqu'à sa mort en juillet
1302 à la bataille de Courtrai.

En ce début du 14ème siècle, Ravel constitue
un bel exemple de l'art seigneurial d'inspiration laïque et
non plus religieuse. Pierre FLOTE fut le premier laïc à
accéder à la dignité de Chancelier.
Guillaume FLOTE, fils de Pierre, également Chancelier de
Fance de 1339 à 1347, puis Pierre II, fils de Guillaume,
Amiral de France, surnommé "Floton de Ravel" et
père de Guillaume II, occupèrent aussi le château.
Guillaume II eut un fils, Antoine, surnommé également
"Floton de Ravel", tué à la bataille de
Rosebecque en 1382. Jeanne, dame de Ravel, sa seule fille, mourut
sans enfant malgré deux mariages. En 1431, elle institua
pour héritier, André de CHAUVIGNY. Ravel sortait ainsi
de la famille FLOTE.
La descendance de ce dernier ne fut que féminine. Par le
jeu des alliances, Ravel passa, au cours des 15 et 16ème
siècles, aux mains des familles d'AMBOISE, de la ROCHEFOUCAULD
et de COMBOURCIER du TERRAIL. En 1589, le château est pris
par les protestants. Enfin, en 1647, par le mariage de Jean IV d'ESTAING
avec sa cousine Marie de COMBOURCIER du TERRAIL, il passe aux d'ESTAING.

Le château entre alors dans une nouvelle phase. Extérieurement,
ils firent construire la galerie qui habille la façade Nord,
élargir et créer des fenêtres. Des travaux de
soutènement furent engagés qui permirent l'établissement
de la terrasse ornée d'une belle balustrade qui surplombe
la Limagne. Intérieurement, les d'ESTAING rendirent habitables
quelques pièces dans les tours, aménagèrent
la "Chambre du Roy" et le bel escalier à balustres.

En 1729, Charles Henri THEODAT, Comte d'ESTAING, futur Amiral de
France, naît au château. Il fut sans aucun doute le
véritable créateur du Ravel d'aujourd'hui. Plus que
constructions supplémentaires ou transformations radicales,
il lui doit son décor intérieur. Il mourut, guillotiné,
le 28 avril 1794.
En 1806, Charles de RIBEROLLES BEAUCENE devient propriétaire
de Ravel. Ses descendants sont les actuels propriétaires
du château.
 |
ARCHITECTURE ET AMENAGEMENT
Le château de Ravel se présente comme un quadrilatère
irrégulier, enfermant une cour intérieure et flanqué
de 6 tours et d'un donjon.
La
façade Nord est longue de 40 mètres. Elle serait
sévère sans la galerie du 18ème dont les d'ESTAING
la parèrent. Elle comporte 8 arcades et s'élève
jusqu'au premier étage. Elle supporte une terrasse aux élégants
balustres. Elle est flanquée de deux tours d'angle circulaires
: la tour Ouest de 10 mètres de diamètre à
bossages
est percée d'archères. La tour Est de 8 mètres
de diamètre est beaucoup plus élevée. Sous
la corniche reliant ces deux tours se trouve le portail qui donne
accès au vestibule du bas.
La façade Est est animée par trois tours et un
donjon.
C'est ici que l'aspect défensif de la forteresse se décèle
plus aisément. Cette façade était en effet la
mieux défendue car l'assaillant placé sur la hauteur
lui faisant face pouvait l'attaquer plus aisément. Le plan
d'eau rectangulaire qui la longe est manifestement un reste de douve.
Le donjon est haut de 23 mètres. Sept merlons
le couronnent, percés d'archères
de 2 mètres de haut. Au-delà du donjon, la courtine
présente un décrochement sensible et s'en vient épauler
une tour octogonale en forte saillie. La courtine offre à
nouveau un décrochement et se termine par la tour Sud-Est
de 8 mètres de diamètre. Grâce à son
toit en poivrière,
d'allure moyenâgeuse, elle est la plus élégante
des six.

La façade Sud enserre une cour d'honneur. D'une tour
d'angle à l'autre, cette façade mesure 53 mètres
de long. La tour Sud-Ouest mesure 11 mètres de diamètre.
Le mur fermant la cour d'honneur est surmonté d'une élégante
passerelle avec deux balustrades en fer forgé d'un 17ème.
Trois ouvertures y sont aménagées dont une invite
à pénétrer dans la cour intérieure.
Sur la gauche, une tête de cheval surmonte la porte des écuries.
Au-dessus du portail central, on peut admirer les armoiries des
d'ESTAING "d'azur aux trois fleurs de lys d'or, au chef de
même". Les lys de France signifient "service rendu
au Roi". En effet, le service rendu à la bataille de
Bouvines en 1214 par Déodat Tristan d'Estaing était
d'importance. Le cheval du Roi Philippe Auguste ayant été
tué sous lui, Déodat lui donna le sien et lui sauva
la vie. Ainsi, le Roi attribua aux d'ESTAING les propres armes de
la France, avec toutefois un chef d'or pour les différencier.

La façade Ouest, rectiligne, s'étire sur 42
mètres. En son milieu, une tour d'un diamètre de 8,50
mètres à été arasée. Une terrasse
y a été aménagée au 18ème siècle
avec une porte fenêtre ouvrant sur la salle des écussons.
Deux puissants contreforts consolident cette longue muraille. La
forte déclivité confère à cette façade
d'indéniables qualités défensives nécessaires
à cette forteresse.
La cour d'honneur est un trapèze de 30 et 37 mètres
sur 25 et 26 mètres. Réaménagée au 17ème,
elle a gardé une partie de son ancien pavage tandis qu'un décor
de stuc est plaqué sur les façades du 18ème siècle.
Sur le mur Ouest s'adosse un abreuvoir pour les chevaux. Au Nord,
on remarque à nouveau les armoiries des d'ESTAING.
Le donjon médiéval surplombe cette cour 17ème.
Ces deux styles complètement différents permettent
de se rendre compte que les d'ESTAING, ayant assez de vivre dans
cette forteresse, ont encastré un château du 17ème
entre les 6 tours sans les endommager.
La chapelle : aujourd'hui désaffectée, cette ancienne
chapelle est précédée d'une sacristie renfermant
une cheminée gothique. Les anciennes fenêtres sont
bouchées. On y trouve des peintures du 14ème siècle
qui attendent d'être restaurées.
INTERIEURS
Salle
des Etats : située au rez de chaussée de l'aile
Ouest, dans le prolongement des écuries, cette salle du 13ème
a vu se réunir les premiers Etats Généraux d'Auvergne.
Des médaillons de bois historiés et quadrilobés
décoraient originairement son plafond du 14ème siècle.
Pour des raisons de conservation, ceux-ci ont été disposés
sur les murs en différentes parties de l'intérieur du
château. Cette salle est particulièrement remarquable
dans sa partie haute par ses peintures représentant l'une des
premières frises héraldiques de France avec les armes
royales de France, de France et de Navarre, de Pierre Flote et de
tous les seigneurs qui participèrent à ces Etat Généraux.
En tout, 49 blasons la composent.
Vestibule du bas : Il abrite une énorme pierre quadrangulaire
appelée "pierre d'autel" timbrée d'une croix
dont l'origine reste énigmatique. Un escalier conduit au
premier.
Vestibule du haut : datant des 17ème et 18ème
siècles, il est pavé d'un carrelage de terre cuite
et deux tapisseries Louis XIV ornent ses murs. Une chaise à
porteur y est également visible.
Salle de généalolgie : c'est celle de la famille
de RIBEROLLES. Meublée 18ème, elle possède
un parquet à feuilles dit "Versailles". Aux murs
différents tableaux représentent Gilbert, Joseph Just
et Charles de Riberolles Beaucène.

| |
En pénétrant dans la salle
de billard, on retrouve les médaillons de bois
venant de la salle des Etats Généraux citée
plus haut. Outre son billard monumental et son mobilier Louis
XIII, il faut admirer au-dessus de la cheminée le portrait
de Châteaurenault, beau-père de l'Amiral d'Estaing,
peinte par Rigaud.
|
 |
|
La Grande Galerie, vaste pièce d'apparat de 300 mètres
carrés avec son parquet dit "Versailles" rappelle
les fastes d'antan. Elle fut aménagée par l'Amiral d'Estaing.
Une bibliothèque Louis XVI, style chinois, rehaussée
d'or contient plus de 1.300 volumes reliés en cuir, aux armes
des d'Estaing et à leur devise : "sans peur et sans reproche".
Des instruments de navigation ayant appartenu à l'Amiral et
des "marines"
signées Lebas, retraçant ses campagnes de 1759-1760,
méritent votre attention.
Le salon de musique ou cabinet doré est de forme circulaire
avec des ornements Louis XVI en bois doré représentant
des instruments de musique. Son mobilier est Louis XVI, estampillé
"Courtois", ébéniste du Roi.
La salle des poteries rappelle que le château de Ravel
abrita une manufacture de faïences (créée par
Charles de RIBEROLLES) qui employa entre 1818 et 1855 une cinquantaine
d'ouvriers. Cette activité perpétuait celle qui existait
autrefois à Lezoux, petite ville située à quelques
kilomètres de Ravel.

La salle des écussons possède un pavage de
tomettes en terre cuite de Ravel du 17ème et un plafond à
poutrelles de même époque. Tout autour de cette salle
restaurée en 1870, un décor héraldique reproduit
300 armoiries dont la plupart appartiennent à des familles
auvergnates. Sur le manteau de la cheminée monumentale figurent
les armoiries de la famille de Riberolles "d'azur au lion d'or
rampant sur une tour d'argent maçonnée de sable".
La salle à manger d'hiver située dans l'aile
Est du château est habillée de boiseries Louis XV et
présente un mobilier Louis XIII.
La chambre du Roy à côté de la salle à
manger vit naître l'Amiral d'Estaing en 1729. Elle possède
un plafond peint à poutrelles apparentes Louis XIII entièrement
d'époque. Cette pièce a été entièrement
décorée par Isaac Moillon
lui-même, peintre du Roi ( 1614 - 1673) en camaïeu gris
bleu. Elle est richement meublée de bergères Louis XV
signées Beauve, d'un lit à baldaquin, d'une commode
régence et d'un curieux fauteuil d'infirme en forme de conque
marine.
JARDIN
Large de 60 mètres, le jardin à la française
se compose de pelouses délimitées par 4 allées
en croix. En leur centre un bassin circulaire et 4 ifs énormes
et tricentenaires, taillés en cône, abritent 4 bancs
de pierre. Il paraît qu'au début de ce siècle
les bancs se trouvaient encore à l'extérieur de cette
muraille végétale ; aujourd'hui, ils y sont encastrés.
Face au bassin, un escalier de pierre semi-circulaire monte vers les
frondaisons indisciplinées de ce qui fut probablement un jardin
à l'anglaise dans le goût du 18ème siècle
finissant.
Au Sud, un jardin, initialement jardin à la Française
fut transformé en potager, puis il réaménagé
comme il était au 18ème, avec, en particulier, des arbres
fruitiers.
La superficie totale du terrain entourant le château comprenant
entre autres une forêt (la route d'accès menant à
l'entrée la traverse) est de 200 hectares.
RESTAURATION
Le
château fut entretenu régulièrement. Depuis que
les propriétaires actuels ont repris la direction du château,
de gros travaux ont cependant été effectués,
les plus importants étant :
L'ouverture de
la salle des Etats
La restauration
complète de deux tours sur six ces deux dernières années
(toiture, charpente)
La réfection
des toits à la suite de la tempête de 1999 : il y a pratiquement
un hectare de toits
La restauration
des tomettes du 17ème siècle de la salle des écussons
qui ont été refaites à l'ancienne
Au mois de septembre 2005, la tour Nord-Ouest va être entièrement
restaurée.
OUVERTURE AU PUBLIC

Visite de Pâques à la Toussaint en visite guidée
d'environ une heure.
De Pâques à fin juin : de 14 à 18 heures
Juillet août : tous les jours de 10 à 12 et de 14 à
18 heures
de 14 h à 18 heures à partir du 1er septembre
Evénements ponctuels : concerts, pièces de théâtre,
location de salles pour quelques grands événements (à
l'exception de mariages et manifestations similaires).
Les informations contenues dans ce reportage ont été
recueillies auprès des propriétaires.
Plan de situation : 
|
|
|
|