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Construit sur un piton rocheux,
le château des Roure se dresse comme un guetteur à la proue du
village. A la frontière du Languedoc et du Vivarais, carrefour
des antiques routes du Puy au Grau du Roy, et de Pont-Saint-Esprit
au Puy, cette place forte commandait le passage des gorges de l'Ardèche,
au niveau du célèbre Pont d'Arc.
Voie naturelle de passage au-dessus
de la rivière Ardèche, le pont était un point stratégique de la
région, un fort en gardait l'accès.

Sur l'axe Privas-Nîmes, trois
tours de guet situées à Virac, sur la colline des
Chauriers et au sommet de Saint Roman, avertissaient les défenseurs du château.
Haut-lieu des guerres de religion, le château a accueilli
le Duc de Rohan (chef huguenot) en 1628.
Il a été classé Monument
Historique par Arrêté en date du
20 mars 1978.
Il abrite aujourd'hui une magnanerie et le musée
de la soie.
Sur le blason figurent les armes des grandes familles qui ont possédé
le château : le chêne pour les Roure, le lion pour les Montlaur,
la tour rouge pour les Beauvois, les lionceaux pour les Grimoard,
la tour argent pour les Gévaudan et le lionceau pour les Maubecq.
HISTORIQUE

Dès le XIème siècle, on parle déjà d'un fort, le château de la Tourre,
qui aurait appartenu aux moines bénédictins établis à environ 2 kilomètres,
au Prieuré de Virac.
Ce château féodal, entouré de murs et avec son
village étendu à ses pieds, a été détruit et c'est sur les ruines
de cette forteresse que le château actuel a été reconstruit entre
la fin du XIVème et le début du XVème siècle (peu de documents restent
pour donner des dates précises, la plupart des archives de la région
qui étaient conservées à l'Evêché de Viviers ayant été brûlées à
la Révolution de 1789).
Après la destruction de la forteresse, les habitants du village viennent
chercher asile au pied du château et leurs maisons se serrent alors
entre le château et les remparts construits vers le Sud.
Côté Nord, c'est sur le sommet du rocher que sont construits le château
et les maisons ; un fossé complète la protection contre l'ennemi.
En cas d'attaque, les habitants dont toutes les maisons communiquaient
entre elles, se réfugiaient rapidement au château.
La Bastide de Virac est un cas typique de village fortifié (Bastide
signifiant "lieu fortifié").
Chronologie des seigneurs (connus) de la Bastide de Virac :
Le premier est Claude de SAUTEL, dont la fille aînée,
Jeanne de SAUTEL, a épousé Pierre de BEAUVOIR, de GRIMOARD,
du ROURE, cinquième fils
de Claude de BEAUVOIR, de GRIMOARD, seigneur du Roure, Banne, Grisac
et Saint Florent.

A partir de son mariage en 1591, Pierre du ROURE est donc seigneur
de La Bastide de Virac. On lui connait deux enfants : Marguerite
et
Claude. Né en 1602, Claude du ROURE, seigneur de La Bastide,
a pour fils aîné Jacques de BEAUVOIR du ROURE, Baron
de Saint Florent, seigneur de La Bastide (né en 1638).
On trouve ensuite Louis Claude Scipion, Comte du ROURE, Marquis de
Grisac, Baron de Barjac qui fut lieutenant Général
en Languedoc et gouverneur du Pont-Saint-Esprit, et qui reçut
en héritage
la terre de La Bastide de Virac.
Son fils Denys Auguste, Comte du ROURE, Marquis de Grisac, Baron
de Barjac, fut le père du Marquis du ROURE, dont le fils vendit
le château de La Bastide de Virac à la famille PRADIER
en 1825.
Métayers
du Comte du ROURE deuis 1758, l'un des frères PRADIER qui
était protestant
s'est réfugié à Genève au moment des
guerres de religion. Il eut un fils en 1790 : James PRADIER qui fut
le sculpteur mondialement
connu pour ses oeuvres, telles que : la fontaine Pradier à Nîmes,
les douze victoires qui ornent le tombeau de Napoléon aux
Invalides
à Paris ;
il a également sculpté de nombreuses
statuettes en marbre, dont la "saphos" que l'on retrouve
sur la plupart des pendules de l'époque Napoléonienne.
Le château appartient aujourd'hui à la famille LASCOMBE
dont les membres de la famille PRADIER sont les ancêtres.
Place de La Bastide de Virac et de son château
dans les guerres de religion (1562-1629) :
Dans les premières années du 16ème siècle Luther, moine allemand,
est le premier à se
détacher de l'église catholique en 1517 et à dénoncer les abus du clergé. Calvin
répand cette réforme en France. Dès l'origine de la Réforme, la
population de La Bastide de Virac se prononce pour la nouvelle religion et devient
protestante.
En
1562,
le
massacre
des
protestants à Vassy
en Champagne, sur ordre du Duc de Guise, est le prélude des guerres de religion.
Le
24
août
1572,
le
massacre
de la Saint Barthélémy contre les protestants intensifie leur résistance. L'édit
du 17 juillet 1585 interdisant le protestantisme déclenche les hostilités. Henri
IV met fin aux guerres civiles en 1598 en signant l'édit de Nantes : il accorde
aux réformés la liberté de conscience et de culte. La lutte recommence sous Louis
XIII. En 1628, les villages de La Bastide de Virac, Lagorce, Vallon et Salavas
prennent le parti de la Révolte contre les catholiques.

Les
protestants
du
Vivarais, très
inquiets,
appellent à leur
secours
le Duc de Rohan, chef des réformés.
En 1628, arrivant du Bas-Languedoc, il entre
en Vivarais escorté de ses gens. Il arrive à Labastide de Virac et loge au château
chez le seigneur huguenot Claude du ROURE.
Rohan fait le siège du château
de
Salavas qui se rend le 25 mars 1628. Le château de Vallon, "le Chastelas",
abdique
lui aussi le 27 mars 1628.
Après cette victoire fracassante, le Duc de Rohan ordonne la démolition
des châteaux
de Salavas et de Vallon, pénètre en Vivarais où il termine
victorieusement sa
campagne, puis repart vers Anduze. Après la capitulation de La Rochelle
en octobre
1628, Louis XIII et Richelieu se tournent vers le Vivarais où ils mènent
en avril et mai 1629, une campagne de pacification. Le Duc de ROHAN se retrouve
en face
d'eux, isolé dans les Cévennes, et impuissant devant les armées
royales.
Dès
lors,
tout
va
très
vite.
Louis
XIII
et
Richelieu
assiègent Privas qui se rend sans condition le 29 mai 1629. La répression
est
terrible, la ville est saccagée, les habitants chassés et l'effroi
est tel que
Louis XIII, parti de Privas le 1er juin, reçoit dès le 2 juin la
soumission de Lagorce, Vallon, Salavas, La Tour du Moulin, Vagnas, La Bastide
de Virac, les
Vans et Barjac. Les seigneurs locaux essayent d'obtenir la grâce royale
pour
leurs villages, et l'on verra le Sieur de Joannas s'entremettre pour Lagorce,
et le Comte du Roure pour La Bastide de Virac et les autres places.
Ces soumissions
marquent la fin des guerres de Religion en Vivarais, qui ont duré en fait
de
1562 à 1629, et vont permettre aux Protestants de profiter d'un demi-siècle
de
tranquilité.
Les
réformés
conservent
leur
liberté religieuse
et perdent toutes leurs places fortes. Le 5 juin 1629, l'armée royale
continuant
sa marche vers le Sud, Louis XIII couche à Vallon. Il ordonne la démolition
du
fort situé sur le Pont
d'Arc, traverse l'Ardèche à Salavas et passe la nuit à Barjac.
De là, il ira
signer, le 28 juin 1629,
la
Paix d'Alais (ou Grâce d'Alais) qui n'est pas un traité, mais une
mesure de bienveillance.
Dès le 2 juin 1629, Pierre Tardieu, juge au Baillage de Villeneuve de
Berg est
chargé avec Melchior de Vogüé, Sieur de Rochecolombe, de faire
raser les châteaux
et les remparts de Lagorce, Les Vans et La Bastide de Virac.
Grâce à l'intervention du Comte du ROURE de Barjac, qui était
catholique, le
château est en parti épargné. Seuls les mâchicoulis et
les échauguettes sont
démolis tandis que la partie centrale et les deux grosses tours sont rasées
de
deux étages.
Ces tours porteront désormais les "toits de l'infamie" (toits
inclinés). Les deux autres tours furent entièrement rasées.
Les
remparts du village sont aussi démolis.
La Monarchie voulant maintenir l'église catholique comme église d'Etat, on verra
au fil des ans se multiplier les interdits à l'encontre des gens faisant
profession
de la religion prétendue réformée, pour en arriver
bientôt
aux brimades à l'encontre
des Protestants afin de les obliger à céder, et obtenir leur conversion.
En 1681, Louis XIV
organise les dragonnades et révoque l'Edit de Nantes le 17 octobre 1685. Le
comte
du ROURE se convertit alors au catholicisme. Le château est sauvé mais les camisards
mettent le feu aux écuries et à une partie du village après avoir incendié l'église
et tué les catholiques réfugiés à l'intérieur. Les protestants, révoltés dans
les Cévennes, sont appelés "camisards" car ils portaient souvent de grandes chemises
ou "camises" sur leur pantalon pour se reconnaître entre eux.
En 1787, Louis
XVI signe l'édit de tolérance qui accorde aux protestants l'état civil. Le culte
est toléré. Il faut attendre la déclaration des Droits de l'Homme par l'Assemblée
Nationale Constituante en 1789 pour retrouver la liberté religieuse.
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ARCHITECTURE
Le château fut un bastion protestant et a été rasé de deux étages
sous Louis XIII et Richelieu à cause de cette appartenance protestante.

La cour intérieure :
la porte d'origine, qui était
la seule entrée du château,
était fermée par une barre que l'on tirait simplement
: c'était
le système de fermeture des églises
et des châteaux. En cas d'attaque, on entassait de grosses pierres
pour la renforcer. Des clous, forgés à la main, la consolidaient à l'extérieur.
Un système
de défense supplémentaire est visible au-dessus de cette porte
: quatre corbeaux supportaient
les mâchicoulis par
lesquels on jetait l'eau bouillante, la poix fondue, les pierres
sur les assaillants.
Des deux côtés de
l'entrée, des tours possèdent, à chaque étage, des meurtrières qui
complétaient cette défense.
Le rocher sert de fondation au château. Toutes les pièces du
rez-de-chaussée
sont
construites dans cette roche.

Le balcon donnant sur la cour intérieure a été construit vers 1503
par une équipe de maçons italiens, ce qui explique le style florentin des consoles.
C'est à cette époque que le château a été rendu plus habitable.
Un exceptionnel escalier à vis conduit à la magnanerie et à l'atelier
de
la
soie.
La visite du château permet également de découvrir
des plafonds à la
française d'origine (XVème siècle),
une cheminée monumentale (datant de 1584), des meubles paysans anciens,
des
manuscrits,
des collections, une rétrospective sur la répression du protestantisme
en Languedoc.
Le chemin de ronde, d'architecture unique, offre une vue panoramique
sur les Cévennes, du Mont Lozère au Mont Gerbier-de-Jonc, et sur
le Bas-Vivarais. Son caractère unique vient du fait que les 4 tours, le
donjon, une échauguette et tout ce qui était défensif ayant été
partiellement ou totalement rasé en
1629 sous Louis XIII et Richelieu, il domine de ce fait
les toitures du village et la cour intérieure.
Sous le chemin de ronde
se trouvent
des
gargouilles
par
où l'eau
de pluie s'écoule.
MUSEE DE LA SOIE
- La magnanerie du château et la filature
La magnanerie est la pièce où sont élevés les vers à soie.
Actuellement, l'élevage fait au château n'a
qu'un but pédagogique.
Les vers à soie se
nourrissent uniquement de feuilles de mûrier.
Autrefois, les paysans n'élevaient
qu'une bande de vers à soie et mettaient les oeufs à éclore dès que les
mûriers
prenaient leurs feuilles.
Aujourd'hui, les oeufs sont mis à éclore toutes les
semaines afin de pouvoir présenter au public le cycle complet de l'élevage du
vers à soie.
Il
faut
savoir
que
la période idéale pour éduquer les vers à soie se situe au printemps. En été,
il fait trop chaud et trop sec pour eux.

Des oeufs, appelés "graines" donneront
naissance aux vers à soie. Pour éclore ces oeufs, il faut les conserver à une
température constante de 20 degrés environ. A leur naissance, les vers à soie
sont
noirs
et très petits, de 2 à 3 mm environ. C'est le premier âge. Les vers deviennent
plus clairs, grandissent et grossissent très vite. Ils prennent 10.000
fois leur poids en 6 semaines et mesurent, alors, 7 à 8 cm. Pour atteindre
ce stade, les vers changeront 4 fois de peau.
Après la première mue, c'est le deuxième âge.
Les vers à soie se remettent à manger pendant 4 à 5 jours puis, ils effectuent
leur deuxième mue. Le troisième âge commence et dure de 6 à 7 jours. La troisème
mue achevée, Il va falloir 4 repas par jour. Le quatrième âge dure entre 7 et
8 jours. Après la dernière mue, c'est le cinquième âge ; il faut prévoir 5 repas
par jour pendant les 8 à 10 jours qui précèdent la montée en bruyère. Les vers
mangent alors sans arrêt avec un bruit d'averse.
Nous arrivons maintenant à la phase finale de l'éducation du vers à soie. L'éducateur
sent l'odeur particulière de la soie qui se répand dans la magnanerie. Le vers
perd progressivement son appétit, son corps prend la couleur jaune, couleur de
la soie, il devient presque transparent. Il est prêt à tisser son cocon. C'est
le moment de mettre la bruyère. L'éducateur la dispose en forme d'arceaux, les
"cabanes".
Le
vers va alors monter le long des arceaux et se promener le long des rameaux
jusqu'à ce qu'il ait trouvé sa place pour faire son cocon. Il se fixe ensuite à l'aide
de fils de soie et commence à tisser son cocon en décrivant sans arrêt avec
sa bouche un tracé en forme de 8. Il sécrète la soie par la bouche. Cette
substance semi-liquide appelée bave va se solidifier en un
fil
au
contact de l’air ; elle est constituée de fibroïne (le
fil proprement dit), de séricine ou grès, colle destinée à relier
les fils entre eux et d'une matière colorante. Pendant deux à trois
jours, le vers va
sécréter, à l'aide
de
ses
deux glandes à soie,
un long fil de soie de 800 à 1.500 mètres de longueur.
Lorsque le vers commence à tisser son cocon, on le voit travailler car
la soie est transparente. Peu à peu, la paroi s'épaissit, se durcit, et
on ne voit plus le vers. En 3 ou 4 jours, le cocon est terminé. Il comprend
deux enveloppes : une extérieure, formée d'un fil très lâche, la plage,
et une intérieure, très
serrée, constituant le long fil de soie. Une fois le cocon terminé, le
vers se transforme en chrysalide.
Cette chrysalide reste immobile,
apparemment sans vie, puis au bout de 15 à 20 jours selon la température,
la métamorphose
s'accomplit, et, un beau matin, le bombyx du mûrier sort de son cocon.
Pour pouvoir sortir de son enveloppe, le papillon secrète un liquide qui
ramollit l'extrémité du
cocon lui permettant d'écarter les fils et de se frayer un passage. C'est
généralement
le matin que le papillon voit le jour. Il ne mange pas, ne vole pas ; il
est là uniquement pour assurer la reproduction. C'est un papillon nocturne,
blanc grisâtre, au corps mou et peu attrayant. La mâle est plus petit que
la femelle, il est aussi plus agité et bat des ailes pour attirer sa
compagne. La papillon femelle a un abdomen volumineux plein d'oeufs prêts à être
fécondés. Mâle et
femelle s'accouplent pendant plusieurs heures. Le mâle ne tarde pas à mourir
et la femelle également dès qu'elle a pondu sa graine, 500 à 600 oeufs.
Ces oeufs sont conservés au frais pendant l'hiver.

Jadis, pour faire éclore
les graines de vers à soie, les grands-mères les portaient dans des
poches, les nouaient sous leur jupe. Puis, le castelet a été inventé. C'est le
système
du chauffage central. Une lampe à huile chauffait l'eau contenue dans les
tubes, les graines étaient
disposées dans les tiroirs. Au-dessous, les hachoirs à feuilles.
Quand
l'hiver naissait, on hâchait les feuilles du mûrier pour que les vers
puissent manger plus facilement.
Depuis Olivier de Serre, agronome français (1539-1619) l'élevage
des vers à soie
florissait en Ardèche et le château des Roure était une grande ferme comme
toutes les autres fermes de la région.
C'était
une des plus grandes magnaneries de la région.
Photos de la magnanerie
Photos de la filature
RESTAURATION
Ayant toujours été habité, le château est en bon état.
Seul un entretien régulier tous les ans est impératif.
Les toitures seraient cependant à refaire et, parmi les projets de restauration,
un dossier est en train d'être monté avec l'Architecte en Chef des Monuments
Historiques de Lyon afin de remonter les 4 tours, de refaire les mâchicoulis
et tout l'appareil défensif de l'époque.
OUVERTURE AU PUBLIC
Visite commentée en 4 langues.
Juillet et août
tous les jours de 10h à 19h*
De Pâques au
30 juin et du 1er au 30 septembre de 14h à 18h*,
fermeture hebdomadaire le mercredi
Pour les groupes, de mars à octobre, sur réservation
* Dernier départ de visite
CONTACT
Château des Roure
07150 LABASTIDE-DE-VIRAC
Tél 04 75 38 61 13
Fax
04 75 38 68 28
Portable
06 85 72 27 99
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