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Classé Monument Historique ainsi que son
parc, le château de Saint Fargeau domine la petite ville du
même nom de ses hautes tours.
HISTORIQUE
Les fondements primitifs du château remontent à
995, date à laquelle HÉRIBERT, frère naturel
de Hughes Capet, et évêque d'Auxerre, entreprend de
bâtir un château-fort comme rendez-vous de chasse et
lieu de retraite. La terre de Saint-Fargeau cesse d'appartenir aux
évêques d'Auxerre à partir du XIème siècle.
Après la guerre de succession de Bourgogne
en 1147, une partie des terres de Puisaye, dont les châtellenies
de Toucy, de Saint-Fargeau et Bléneau, qui étaient
sous la suzeraineté de Hughes de CHALON, évêque
d'Auxerre, deviennent les propriétés des vicomtes
de Narbonne. Ithier II son fils, lui succède comme seigneur
de Toucy. Il part pour la Terre Sainte où il meurt en 1097.
Six seigneurs de la même famille illustre, tous croisés,
continuent la descendance jusque vers l'an 1250. Le dernier seigneur,
Jean de TOUCY, mort à la septième croisade, laisse
une fille unique, Jeanne, dernière descendante de cette famille
de grands seigneurs.

Jeanne de TOUCY épouse en 1255, Thibaud, comte de BAR. Avec
lui commence la lignée des seigneurs de Bar, de Toucy et
de Saint-Fargeau qui, y compris les Montferrat, se continue jusqu'en
1450. Ce n'est qu'au début du XVème siècle
que la châtellenie de Saint-Fargeau est par eux appelée
la seigneurie de Puisaye. C'est Philippe de VALOIS qui en 1344 accorde
au comte Henri IV de BAR le titre de seigneur de Puisaye pour lui
et ses successeurs.
Les seigneurs de Saint Fargeau de la maison de Bar sont dans l'ordre
: Thibaud II, Comte de Bar, mort en 1317 ; Jean II, mort avant 1325
; Edouard I, mort en 1337, et Henri IV de Bar qui meurt en 1344
en laissant une veuve de 18 ans, Yolande de FLANDRES, et deux enfants
Edouard et Robert.
Edouard étant décédé en 1352, Robert
obtient le titre de duc par dispense d'âge et reste le seul
héritier de tous les domaines de son père. En raison
de son jeune âge, il ne peut les administrer lui-même
et c'est sa mère qui gère les biens comme régente,
en même temps qu'elle gouverne par ses droits de dame douairière.
En 1385, elle cède ses terres de Puisaye à son fils.
Elle décèdera en 1395.

En 1364, Robert avait épousé Marie, deuxième
fille du roi Jean LE BON, petite-fille de Philippe de VALOIS, et
soeur de Charles VI. Ils eurent plusieurs enfants. A la mort de
Robert, son fils Jean lui succède.
Il est, avec son frère Edouard, fidèle à Charles
VI malgré la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Ils seront tués tous deux en 1415 à la bataille d'Azincourt.
Le cardinal Louis de BAR, frère de Jean et d'Edouard, hérite
de la grande seigneurie de Puisaye. Ruiné par les désastres
de la guerre, il doit emprunter 2.000 écus d'or au sire de
la Trémouille. IL meurt peu de temps après en 1430,
en ayant légué la terre de Saint-Fargeau à
Jean-Jacques PALEOLOGUE, marquis de MONTFERRAT, son neveu, fils
de Jeanne de BAR, sa soeur.
Saint-Fargeau est encore sous l'hypothèque faite par le sire
de la Trémouille contre le cardinal de BAR. Jusqu'en 1446,
celui-ci avait fini par se considérer comme le véritable
seigneur de Saint-Fargeau. La terre de Puisaye est rendue par lettre
royale au fils de Jean-Jacques de MONTFERRAT, qui s'est acquitté
de la dette familiale.
En 1450, la terre de Saint-Fargeau est vendue à Jacques COEUR
et c'est à cette occasion, que le fils du sire de la Trémouille,
désireux de rester propriétaire de Saint-Fargeau,
gardera un tenace ressentiment envers le nouveau propriétaire.
Jacques COEUR, arrêté en 1451 et emprisonné
pendant 22 mois, meurt en 1456 sans avoir fait aucune construction
à Saint-Fargeau.

En 1453, les terres et seigneuries de Puisaye sont mises en ventes
aux enchères au profit du Roi Charles VII et échoient
à Antoine de CHABANNES, comte de Dammartin. C'est lui qui
fera chemiser l'ancienne forteresse d'un épais manteau de
briques. Son mariage avec Marguerite de Nanteuil, comtesse de Dammartin,
lui permet de rentrer en grâce auprès du Roi, qu'il
s'attache alors à servir avec fidélité. Ce
zèle lui vaut bientôt la haine du dauphin, futur Louis
XI, révolté contre son père. Celui-ci devenu
roi condamne Antoine de CHABANNES au bannissement et confisque ses
biens.
Sa peine est commuée en un emprisonnement à la Bastille
et ses terres de Puisaye sont rendues au fils de Jacques COEUR,
Geoffroy. Mais CHABANNES réussit à s'évader
et, tendant un piège à Geoffroy COEUR, réussit
à rentrer en possession de son ancienne seigneurie.
Louis XI, cherchant à mettre Antoine de CHABANNES de son
côté, le rétablit promptement dans ses possessions
et le nomme Grand Maître d'Hôtel de France. Il l'appelle
plusieurs fois au commandement en chef de ses armées. C'est
en 1467 que CHABANNES entreprend la reconstruction du vieux château
de Saint-Fargeau, et il commence par la grosse tour qu'on a attribuée
à Jacques COEUR. Il en fait un château de défense
militaire des plus impressionnants. Il meurt en 1488, à l'âge
de 77 ans, laissant un fils Jean qui vient habiter à Saint-Fargeau.
Celui-ci renoue des relations avec les héritiers de Geoffroy
COEUR et établit avec eux un compromis qui, moyennant une
rente annuelle, lui permet de se considérer comme le légitime
seigneur de Saint-Fargeau.

La fillle de Jean de CHABANNES épouse en 1515, René
d'ANJOU, grand seigneur qui avait pris part à la campagne
d'Italie en 1507, et qui avait toujours suivi François 1er.
Ils ont un fils, Nicolas. En 1541, François 1er fait ériger
en comté les terres de Saint-Fargeau et de Puisaye. Nicolas
d'ANJOU habite et transforme Saint-Fargeau en une riche demeure
seigneuriale. Il est l'auteur de la façade extérieure
qui relie la grosse tour du Donjon aux deux tours d'entrée.
A sa mort, en 1580, sa fille Renée d'ANJOU, unique survivante
de cinq enfants, apporte en mariage à François de
BOURBON, duc de Montpensier, le comté de Saint-Fargeau qui
avait été érigé en duché-pairie
en 1575 pour ce prince et ses descendants. Son fils, Henry de BOURBON,
valeureux guerrier de Henri IV, est nommé gouverneur de la
Normandie.
Marié à Henriette, duchesse de Joyeuse, il meurt en
laissant une fille de trois ans, Marie Henriette de BOURBON MONTPENSIER.
Henri IV, pour remercier son fidèle serviteur, et en témoignage
d'affection et d'estime, fiance la jeune fille à son fils,
le duc d'Anjou. Le mariage a lieu le 6 août 1626, béni
par le Cardinal de Richelieu. Ils auront une fille, Anne-Marie Louise
d'ORLÉANS, duchesse de Montpensier et de Saint Fargeau, née
au Louvre le 29 mai 1629, la "Grande Mademoiselle".
Envoyée en exil par son cousin le roi Louix XIV, du fait
de sa participation active à la Fronde des Princes, elle
se rendra à Saint-Fargeau où elle entreprendra des
travaux considérables. Elle fait intervenir François
LE VAU sur les façades de la cour intérieure et lui
fait dessiner les plans d'un Jardin à la Française
qui précédait le parc anglais actuel créé
par M. de Mortefontaine en 1808.
Elle
fait aménager de somptueux appartements, et construire un
théâtre. Elle épousera secrètement LAUZUN
à qui elle cède le duché de Saint-Fargeau.
Elle meurt en 1695 à l'âge de 66 ans. Lauzun ne s'attacha
guère au château. Dès 1714, il vendit terres
et château de Saint-Fargeau au grand financier Antoine de
CROZAT. Il revendit dès 1715 le château à Michel
Robert LEPELETIER des FORTS qui fait élever l'aile qui porte
maintenant son nom, aile des Forts. Son fils, Michel Etienne LEPELETIER
lui succède comme comte de Saint-Fargeau. Le titre de duché
a été perdu en sortant de la famille de BOURBON.
En 1752, un grave incendie ravage les trois quarts du château
et une partie de la ville. L'aile Nord, c'est-à-dire la partie
XVème, est atteinte la première, puis les flammes
envahissent les combles, ruinent les toitures et les aménagements
intérieurs XVIIème. Les murs restent debout et rien
n'est changé de l'aspect extérieur du château.
Mais, hélas, il ne reste plus rien des luxueux appartements
de la Grande Mademoiselle.
Michel Etienne LEPELETIER décède en 1778. Son fils,
Louis Michel, a alors 18 ans. Ses héritiers conserveront
le château jusqu'en 1968, date à laquelle ils le vendront
à une société belge qui le conservera dix ans.
Resté dans la famille par les femmes jusqu'en 1960, le château
devra être vendu par madame d'ORMESSON, vu l'ampleur catastrophique
des travaux à y effectuer. En 1979, il est acquit par MM.
Michel et Jacques GUYOT, dans le but de le restaurer et de le faire
connaître en l'ouvrant à la visite. Monsieur et madame
Michel GUYOT, actuels propriétaires, ont choisi d'y consacrer
leur vie.
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ARCHITECTURE

La construction d'Antoine de CHABANNES enveloppe un château
pentagonal de la première moitié du XIIIème
siècle, agrémenté de 6 tours surmontées
d'élégants lanternons. Ces tours en grès ferrugineux
sont parées d'archères
à embrasements simples, servant de noyaux aux grosses tours
de briques. Ces dernières sont équipées à
la base, de galeries de contre-mines percées de canonnières
pour feux rasants. Ces galeries permettaient à la fois d'écouter
d'où provenait la mine de l'assaillant et servaient, au moment
de l'explosion de la mine, de vase d'expansion pour les gaz, évitant
la dislocation des oeuvres vives de la maçonnerie.
La forme de l'ouverture de tir évolue dans les campagnes
de travaux d'Antoine de CHABANNES, depuis l'arbalétrière,
canonnière à croix pattée,
jusqu'à l'embrasure horizontale surmontée d'un évent
pour la ventilation de la casemate.

Au XVIIème siècle, on doit au célèbre
achitecte Louis LE VAU, la magnifique cour d'honneur, chef d'oeuvre
du classicisme, avec son grand perron semi-circulaire, la chapelle,
les tours surmontées de lanternons et un jardin
à la Française, remplacé aujourd'hui par un parc
anglais créé en 1809 par M. LEPELETIER de MORTEFONTAINE,
époux de Suzanne LEPELETIER.
Lorsqu'on pénètre dans la cour, on reste stupéfait
par tant d'harmonie de formes et de couleurs et par l'ordonnance
majestueuse du grand escalier, surmonté d'une coupole, qui
mène à la chapelle. Les blasons qui ornaient les façades
ont été effacés pendant la Révolution
; il n'en reste que les initiales AMLO (Anne Marie Louise d'Orléans,
la Grande Mademoiselle) que l'on peut voir à plat sur les
murs du dôme en particulier.
Tous les lanternons sont de style italien ; avant le premier incendie,
ils étaient surmontés de girouettes en ferronerie
d'art.
Au XVIIIème, Michel LEPELETIER des FORTS fait bâtir
l'aile dite "des Forts" qui contraste avec la beauté
des autres bâtiments. Du temps de la Grande Mademoiselle,
elle était surmontée d'une terrasse crénelée.
Deux incendies importants ravagèrent le château, l'un
en 1752 qui détruisit entièrement les appartements
de la Grande Mademoiselle dans l'aile Montpensier.
La tour "Jacques Coeur" ou tour du Moulin souffrit de
cet incendie, ainsi que l'ancien théâtre de la Grande
Mademoiselle, situé dans les tours jumelles d'entrée.
La Tour "Jacques Coeur" est la plus grosse tour du château,
36 x 24 mètres de diamètre. C'est une tour ovale.
Jusqu'au XVIIème, elle possédait une entrée
avec pont-levis.
Son toit est ouvert en forme d'entonnoir et légèrement
incliné intérieurement à l'Ouest en fonction
des pluies plus fréquentes. Ainsi, il sert à la fois
de puits de lumière pour éclairer la tour de l'intérieur
et de récupérateur d'eau de pluie.
Le second incendie eut lieu en 1853 et ravagea la salle des Gardes
aujourd'hui remise en état, et tous les salons que l'on peut
visiter actuellement et qui ont été restaurés
à partir de 1860 par le marquis de BOISGELIN.
Toitures :
Les toitures du château et des écuries représentent
une surface de 20.000 m2. Le château à lui seul représente
15.000 m2. 50 ardoises sont nécessaires pour couvrir 1 m2,
soit une quantité de 750.000 ardoises pour la seule couverture
du château. L'ardoise utilisée ici provient de Trélazé,
près d'Angers ; c'est une ardoise de qualité Monuments
Historiques.
Charpentes :
La construction des charpentes remonte au XVI et XVIIème siècles.
Après plusieurs incendies, elles furent reconstruites au XVIIII
et XIXème siècles. Elles sont réalisées
en coeur de chêne. Environ 1.200 m3 de bois furent nécessaires,
soit l'équivalent d'une forêt de 60 hectares.
La quasi-totalité des assemblages est réalisé
selon le principe tenon-mortaise, les chevilles sont en acacia.
L'apparition des pièces métalliques date du XIXème
siècle.
INTERIEURS
Les appartements de la Grande Mademoiselle ont été entièrement
restaurés. On peut également admirer une bibliothèque
du XIXème siècle entièrement réalisée
en chêne et équipée de tablettes de consultation
qui contient environ 2.000 livres. Son parquet est en point
de Hongrie.
PARC

Un magnifique parc anglais de 120 hectares (autrefois par à
la française de 42 hectares), planté de superbes et
vieux chênes, s'étend jusqu'à la ligne d'horizon.
Des plantations très variées d'arbres centenaires longent
une immense pièce d'eau.
Tout un paysage plein de charme et de majesté à l'image
de la demeure altière de l'illustre Grande Mademoiselle.
RESTAURATION
Mr Guyot a acquis le château dans un état de délabrement
total et l'a restauré entièrement : toitures, intérieurs...
 
L'escalier de la Grande Mademoiselle a été
reconstitué le 1er octobre 1989.
La salle des Gardes a été restaurée durant
l'hiver 1981-82. Elle avait été incendiée en
1882 et avait été transformée en théâtre
en 1927. Au XVIIème, c'était la plus grande salle
des Gardes de France.
La Galerie des Portraits, longue de 28 mètres de long, desservait
les appartements de la Grande Mademoiselle au XVIIème. Elle
a brûlé entièrement en 1752 et est restée
à l'abandon pendant plus de deux siècles. La restauration
de cette partie du château a eu lieu durant l'hiver 1979-1980.
Seul le lanternon de la tour du Trésor reste à restaurer.
Le cadran solaire donnant sur la cour intérieure, dont la
pointe représente une fleur de lys, est lui aussi encore
à restaurer.
OUVERTURE AU PUBLIC
Le château de Saint Fargeau se visite tous
les jours, du 1er avril au 11 novembre, de 10 h à 12 h et
de 14 h à 18 h. Visite libre des appartements restaurés
(aile Montpensier) et du parc. Visite guidée des appartements
meublés et des greniers.
Le spectacle historique du château a lieu tous les vendredis
et samedis du 9 juillet au 20 août à 22 heures.
Monsieur Michel GUYOT est également un passionné de
locomotives et veut sauver ce patrimoine ferroviaire. Des locomotives
à vapeur en cours de restauration sont exposées dans
le parc.
Enfin, il serait dommage de ne pas citer ici le
château médiéval de Guedelon. Michel
Guyot est l'initiateur de cette construction "à l'identique"
d'un château-fort du Moyen-âge.
CONTACT
Château de Saint-Fargeau
89170 Saint-Fargeau
Tél. 03 86 74 05 67
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