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INTRODUCTION
Le château est le symbole de la puissance
des seigneurs. Les premiers châteaux furent élevés
en Europe à la fin du IXe siècle. Leur apparition
coïncide avec l'affaiblissement du pouvoir central et la lutte
entre les premiers seigneurs féodaux pour délimiter
leur territoire. Très vite, le château cristallisa
autour de sa position dominante et de ses éléments
militaires, effectifs ou purement symboliques, la puissance du seigneur
et son contrôle sur la région environnante et sur ses
habitants. Le château pouvait être un retranchement
militaire, en particulier au Moyen Âge, mais il était
surtout un lieu de pouvoir administratif et judiciaire.
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UNE FONCTION MILITAIRE ET ADMINISTRATIVE
A. Les premiers châteaux

Le premier type de château fort qui s'imposa à l'Europe,
à partir du Xe siècle, fut la butte artificielle en
terre de forme tronconique : la motte.
Celle-ci était conçue pour supporter une tour défensive
et parfois résidentielle, généralement construite
en bois ; certaines, plus importantes, pouvaient accueillir d'autres
édifices. La plupart du temps, la motte était défendue
par un fossé et la tour par une enceinte. Lorsqu'elle abritait
une résidence, la motte était accompagnée d'une
basse-cour où se trouvaient divers bâtiments de service,
situés en contre-bas et également protégés
par une enceinte et par un fossé. Cette toute première
forme de château fort persistera dans certaines contrées
jusqu'au XIIe siècle. Il ne reste malheureusement le plus
souvent aucune trace de ces constructions en bois.

B. Les châteaux maçonnés
La fin du XIIe siècle marqua une nouvelle étape dans l'évolution
du château. Si, dans la période antérieure, nombre de tours et d'enceintes
pouvaient être en bois, à partir de cette époque, la tendance fut
à l'utilisation de plus en plus fréquente de la maçonnerie afin
de résister au feu (les mâchicoulis
remplacent, à cette époque, les hourds
trop vulnérables au feu). L'autre tendance fut celle de la régularisation
des plans des enceintes, constituées de murs crénelés - les courtines
- flanqués de tours circulaires, beaucoup plus hautes. Le logis
et les bâtiments de service s'adossent aux courtines, à l'intérieur.
Ces diverses consolidations serviront essentiellement à mieux protéger
le donjon construit à l'endroit le plus inaccessible, et dernier
lieu de repli au sein d'un système de défense concentrique (à noter
que les étages des tours et du donjon ne correspondent que par des
trappes munies d'échelles amovibles). Lorsque plus tard, pour la
commodité de la vie, des escaliers à vis seront installés dans l'épaisseur
des murs ou dans les tourelles d'angle, ils ne relieront que deux
étages à la fois, l'accès aux deux étages supérieurs se faisant
par un autre escalier. Si, parfois, la tour maîtresse - le
donjon - se trouve au centre,
le plus souvent elle est associée aux courtines. Elle se distingue
des autres tours par une hauteur plus importante. Comme pour les
enceintes castrales construites en bois, l'ensemble de ce système
ne vise encore qu'à décourager l'ennemi par une multiplication d'obstacles
successifs : c'est encore de fait une défense passive.
Il
faut établir une distinction entre l'enceinte à but uniquement défensif
et les bâtiments à usage résidentiel, situés à l'intérieur. Les
ouvertures dans les murs, fenêtres ou fentes de tir, sont rares
et étroites, jamais disposées les unes en dessous des autres afin
de conserver aux murs leur résistance ; les vitres n'existant pas,
les fenêtres sont bouchées par du papier huilé, ou simplement obstruées
par de gros volets de bois. Des latrines en encorbellement au-dessus
des fossés permettent un minimum d'hygiène. On ne trouvera pas ici
d'oubliettes : un cachot les remplace. En effet, le prisonnier est
une monnaie d'échange que l'on a tout intérêt à conserver en vie.
Il n'y a pas de différenciation entre les pièces d'habitation. A
l'origine, le solier du donjon (ou grande salle) sert à tous les
usages : chambre, on y couche à plusieurs dans un immense lit carré
à courtines, recouvert de fourrures ; salle à manger, les tables
à tréteaux y sont montées et démontées à chaque repas (le service
se fait le plus souvent par la fenêtre à l'aide de paniers d'osier,
les escaliers étant trop étroits) ; salle de conseil où seuls le
seigneur et sa dame ont droit à une chaire, les autres étant assis
par terre sur des carreaux (coussins) ou sur le sol recouvert de
fourrures ou de foin selon la saison (tapis et tapisseries sont
accrochés aux murs). Il n'y a pas de cuisine, les âtres des grandes
cheminées des salles en tiennent lieu, mais le pain et les pâtisseries
cuisent dans les fours de la basse cour. On trouve parfois un système
d'écoulement de l'eau du puits vers cette basse cour, qui est le
seul élément de confort de ces demeures.
Ce système ne fut remis en cause qu'à partir de la seconde moitié
du XIVe siècle, avec l'apparition de nouveaux modèles de châteaux.
Lorsque les murs présentent une assez forte épaisseur, on réserve
des bancs en pierre dans les ébrasements, à l'intérieur des fenêtres.
Placé dans l'intérieur de la baie, le meneau
peut séparer ce banc en deux stalles et se terminer en accoudoir.
Les personnes assises tournent alors le dos au jour. Quand les murs
sont très épais, comme par exemple dans les châteaux fortifiés,
les bancs sont disposés perpendiculairement au jour, le long
des deux ébrasements si la fenêtre est large, ou d'un seul
côté si la fenêtre est étroite. Une grande salle, décorée de statues
de preux ou de preuses, fait office de salle de réunion. Les repas
y sont animés du spectacle des ménestrels, et l'on y danse presque
tous les soirs. Seul le service de Dieu, célébré tous les matins,
a requis dès le début un lieu spécial et la chapelle est un élément
obligé du château.
Quelle que soit leur importance, les châteaux du Moyen-Age peuvent
être divisés en deux catégories : les châteaux de hauteur surplombant
le village et surveillant l'horizon qui décourageaient l'escalade
par leur position dominante et leurs murs élevés ; et les châteaux
de plaine protégés par leurs douves pleines d'eau. Dans tous les
cas, l'entrée dans le château se faisait par un pont-levis.
Les plus archaïques étaient relevés par des chaînes qui sortaient
directement du mur par des fentes pratiquées dans la façade. Ce
modèle d'un maniement pénible fut très vite remplacé par le dispositif
à bascule dans lequel les bras viennent s'encastrer dans des cavités
verticales ménagées à cet effet dans le mur extérieur, tandis que
le contrepoids intérieur s'équilibre avec le poids du pont et en
rend l'utilisation aisée.
C. Les premiers éléments de confort

Au XIVe siècle, les courtines perdirent leur fonction uniquement
militaire, et abritèrent également les appartements. Les points
de défense se concentraient dans les parties basses, percées d'étroites
archères,
et dans les parties hautes, ceinturées de mâchicoulis
, alors que les niveaux intermédiaires, percés de grandes baies,
servaient à la résidence. Par ailleurs, les courtines montent parfois
jusqu'au sommet des tours, afin de former une terrasse sommitale,
probablement pour y déployer de l'artillerie mécanique ou à poudre.
Outre la terrasse, l'autre système en usage à cette époque, pour
le couronnement au-dessus des mâchicoulis,
consistait à élever, au sommet des tours, des tourelles plus grêles
destinées à abriter deux niveaux supplémentaires couverts d'un toit
en poivrière. Enfin, à partir de cette époque, on assista
à la multiplication des éléments de confort : grands escaliers à
vis, appartements reliés par des galeries, étuves, jardins d'agrément.
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UNE RESIDENCE NOBILIAIRE
A. Les premières résidences
de prestige
À la fin du XVe siècle, le château perdit sa fonction militaire pour
n'être plus qu'une résidence noble. Les causes en furent le renforcement
du pouvoir central, reprenant en main les affaires militaires, mais
également le perfectionnement de l'artillerie et l'invention du boulet
métallique, auquel les défenses traditionnelles ne pouvaient plus
résister efficacement. La défense fut alors confiée aux places fortes,
contrôlées par le pouvoir central. Aussi, le château se transforma-t-il
en une luxueuse résidence nobiliaire, conçue suivant les courants
stylistiques successifs, mais conservant parfois, de façon symbolique,
certains éléments de l'ancien château fort médiéval, comme les tours
et les fossés.
B. Les châteaux de la Renaissance
À l'avènement de François 1er, en 1515, l'Italie influença fortement
le parti des résidences nobles, notamment les châteaux royaux entrepris
dans la vallée de la Loire, notamment celui de Chambord ci-dessous.
Bien
que la profusion du décor et la confrontation de deux styles donnent
au château de la Renaissance un aspect hétéroclite, son plan est pourtant
régulier : on retrouve le quadrilatère, flanqué de tours, des châteaux
forts de plaine du Moyen Âge. L'un des côtés a été abattu sur la perspective
d'un jardin. Percées dans les murs, les fenêtres sont plus larges
et plus nombreuses ; leur ornementation, héritée encore du Moyen Âge,
est particulièrement riche. La grosse tour, symbole toujours vivant
de la noblesse du lieu, est conservée. Le maître de maison n'est plus
uniquement homme de guerre. S'il aime encore la chasse et les jeux
du corps, il est aussi philosophe, poète et collectionneur. Une galerie
abrite les sculptures antiques que l'on a fait venir à grand prix
d'Italie. Etroite et longue, établie au-dessus des arcades aux arc
surbaissés, elle est éclairée par des fenêtres
à meneaux de pierre, munies de petits carreaux ou, mieux,
de vitraux historiés. Une cheminée monumentale au manteau enrichi
de sculptures et de cartouches peints en occupe le fond. Des tapisseries
ou des fresques décorent les longs murs aveugles. Cette galerie est
une nouveauté dont la mode est venue d'Italie à la fin du 15ème siècle.
On y donne des fêtes somptueuses ; on y écoute de la musique polyphonique
de plus en plus sophistiquée. La nuit
peut se terminer à la lueur des torches dans les jardins animés de
statues à la mode italienne, colorés de parterres taillés à la française
et qui sont, désormais, le prolongement de l'architecture. Le nymphée,
sorte de grotte artificielle incrustée de coquillages vrais ou faux,
décorée de figures sculptées ambigües, est un lieu de rêve, de dépaysement,
et aussi de débauches.
Mais derrière toutes ces fêtes gronde la guerre civile. Les luttes
religieuses, fanatiques, meurtrières, iconoclastes, déchirent la France.
On affiche un catholicisme qui n'est pas toujours sincère, mais la
chapelle reste un élément constant des grandes demeures. Son architecture
n'a guère changé depuis trois siècles. Le gothique est devenu plus
flamboyant. Il proclame, dans une époque en pleine mutation, la continuité
de la foi tandis que se tiennent parfois d'étranges "messes noires"
dans les souterrains des châteaux.

Au cours du 16ème siècle, l'architecture nouvelle va chercher un équilibre,
une symétrie, une noblesse des formes capables de rassurer cette inquiétude
des âmes. L'emploi des ordres antiques, le calcul mathématique d'une
juste proportion annoncent ce que sera le classicisme. L'escalier
monumental à rampes droites, voûté de caissons de pierre, axé au centre
de la façade remplace la tourelle en hors-d'oeuvre qui, au Moyen Âge,
abritait l'escalier à vis. Il dessert les appartements à droite et
à gauche de ses larges paliers. Mais ces appartements sont encore
incommodes : des pièces petites, encombrées de meubles peu variés,
immenses, lourds (coffres et crédences hérités du Moyen Âge mais décorés
au goût italien, lits à courtines). Il n'existe encore ni armoires,
ni commodes. Les chambres sont souvent précédées de petits cabinets
qui servent d'antichambres où dorment par terre, sur des paillasses
que l'on replie chaque matin, les domestiques particuliers. Les autres,
très nombreux, couchent dans les soupentes ou les écuries. Les latrines
du Moyen Âge sont oubliées : des chaises percées les remplacent. Il
n'y a pas de salle à manger : les repas sont pris presque toujours
dans les chambres sur les nouvelles tables à rallonges venues d'Italie.
Par contre, il existe une cuisine, très vaste, mais les instruments
culinaires, eux, n'ont guère changé depuis le Moyen Âge.
C. Les châteaux de plaisance et d'agrément
Durant les XVIe et XVIIe siècles, on assiste également à la multiplication
des châteaux d'agrément, simplement utilisés lors des chasses. C'est
le cas du petit château édifié à Versailles pour Louis XIII en 1624.
Le château de cette époque est totalement ouvert sur l'extérieur et
se compose d'un corps principal, entre cour et jardin, flanqué de
pavillons aux extrémités. Au milieu du XVIIe siècle, le château, répondant
à un souci de prestige, se fit de plus en plus somptueux.
Au XVIIIe siècle, de nombreux châteaux furent conçus comme des pavillons
au plan relativement simple et dont les formes sont empreintes d'un
certain classicisme.
L'intérieur montre un souci nouveau de confort et d'intimité. Le
vestibule d'entrée est débarrassé de l'escalier central qui est
rejeté sur le côté ce qui permet une meilleure distribution des
pièces et la mise en valeur du salon qui n'est plus la pièce monumentale
du siècle précédent, uniquement réservée aux réceptions. C'est plutôt
un salon "de compagnie" où il fait bon causer. De forme ovale, il
est décoré de lambris, éclairé de hautes baies donnant sur un parc
anglais, de grands miroirs. Une pièce spéciale est maintenant réservée
aux repas : la salle à manger est née chauffée par des poêles de
faïence
dont la mode est venue d'Allemagne. La cuisine est située au sous-sol
et, si tous les châteaux ne sont pas équipés de systèmes mécaniques
pour faire monter les tables servies au milieu de la salle à manger,
les plats arrivent plus chauds. Le grand escalier orné de sa rampe
en fer forgé mène à l'étage (celui de la réception en ville, et
celui réservé aux chambres à la campagne). Les pièces sont en enfilade.
Elles sont souvent très petites : des oratoires remplacent la chapelle
d'autrefois ; des boudoirs, enrichis de laques venues à grand prix
d'Orient ou, simplement, imitées par les Frères Martin, sont le
refuge des femmes ; des garde-robes rendues nécessaires par l'ampleur
des costumes ouvrent sur les chambres. Les balustres qui isolaient
le lit au 17ème siècle ont disparu, sauf à la Cour, et le lit trouve
sa place dans le renfoncement d'une alcôve. Les murs sont lambrissés
mais parfois aussi tendus d'un tissu à motif de perse fabriqué depuis
peu à Jouy. Les meubles sont légers, colorés et pratiques ; certains
sont tout à fait nouveaux comme le chiffonnier qui sert à ranger
les nombreux rubans et "chiffons" des élégants, ou les coiffeuses
dont l'usage n'est pas exclusivement féminin. C'est aussi la naissance
du "cabinet de toilette". On s'y maquille plus qu'on ne s'y lave,
le mobilier n'y étant pas fonctionnel (seuls quelques châteaux princiers
possèdent des baignoires). Les dépendances sont maintenant un peu
éloignées du château. En plus de l'orangerie traditionnelle, dans
le parc plus "naturel" qu'auparavant, de petits pavillons souvent
d'inspiration orientale sont réservés aux jeux, à la lecture ou
à la musique.
D. Les derniers châteaux
Après la Révolution française, le château perdit complètement son
statut de centre de pouvoir seigneurial, notion déjà passablement
mise à mal à la fin de l'Ancien Régime, pour n'être plus qu'une
grande et riche demeure rurale. Parfois, le château reprit l'aspect
des forteresses du Moyen Âge avec la mode du néogothique dans la
seconde moitié du XIXe siècle. Toutefois, le terme de château est
impropre à qualifier les vastes demeures construites par les riches
industriels du 19e siècle.
| Source
: pour partie : "château," Encyclopédie Microsoft® Encarta®
2002 en ligne http://encarta.msn.fr http://encarta.msn.fr ©
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paragraphes A, B, C "une fonction militaire et administrative"
de Viollet-le-Duc |
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